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Les Arabes sont-ils encore crédibles ?

Amr Moussa« Le processus de paix est mort ». En annonçant ce qui relevait de l’évidence, le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa a tacitement reconnu l’inanité des stratégies arabes en vue de trouver une solution au problème palestinien.

Réunis au lendemain de la session du Conseil de sécurité de l’ONU, les ministres des Affaires étrangères arabes n’ont pu ce dimanche, et comme à leur accoutumée, énoncer un vrai document de principe.

Un document exprimant une vraie condamnation et de vraies rétorsions à l’égard de Washington qui par son veto à une proposition condamnant l’agression israélienne a prouvé de nouveau qu’il constituait la première embûche à tout espoir de règlement de conflit dans la région.

En croyant prendre une décision courageuse en affirmant qu’ils se « désolidarisaient du blocus financier imposé aux Palestiniens », les représentants des Etats arabes ont montré à la face du monde le niveau de compromission atteint par des dirigeants incapables de calculer sur le long terme les dangers que représente leur soumission à l’ordre israélo-américain.

Loin de constituer une déclaration fracassante, l’annonce d’une reprise de l’aide financière aux Palestiniens n’a fait que suivre le discours de démission du Premier ministre palestinien Ismaïl Haniye. Ce dernier, en affirmant qu’il préférait sauver les intérêts de son peuple à son siège a d’ailleurs fait preuve d’une dignité et d’un honneur qui tranchent considérablement avec les pratiques de ses pairs dans la région.

S’il est une question à se poser, c’est pourquoi les pays arabes « frères » ont lâchement abandonné le peuple palestinien dans une des situations les plus critiques de l’histoire de sa lutte nationale. Le Hamas ne dirigeant donc officiellement plus le gouvernement de l’Autorité palestinienne, la Ligue arabe s’est finalement conformée aux instructions des Etats-Unis et de l’Union européenne.

Le boycott financier, faut-il le rappeler, étant lié au refus légitime du Hamas de reconnaître l’existence d’Israël. Outre la question de principe essentielle qui veut que toute reconnaissance ou concession politique soit mutuelle. On ne peut que s’interroger sur le sens de l’embargo financier mené par certaines pétro-monarchies comme l’Arabie Saoudite n’ayant elles-mêmes officiellement établi aucune relation diplomatique avec l’Israël.

Il est à noter pour être juste que seule l’Algérie a poursuivi le versement d’une aide financière aux Palestiniens. Prouvant par là même que l’on peut rester radicalement anti-sioniste sans risquer le courroux du grand maître américain. Mais surtout le plus édifiant reste cette incapacité arabe à faire part d’une posture minimale de contestation, au-delà des rivalités nationales désuètes et des arguments vides des pressions américaines.

Choisir entre une conformité aux injonctions américano-israéliennes productrices d’instabilité régionale, de radicalisation et une attitude de fermeté offrant dignité et une base sur laquelle la négociation peut s’envisager. Le choix paraît clair. Hélas pour «Ab el ‘Arab », la peur de «Am ‘Amrika» est plus forte que la défense de son honneur, quitte à troquer le nom de «Abdamrika» à la place de celui d’Abdallah.

Par Hicheme Lehmici - Quotidien d'Oran, le 14 novembre 2006.

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