Irak : l’Amérique seule contre tous
Irak - La guerre en Irak pourrait faire d’autres victimes que celles qui tombent régulièrement dans le pays. Duo inlassablement solide depuis le début de la troisième guerre du Golfe, les relations entre le président américain et le Premier Ministre britannique pourraient souffrir de la dernière mésentente survenue concernant le processus de sortie de crise en Irak.
Omettant sans doute de se référer à ses alliés-américains avant de se prononcer sur la situation dans ce pays, le Premier Ministre Tony Blair a affirmé mardi dernier qu’il voyait bien un rapport entre la situation chaotique au Moyen-Orient et le drame que vit le peuple irakien.
Selon lui, les combattants irakiens accentuent leurs attaques anti-américaines pour protester d’une certaine façon contre le soutien américain à Israël. Option catégoriquement rejetée par les Etats-Unis. Par la voix de Condoleezza Rice, l’administration Bush a donc balayé du revers de la main les allégations britanniques. «Je pense qu’il faut faire attention de ne pas dire que s’il y a un progrès dans le conflit israélo-palestinien, cela va aider en Irak», a affirmé hier à Ramstein, en Allemagne, la secrétaire d’Etat américaine.
Avec cette différence d’approche, c’est toute la stratégie militaire américano-britannique qui risque d’être chamboulée en Irak. Jamais, depuis l’invasion de ce pays entreprise en mars 2003, Washington n’a aussi clairement désavoué Londres sur la démarche à suivre, pourtant commune depuis son déclenchement. Mais le Premier Ministre britannique n’est pas le seul à avoir été implicitement contredit.
James Baker fait aussi les frais de la politique égoïste des Etats-Unis dans le monde. Celui qui avait dirigé la diplomatie américaine de 1989 à 1993 pense que le dénouement de la crise irakienne passe incontestablement par un dialogue avec la Syrie et l’Iran.
Et sa thèse reste du moins la plus crédible. Grand connaisseur des questions moyen-orientales, l’ancien secrétaire d’Etat des Etats-Unis était en fonction lorsque son pays avait décidé de libérer le Koweït envahi, et avait de fait déclenché la deuxième guerre du Golfe.
Mais rien n’y a fait. Affaiblie, décrédibilisée, critiquée, l’administration américaine veut apparemment chercher ailleurs les solutions au bourbier irakien. Sur le terrain, la situation ne s’améliore guère. Au lendemain du rapt (soit hier) pour le moins surprenant d’une centaine de personnes du ministère de l’Enseignement supérieur à Baghdad, une grande partie d’entre elles a été libérée hier.
Selon les autorités irakiennes, le chiffre initialement annoncé des personnes enlevées serait bien plus important que le nombre réel.
Selon le porte-parole du chef du gouvernement irakien, seules 39 personnes auraient été kidnappées par les ravisseurs. Parmi elles, 16 employés, 18 policiers et 5 visiteurs.
Aussitôt ces personnes élargies, le Premier ministre, Nouri Al Maliki, a exigé que les coupables soient arrêtés.
Cette demande pour le moins saugrenue reste évidente. Mais Al Maliki sait bien que son autorité a été violemment ébranlée par l’opération de mardi dernier.
Il ne serait pas étonnant non plus que ce soit l’armée américaine qui ait orchestré ce rapt d’envergure pour affaiblir davantage un homme politique qui ne cesse d’affirmer son indépendance face à la puissance occupante.
Car, en plus de vouloir donner un brin d’autorité à son gouvernement, Al Maliki veut s’affirmer sur la scène internationale comme le véritable chef du gouvernement irakien.
C’est à cet effet qu’il devrait se rendre aujourd’hui en Turquie pour discuter avec son homologue Recep Tayyip Erdogan de la lutte commune contre le mouvement kurde, avec à sa tête le PKK.
Un défi de plus pour le chef du cabinet irakien qui reste plus que jamais déterminé à remettre de l’ordre dans un pays que les Américains n’ont eu de cesse de piétiner.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 16 novembre 2006.
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