Algérie - Sarkozy : D’Alger à l’Elysée
Algérie - La visite du ministre français de l’Intérieur à Alger a tout d’abord permis de réaffirmer la volonté de la France de travailler «très étroitement» avec l’Algérie dans la lutte contre le terrorisme.
A l’instar d’autres pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, qui ont apprécié à leur juste valeur l’expérience et la compétence algériennes dans ce domaine, la France a multiplié les offres de coopération et d’échanges, surtout depuis que les menaces du GSPC, inféodé à Al Qaïda, en ont fait une cible majeure dans le giron européen.
Compte tenu des enjeux sécuritaires qui risquent de déterminer l’issue de la prochaine élection présidentielle, il va de soi que l’étape algérienne était des plus cruciales pour le candidat Sarkozy. En allant se recueillir sur la tombe des moines de Tibhirine, le ministre français de l’Intérieur a symboliquement clos le chapitre du «qui tue qui», que d’aucuns ont instrumentalisé pour tenter, tout à la fois, de disculper les extrémistes de l’intégrisme religieux et de ternir l’image de l’armée algérienne, au plus fort de la confrontation pour la sauvegarde de l’Etat algérien et de ses institutions.
Sarkozy a, sans doute, évoqué aussi la question de l’immigration clandestine, sans trop d’illusions, connaissant par avance la position de son homologue algérien sur un tel sujet, des plus sensibles aux yeux de la partie européenne, mais des plus dramatiques au regard d’un pays comme l’Algérie qui a une vision et une prospective à la fois régionales et continentales.
Se gardant d’intervenir dans le débat franco-français des élections, notamment présidentielles, Alger a simplement observé la crise des banlieues, prenant note des surenchères et des dérapages, d’une part, ainsi que des manipulations et des dérives, d’autre part. Il va de soi que les entretiens de Nicolas Sarkozy ont également porté sur cet épineux sujet, dès lors que notre communauté établie en France est concernée par la politique actuellement mise en œuvre et celle envisagée par l’éventuel futur maître de l’Elysée.
C’est pourquoi, d’ailleurs, le ou la candidate du PS, désigné(e) demain, sera également en visite dans notre pays, au cours des prochaines semaines. S’agissant des visas, le «cadeau» de Nicolas Sarkozy, qui affirme avoir beaucoup agi pour obtenir l’abrogation de la consultation préalable à laquelle étaient soumis les seuls Algériens, n’a pas eu l’effet escompté. C’est que, pour Alger, il ne s’agit que d’un simple ajustement, au demeurant légitime, car la donne, tant économique que sociale, a complètement changé au cours des dernières années.
Cette résurgence algérienne a conduit le président Chirac à proposer un traité d’amitié auquel le président Bouteflika a souscrit, convaincu qu’une amitié profonde et sincère peut être de mise entre les deux peuples et les deux nations, dans la mesure où celles-ci acceptent, sincèrement, de transcender le passé commun, sombre et douloureux. Le vote de la loi du 23 février a malheureusement démontré que la page n’est ni tournée ni assumée, loin s’en faut.
En prétendant sacraliser les bienfaits de la colonisation, les députés français ont fait la démonstration de leur «cécité mentale» qui confine au révisionnisme, de sorte que le projet de traité d’amitié est devenu caduc. Paris lorgne avec insistance sur les contrats qu’elle entend obtenir malgré une concurrence des plus rudes. Elle réclame, au nom de l’amitié et de la confiance qui régneraient entre les deux pays, un partenariat privilégié de nature à assurer la primauté, quand ce n’est pas la priorité, à ses entreprises, dans tous les appels d’offres.
Il se trouve que l’Algérie observe une autre approche, fondée sur la probation du mieux offrant, et que ses choix n’obéissent désormais qu’à la seule loi du marché international. Compétitivité et savoir-faire sont les conditions essentielles de la négociation, en dehors de tout angélisme politique. Dans ses rapports avec les trois pays du Maghreb, la France maintient, aujourd’hui encore, une lourde approche politique qui n’épargne aucun volet de la coopération.
Cependant, l’Algérie n’est ni le Maroc ni la Tunisie. Elle a pleinement conscience de ses atouts et de ses ambitions qui déterminent l’ensemble de ses choix, y compris économiques, en dehors de toute autre considération. Pour en mesurer le sens et la portée, il convient de se souvenir du prix payé pour arracher l’indépendance nationale et du sacrifice d’un million et demi de martyrs qui fonde, encore et toujours, la démarche de l’Etat algérien, par-delà les aléas et les soubresauts des événements les plus contraires.
Par Azzedine Chabane - La Tribune, le 15 novembre 2006.
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