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Algérie : La bataille des hydrocarbures n’est pas terminée

Abdelaziz BelkhademAlgérie - « Une loi n’est pas sacrée, elle peut être changée quand il le faut» est la phrase de trop que le chef du gouvernement a dite lors de son passage au forum de la télévision. Une phrase qui découragerait le plus téméraire des investisseurs étrangers.

Contrairement à son habi-tude, le chef du gouvernement n’a pas eu, samedi dernier, le verbe facile et les propos clairs pour donner un net aperçu sur les affaires du pays. Abdelaziz Belkhadem a prononcé au moins trois phrases qui dénoteraient un manque d’assurance de sa part et confirmeraient le caractère imprécis de l’état actuel des choses.

«Une loi n’est pas sacrée, elle peut être changée quand il le faut». «Le Président a deux ou trois moutures qu’il est en train d’examiner» et «Le corps électoral pour le référendum sur la révision de la Constitution pourrait être convoqué dans deux ou trois mois.» Cette manière de s’exprimer mériterait un petit détour.

Dans un séminaire que des professeurs de journalisme suisses avaient animé vers la fin des années 90 à Genève au profit de journalistes, entre autres algériens, un d’entre ces professeurs, rompu par ailleurs à la pratique journalistique, avait dit à l’un des séminaristes à propos de la manière d’écrire pour assurer un minimum de crédibilité. «Si vous, journalistes, vous vous posez des questions, qu’en est-il pour le pauvre lecteur qui achète son journal dans l’espoir de trouver des réponses ?!?».

En fait, ce qui embêtait le prof, c’était la forme interrogative. «Vous avez plusieurs manières pour l’éviter,» a-t-il conseillé. Le chef de l’Exécutif est malheureusement dans cette situation. Censé être le chef d’un gouvernement qui doit savoir où il va, Belkhadem était resté dans le flou et dans la parfaite imprécision. Il a même contredit son ministre de l’Intérieur qui avait déclaré quelques jours avant lui qu’il serait difficile que le référendum ait lieu en 2007 en raison de la tenue la même année des législatives et des locales.

Il est davantage curieux que Belkhadem n’ait pas précisé que l’une des moutures est celle préparée par les soins de son parti, dont certains paragraphes ont été rendus publics, et la seconde serait, selon des sources de la présidence, celle remise par Mohamed Bedjaoui, l’actuel ministre des Affaires étrangères, en sa qualité de juriste de renommée mondiale. Il se pourrait qu’il en existerait encore une: celle-ci serait une esquisse présentée par Missoum Sbih, l’ancien conseiller du président de la République et l’actuel ambassadeur d’Algérie à Paris.

L’on se demande comment le chef du gouvernement pourrait-il défendre une idée - celle de la révision de la constitution - avec ce grand acharnement, sans qu’il ait des informations précises et claires sur ce qui contribuerait à sa faisabilité et à son exécution. Il serait grave s’il n’arrive pas à cerner les raisons du report du référendum, surtout lorsqu’il s’agit d’une décision aussi importante, de surcroît prise par le premier magistrat du pays. A moins qu’il ne s’agisse de «la raison d’Etat»...

Le chef du gouvernement sera imprécis même sur le changement que les lois subissent peu de temps après leur adoption par les institutions de l’Etat. En tout cas, il n’a pas tout dit à ce propos, notamment pour ce qui est de la loi sur les hydrocarbures que le cabinet Khelil a été tenu de revoir et de corriger en l’espace de quelques mois, juste après une adoption par voie légale.

Des sources rappellent que la loi Khelil aurait été révisée sur «pression» de Hugo Chavez, le président du Venezuela, et Vladimir Poutine, président de la Confédération de Russie, lors de leurs visites respectives à Alger. Mais pour des considérations de « respect de la souveraineté nationale», nous nous devons de nous en tenir aux faits internes qui auraient poussé à amender cette loi avant qu’elle ne devienne cet instrument qui placerait le pays dans une mauvaise posture.

L’on nous rappelle que lors d’un Conseil des ministres durant lequel a été examinée la première mouture de Khelil portant projet de loi sur les hydrocarbures, les membres du gouvernement auraient tous acquiescé sur son contenu, excepté un seul ministre. Il s’agit de Noureddine Yazid Zerhouni, ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, qui aurait émis de grandes réserves sur le texte et appelé à son rejet. Il a même, nous dit-on, distribué un écrit à ses collègues expliquant dans le détail les risques de bradage que cette loi, une fois entrée en vigueur, ferait peser sur les ressources naturelles du pays.

Zerhouni n’aurait malheureusement pas eu l’oreille d’écoute qu’il espérait avoir auprès du chef de l’Etat. Il aurait été tout simplement minoritaire à revendiquer le rejet du projet ou plutôt sa correction. Il faut croire que la bataille des hydrocarbures n’est pas terminée. Cette fois-ci, elle est menée autour des décrets d’application de la loi qui n’ont toujours pas vu le jour. L’on entend dire du côté du département de Khelil que ces décrets seraient en train d’être élaborés avec «l’aimable collaboration» d’un bureau d’étude américain.

En fait, le bureau qui aurait participé dans l’élaboration de la loi même. L’on est en droit de se demander si les Américains, qui veulent régenter le monde pour accaparer ses richesses, notamment son pétrole, peuvent être ses experts qui aideraient les pays appelés pudiquement « pays émergents» à préserver leurs intérêts dans ce domaine. A moins que tout cela ne soit que littérature et que la révision de la loi sur les hydrocarbures a été faite parce que, comme l’a déclaré le chef du gouvernement, «une loi n’est pas sacrée, elle peut être changée quand il le faut».

Une sentence qui découragerait à coup sûr les investisseurs étrangers qui n’ont eu de cesse de se plaindre de l’instabilité des institutions et de la grande bureaucratie qui les anime. Ceci nous amenerait surtout à une conclusion, certaine celle-là: que le pays navigue à vue sans stratégie et sans perspective aucune.

Et ce ne sont pas les propos de Farouk Ksentini qui démontreraient le contraire. En effet, le président de la Commission de protection et de la promotion des droits de l’Homme a déclaré, la semaine dernière, que « nous avons reçu les demandes d’indemnisation de personnes qui ont été internées dans les camps du Sud durant les années 90 et nous les avons acceptées.

Ces cas ont été oubliés par inadvertance par les rédacteurs de la charte pour la paix et la réconciliation nationale ». Le pays a ainsi omis de répertorier dans son histoire récente l’un des actes les plus irréfléchis qui a profondément contribué à plonger le pays dans une situation effroyable.

«Inadvertance» est indéniablement le mot de trop pour un pays qui a grandement besoin de toute sa mémoire pour s’exorciser. Mot qui expliquerait cependant que la navigation à vue de ses gouvernements est loin d’être une simple vue de l’esprit.

Par Ghania Oukazi - Quotidien d'Oran, le 14 novembre 2006.

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