Mauritanie : Rendez-vous avec l’histoire
La Mauritanie est-elle sortie de l’impasse ? Assurément oui.Après avoir montré l’exemple le 25 juin dernier en adoptant une Constitution démocratique, les Mauritaniens sont décidés à faire de même à l’occasion des élections générales d’hier.
Ils ont été nombreux à répondre hier à l’appel de leur classe politique de se rendre aux bureaux de vote et de participer au parachèvement institutionnel.
Le tiers de la population était concerné par cette consultation électorale capitale. Regroupant le même jour élections législatives et municipales, ce scrutin ambitionne de faire sortir la Mauritanie de l’impasse constitutionnelle dans laquelle elle se trouve depuis le coup d’Etat de l’été 2005.
«Tout se passe bien, les bureaux ont ouvert à l’heure à Nouakchott et aucun problème ne nous a été rapporté pour l’instant», a déclaré hier cheikh Saad Bouh Kamara, membre de la Commission nationale électorale indépendante (CNEI). L’enjeu est pourtant si important qu’il pourrait provoquer des heurts.
L’enjeu de cette élection est la désignation des membres de l’Assemblée nationale au nombre de 95, et des membres des 219 conseils municipaux. Compte tenu de l’impossibilité quasi certaine qu’une majorité puisse se dégager au premier tour, un second est prévu le 3 décembre prochain.
Scruté par plus de 500 observateurs, dont près de la moitié d’étrangers, ce rendez-vous électoral est assurément décisif pour un pays que beaucoup qualifiaient de chancelant il y a quelque peu.
Maillon faible du Maghreb, ce pays membre à la fois de l’Union du Maghreb arabe et d’ensembles régionaux de l’Afrique de l’Ouest, a de tout temps était délaissé par la communauté internationale.
Depuis son indépendance acquise en 1960, le pays a vécu trois coups d’Etat, en 1978, en 1984 et en 2005.
C’est le dernier en date qui a mis fin au régime autocratique du président Mouaouiya Ould Sid Ahmed Taya, réfugié depuis dans la capitale qatari.
Actuel chef de l’Etat et président du Conseil militaire pour la justice et la démocratie, Ely Ould Mohamed Vall a promis, en prenant illégalement le pouvoir le 3 août 2005, de le remettre rapidement aux civils et de ne se porter candidat à aucune élection.
Promesse tenue pour le chef de la junte, à qui il ne reste qu’à organiser les élections sénatoriales et présidentielles en janvier et mars 2007.
Concernant les participants à l’élection d’hier, ils représentent tous les bords de la société mauritanienne. De l’Union des forces du progrès de Mohamed Ould Mouloud, au Rassemblement des forces démocratiques, porte- drapeau des socialistes mauritaniens, en passant par les islamistes, qui comptent bien faire entendre leur voix.Effectuant son droit électoral, le chef de l’Etat n’a pas caché son optimisme quant au sursaut de ses compatriotes.
«Je suis satisfait de voir les Mauritaniens lancés sur la voie de la démocratie et par conséquent sur la voie du développement économique et de la stabilité politique», a déclaré le colonel Vall. «Toutes les garanties de transparence sont réunies [...] le jeu se déroule comme dans un château de verre […] il est impossible de tromper la vigilance de tous ces observateurs», a poursuivi celui sans qui ce vote n’aurait pu avoir lieu.
Deuxième étape de construction constitutionnelle dans le pays, ces élections législatives et municipales doivent être suivies des sénatoriales et de l’élection pour l’élection à la présidence de la République. Et c’est bien cette dernière forteresse qui intéresse le plus les décideurs de ce pays.
Convoitée par plus d’un, les militaires au pouvoir ont d’ores et déjà exclu l’éventualité de la briguer.
Reste une kyrielle d’hommes politiques, caciques ou nouveaux qui devront convaincre un million de leurs compatriotes de leur bonne foi.
Plus que quatre mois pour que la Mauritanie devienne le pionnier de la démocratie dans une Afrique du Nord qui en a tant besoin.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 20 novembre 2006.
Actualité en Algérie
Toute l'actualite du moment
Forum Algérie Monde - Debats et discussions sur l'Algérie et sur le Monde.