France : Ségolène Royal remporte les élections primaires du parti socialiste
France - Le triomphe modeste, la future candidate des socialistes au prochain scrutin présidentiel en France, ne cache pas sa joie. Après avoir réussi à contourner les obstacles l’un après l’autre, Ségolène Royal réussit un coup de maître en écrasant ses deux rivaux pourtant plus anciens qu’elle dans l’appareil du parti.
Femme des sondages, comme la surnomment les médias, elle a franchi jeudi un cap décisif dans la course aux présidentielles de mai prochain. Avec un score de 60,62 %, la compagne de François Hollande laisse loin derrière elle Dominique Strauss-Kahn avec 20,83 % et Laurent Fabius avec 18,54 %.
Sa victoire était attendue, mais son ampleur beaucoup moins.
Réagissant quelques heures seulement après la publication officielle des résultats, celle qui devra donc représenter le parti socialiste en mai 2007 a fait part de son bonheur. «Aujourd’hui, je repars de la base pour remonter la montagne et gravir cette montagne avec les militants socialistes qui m’apportent leur confiance, avec tous les Français qui ont envie que ça change et nous allons tous ensemble gravir cette montagne jusqu’en mai 2007», a affirmé Ségolène Royal devant un parterre de journalistes venu l’écouter dans sa circonscription de Melle dans les Deux-Sèvres.
Elle-même surprise par cette ferveur que personne ne présageait il y a encore un an, la nouvelle icône des socialistes devra désormais unir derrière elle ses anciens adversaires.
Et ces derniers n’ont pas tardé à féliciter la gagnante, et à appeler à l’union sacrée contre la droite. A leur tête, Dominique Strauss-Kahn. A la fois surpris et conforté par une percée remarquable de son camp au sein du parti, il est désormais la deuxième force politique socialiste.
Immense victoire pour l’ancien ministre de l’Economie qui a récolté près de 21 % des suffrages des militants. Quant au grand perdant de cette consultation interne, ça reste bien évidemment Laurent Fabius.
Les yeux braqués depuis longtemps sur l’Elysée, celui qui a été le plus jeune Premier ministre de France (à ce poste de 1984 à 1986, il avait alors 37 ans), a vu son rêve s’effondrer jeudi dernier.
Pariant depuis longtemps sur son investiture au parti, l’ancien poulain de François Mitterrand a véritablement perdu son pari, et doit à présent s’incliner devant la nécessité d’unir les socialistes.
Et ce sera chose faite selon son porte-parole. «Quand il y a un résultat comme celui-là, la responsabilité des socialistes est de le reconnaître […] Maintenant, le travail de tous les socialistes est de se rassembler pour battre la droite à la prochaine élection présidentielle», a déclaré hier Claude Bartolone.
Même son de cloche chez Dominique Strauss-Kahn. Bon perdant, l’ancien ministre de l’Economie de Lionel Jospin n’a laissé aucune place au doute quant à son soutien à Ségolène Royal. «Elle a bien gagné, tout le monde sera derrière elle», a-t-il déclaré hier à la presse.
Agée de 53 ans, celle qui sera l’adversaire redoutable de la droite aux élections présidentielles de mai 2007, a donc gagné sa première bataille avant la guerre ouverte qui l’opposera à la droite.
Candidat déclaré à cette élection, Nicolas Sarkozy doit actuellement redouter un événement qui pourrait lui souffler toutes ses ambitions présidentielles. En plus de craindre que la candidate socialiste accroisse sa popularité, il doit redouter que Jacques Chirac ne décide finalement de postuler pour un troisième mandat à l’Elysée.
Jouissant d’une popularité flamboyante au sein de l’UMP (Union pour un mouvement populaire), le trublion de la droite française pourrait dans ce cas voir son rêve d’accéder à la Présidence s’effondrer.
Car en plus de renforcer le bloc socialiste grâce à cette consultation, Ségolène Royal va désormais pousser les ténors de la majorité parlementaire à choisir leur candidat. Et ce ne sera pas chose facile. Après les déclarations de Bernadette Chirac, première dame de France, comme quoi son mari pourrait créer la surprise en se déclarant candidat à sa propre succession, ce sont d’autres candidatures qui font parler d’elles, dont celles du Premier ministre, Dominique de Villepin, et celle de la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie.
D’ici là, les Français auront tout le temps d’étudier les atouts et les faiblesses d’une multitude de candidats dont le seul et unique souhait est l’exercice du pouvoir.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 18 novembre 2006.
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