Algérie : Les délocalisations en Oranie attendront
Algérie - La huitième édition de la Foire internationale d’Oran (FIO) a été marquée cette année par deux événements de taille. Le premier est la forte participation des entreprises industrielles. Le second est la forte présence des entreprises françaises et l’absence de plusieurs pays avec qui l’Algérie entretient de bonnes relations commerciales.
A l’image des Etats-Unis, l’Allemagne, la Chine, l’Espagne. Cette année, la FIO a été un vrai rendez-vous d’affaires pour les patrons oranais et étrangers. Les matinées professionnelles ont permis aux contacts de se développer et plusieurs entreprises affirment avoir rempli leurs carnets de contacts dès les premiers jours.
La forte présence française, avec près de 40% des entreprises exposantes, témoigne de la solidité des relations commerciales entre les deux pays. La France est le premier fournisseur de l’Algérie avec 22% de parts de marché, loin devant l’Italie et la Chine. En venant en force à la FIO, les entreprises françaises ne veulent pas laisser le terrain vide à leurs concurrentes européennes, américaines et surtout chinoises.
Les PME hexagonales misent désormais sur le secteur privé local pour renforcer leur présence sur le marché algérien. D’un montant de 120 milliards de dollars, le plan de relance économique a dopé les commandes et besoins algériens en fournitures et produits pour l’industrie, l’agriculture, l’agroalimentaire, les services, le BTP. Comme il n’y a pas de sentiments dans les affaires, les entreprises françaises cherchent d’abord à vendre leurs produits, avant de penser à s’installer.
D’autant que le marché algérien reste complexe et difficile pour les entreprises étrangères. L’information économique n’est pas facile à obtenir et trouver les bons contacts au niveau des entreprises nécessite souvent le recours au lobbying, devenu presque indispensable pour décrocher des contrats avec les grandes entreprises. Le marché algérien n’est pas facile à cause aussi de la lenteur des réformes économiques. Du coup, les nombreux contacts établis lors de cette foire ne mèneront pas forcément vers des partenariats et des projets d’investissement.
Les retards de l’économie algérienne notamment dans la banque, l’accès au foncier, la bureaucratie sont des obstacles difficiles à franchir. Les grandes entreprises publiques, les collectivités locales ne sont pas facilement accessibles pour de petites PME. Pourtant, ce sont les grandes entreprises publiques et les administrations qui signent les gros chèques du nouveau plan de relance économique.
En dehors des besoins immédiats de l’économie algérienne et de l’Oranie, les entreprises étrangères pensent beaucoup plus à l’avenir. En cherchant à nouer des partenariats gagnant-gagnant avec des opérateurs locaux, les entreprises étrangères jettent en fait les bases d’une industrie destinée à répondre aux besoins d’un marché régional de plus de 80 millions d’habitants. Le marché maghrébin commun est en effet en ligne de mire de ces entreprises qui cherchent à investir en Oranie.
Fabriquer en Algérie, avec des coûts bas par rapport à l’Europe et exporter vers les marchés voisins, voilà l’un des objectifs majeurs des prospecteurs français notamment. Les spécialistes le répètent souvent: à lui seul, le marché algérien, même avec ses 30 millions de consommateurs, n’est pas suffisant pour attirer les délocalisations massives des entreprises étrangères.
L’Union européenne, les Etats-Unis et le FMI reprochent aux pays du Maghreb la faiblesse de leurs échanges commerciaux. Et pressent les pays de la région à laisser de côté leurs querelles politiques, d’accélérer la construction de l’Union du Maghreb et la mise en place d’un marché unique sur le modèle du marché unique européen. Mais la question du Sahara Occidental empoisonne les relations entre l’Algérie et le Maroc et empêche la construction de l’Union du Maghreb arabe. La pression des grandes puissances et le développement économique pourraient toutefois convaincre les Maghrébins à s’entendre, du moins sur le plan économique.
En tous cas, l’Algérie s’y prépare activement. Le gouvernement a lancé la construction d’une autoroute de 1.200 km entre l’est et l’ouest, que seule la mise en place d’un marché maghrébin peut rendre rentable.
De même la modernisation du réseau ferré entre l’est et l’ouest, avec l’électrification du réseau ferroviaire pour que les trains puissent circuler avec une vitesse de 160 km par heure. Dans le nouveau plan d’aménagement du territoire, il est prévu la création d’un pôle industriel près d’Oran.
L’Algérie ne veut pas que son marché soit inondé par les produits marocains et tunisiens, deux pays dont les industries se portent beaucoup mieux que l’industrie algérienne.
Par Hamid Guemache - Quotidien d'Oran, le 18 novembre 2006.
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