Algérie - Sarkozy : Le temps des promesses
Algérie - Si les maîtres mots de la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, auront été, de toute évidence, les dossiers du terrorisme et de l’immigration clandestine, d’autres sujets, moins enthousiasmants mais tout aussi primordiaux, ont été abordés par ses interlocuteurs algériens.
Venu en conquistador avec, dans sa gibecière, la décision de l’UE de ne plus imposer aux Algériens la procédure de consultation préalable pour les visas, Sarkozy pensait sans doute trouver des Algériens débordant de reconnaissance et prêts à accéder à toutes les sollicitations.
Il aura appris que cette mesure est ressentie pour ce qu’elle est, un simple alignement sur le statut des pays voisins, la Tunisie et le Maroc, et qu’elle ne saurait être considérée autrement par la partie algérienne qui continue à réclamer davantage de transparence et de volontarisme dans la gestion coercitive des visas à l’égard de nos ressortissants.
Si Alger et Paris ont relativement de quoi se satisfaire pour ce qui est de la coopération en matière de lutte antiterroriste, la question de l’immigration clandestine qui submerge les côtes espagnoles et italiennes n’est guère perçue de façon identique, de part et d’autre de la Méditerranée. Le souci de l’UE reste d’obtenir des pays maghrébins un engagement concret et contraignant de répression des candidats au passage par les enclaves de Ceuta et de Mellila, notamment.
Le souci de l’Algérie, pays africain et arabe conscient des enjeux et des défis du sous-développement qui caractérise le continent dont les richesses ont été pillées, des siècles durant, est d’inscrire cette problématique dans un cadre global de développement et donc d’investissements conséquents qui, seuls, peuvent permettre une lutte efficiente contre l’immigration clandestine.
Sur ce plan, les promesses se sont succédé mais, dans la réalité, rien de probant n’est venu étayer la volonté des Européens d’œuvrer sincèrement à promouvoir ce type de coopération qui permettrait de fixer les populations menacées par l’extrême pauvreté, voire la famine, dans les pays du Sahel qui sont le réservoir principal du flux migratoire. C’est pourquoi l’Algérie n’a pas participé à la Conférence ministérielle euro-africaine sur la «migration et le développement» qui s’est tenue les 10 et 11 juillet dernier, à Rabat, s’estimant officiellement «non concernée par ce problème».
Autre motivation de Nicolas Sarkozy, la future élection présidentielle qui se déroulera en France, dans le courant d’avril 2007, et à laquelle il est le candidat affirmé de la droite. Soucieux d’obtenir un soutien déclaré de l’Algérie, il a multiplié, ces temps-ci, les signes de tempérance en direction des banlieues, d’abord, et des pays d’origine de certaines communautés immigrées, ensuite, mesurant mieux que quiconque l’impact des voix de ces électeurs de circonstance qui font l’objet de grandes et conjoncturelles surenchères.
Mais le sujet qui fâche demeure sans conteste celui «de la mémoire et de la repentance», lequel renvoie accessoirement au traité d’amitié que les présidents Bouteflika et Chirac souhaitaient conclure au bénéfice des deux peuples et des deux pays. C’était compter sans la résistance, les calculs, les arrière-pensées et les nostalgies d’une grande partie de la droite dont Nicolas Sarkozy est un porte-parole pleinement convaincu.
Là plus qu’ailleurs, les audiences du chef de l’Etat et du chef du gouvernement auront sans doute conduit le ministre de l’Intérieur français, et plus encore le candidat Sarkozy, à mesurer le fossé qui sépare Alger et Paris quant à la lecture de l’Histoire qui ne peut être ni spécifique ni elliptique.
Par Azzedine Chabane - La Tribune, le 14 novembre 2006.
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