France : La révolution tranquille du PS français
En France, et dans la perspective de l’élection présidentielle en 2007, le Parti socialiste a opéré une véritable révolution interne qui a consisté à faire désigner son candidat à cette élection non pas par le congrès, comme c’était la tradition, mais par tous les militants.
Par cette façon d’agir absolument inédite pour la classe politique française, le Parti socialiste a non seulement pris de court tous ceux qui le brocardaient pour son mode de fonctionnement archaïque, mais il leur a dans le même temps administré une belle leçon de démocratie participative. Et du moment qu’ils ont été appelés à choisir directement le présidentiable du parti, les militants socialistes ont amplifié la singularité de leur formation en portant massivement leur choix sur une femme, Mme Ségolène Royal.
Option faite par ces militants qui provoque un véritable séisme, au sens où, pour la première fois en France, une femme candidate à la présidence de la République est en situation plausible de l’emporter.
Le Parti socialiste a positivement surpris par la hardiesse de ses innovations. L’implication directe de tous ses militants dans le choix de la candidate lui assure leur engagement actif derrière celle-ci durant la campagne électorale.
Son dévolu sur une candidate femme lui ralliera sans nul doute le suffrage d’électrices et d’électeurs qui, sans être forcément en accord avec son programme, lui savent gré d’avoir bousculé la tradition machiste qui a jusque-là empêché les femmes de rêver sérieusement à aller à l’Elysée autrement qu’en première dame aux côtés de leur époux.
La révolution opérée par le Parti socialiste ne garantit pas la victoire de sa candidate dans l’élection présidentielle.
Ce sont le programme et la manière dont Ségolène Royal, maintenant candidate, se «démarchera» auprès de l’électorat français, qui feront la différence. L’effet Ségolène, en ce qu’il a fait naître d’espoir de changement dans la pratique de la chose politique, est toutefois indubitablement un plus favorable pour le Parti socialiste. La grande inconnue, qui ne sera résolue qu’en avril 2007, reste que le choix des militants du PS n’est pas forcément celui que fera la majorité de l’électorat français.
Le précédent du référendum sur la constitution européenne a démontré le décalage qu’il y a entre les conceptions et certitudes des encartés du PS et la nébuleuse du peuple de gauche. C’est maintenant à Ségolène Royal de faire la preuve qu’elle n’a ni la vision ni les réflexes des «éléphants» du parti dont elle a triomphé, qu’elle est véritablement animée d’une volonté de rupture avec les archaïsmes du PS et surtout en situation de faire renouer la gauche française avec les aspirations de la «France d’en bas».
Par Kharroubi Habib - Quotidien d'Oran, le 18 novembre 2006.
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