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OTAN : Sommet des chefs d'etat en Lettonie

OTANOTAN - C’est en Lettonie, aux portes de la Russie, que l’Alliance nord-atlantique (Otan) a décidé de réunir les chefs de ses Etats membres pour examiner son redéploiement en Afghanistan. Vingt-six chefs d’Etat se sont réunis en cette fin de semaine à Riga, la capitale de la Lettonie, pour marquer la volonté de l’Otan de réorganiser ses opérations militaires. Le choix de la Lettonie n’a rien de fortuit.

Saint-Pétersbourg, la russe, n’est pas loin. Les Etats-Unis ont certainement voulu narguer Moscou et lui rappeler surtout que même dans sa propre région, elle est pratiquement esseulée. Figurant tout au long du siècle dernier sur la liste de ces pays qu’elle dirigeait par la loi d’un communisme pur et dur, la Lettonie fait partie de l’Union européenne depuis 1991 et est devenue membre de l’Otan en 2004. Un sommet des chefs d’Etat de l’Organisation de l’Atlantique Nord dans cette région veut dire, selon Bruxelles, une conquête «du nouveau monde».

Ces «petits» Etats comme la Lettonie, qui sont encore loin de respirer un bien-être politique et économique, sont considérés aujourd’hui comme tels non pas pour participer dans la confection des nouvelles stratégies mais pour constituer ces zones qui permettent d’avoir un pied à terre sûr, susceptible de fragiliser la Russie et brouiller fréquemment la vue de sa capitale, Moscou. Les choses ne sont pas simples dans la région des Balkans et dans les pays baltes. Les événements du 11 Septembre ont véritablement bousculé les choses pour permettre aux Etats-Unis d’affirmer et de confirmer leur hégémonisme sur le monde.

Ils le font encore depuis mardi à partir de Riga dont les habitants semblent s’être éclipsés devant l’imposant dispositif sécuritaire installé pour la circonstance tout au long de ses artères. Riga a été, un sommet durant, décrétée ville morte par ses autorités politiques. Les commerces ont été sommés de fermer les 27, 28 et 29 novembre. Les rues sont quasiment désertes. Ne circulent que les journalistes accrédités pour le sommet. Caméras et appareils photos en main, ils tiennent à immortaliser des séquences d’un quotidien où la vie s’est pliée aux exigences et caprices des politiques.

Contrairement à d’autres villes où pareils événements gonflent les recettes, Riga s’est vue vivre sous les barricades et la présence des militaires et policiers au tempérament aussi froid que le climat. Le sommet de l’Otan en Lettonie accordera toute la priorité à la question afghane. C’est en évidence sous l’œil ordonnateur de Washington que l’Otan tient à se redéployer en Afghanistan. «Cinq ans après, nous nous devons de faire un pas en arrière et peser ce qui a été fait en Afghanistan.

Il y a eu de grands progrès politiques et économiques dans ce pays», commentera le porte-parole du secrétaire général de l’Otan lors de la conférence de presse qu’il a animée mardi soir au centre sportif de Riga transformé pour la circonstance en centre des médias. Il précisera que dans le dossier afghan, les chefs des Etats membres de l’Otan ont discuté sur «les restrictions d’emploi de nos troupes imposées par les gouvernements». Il est annoncé le renforcement des forces nord-atlantiques par, dit-il, «2.000 troupes supplémentaires». Les gouvernements ont été aussi appelés à «donner plus de souplesse pour le commandant opérationnel en Afghanistan».

Il leur a aussi été demandé de faire preuve de solidarité avec leurs pairs présents dans la région, en acceptant d’intervenir dans les situations d’urgence «si un allié le leur demande». Un appel de soutien plus marqué a été en même temps lancé au G8, à l’Union européenne et aux Nations unies. Le Kosovo a aussi figuré dans l’ordre du jour du sommet de Riga pour susciter des propositions à propos de la résolution de son statut final. Les chefs d’Etat pouvaient affleurer, à l’occasion, la question d’un éventuel soutien de l’Otan à l’Union africaine pour ce qui est du Darfour. Ce qui est sûr, c’est que l’Otan cherche et veut se redéployer en révisant sa stratégie et le fonctionnement de ses structures militaires particulièrement en Afghanistan.

«Ce sont 25.000 hommes constituant des capacités opérationnelles (air, mer, terre) devant s’adapter à toute circonstance imprévue à laquelle l’Otan pourrait faire face», dira le porte-parole, Jaap de Hoop Scheffer. Pour cela, les Etats membres iront jusqu’à demander l’aide de Moscou pour pouvoir assurer ce qu’ils appellent le transport stratégique «des nouveaux moyens de se déplacer et à longues portées». Un prototype d’un avion grand porteur, le C17, a été exposé sur l’aérodrome de Riga pour être apprécié par les chefs d’Etat qui arrivaient l’un après l’autre tout au long de la journée du mardi. Bush a été le dernier à atterrir.

«Vous vous rendez compte, Bush arrive dans l’après-midi, il faut bien que les lieux soient sécurisés», nous a répondu un passant à Riga quand nous lui avons demandé pourquoi les rues étaient désertes et les commerces fermés. «La Russie pourrait nous aider à assurer le transport stratégique, nous avons une relation confiante avec elle et aussi avec l’Ukraine», soulignera le porte-parole en affirmant encore que «l’Otan a besoin de moyens énormes et toute aide sera la bienvenue». Le C17 entrera en service l’année prochaine. La relation de l’Otan avec la Russie est ainsi qualifiée par le porte-parole de «bien structurée».

«Nous avons un programme de coopération, par exemple dans le soutien aérien, et aussi des projets pour lutter contre les stupéfiants en Afghanistan». Toujours dans le cadre militaire opérationnel, l’Otan vient de signer un accord de 6 millions d’euros avec un consortium transatlantique qui consiste à tester des technologies de pointe pour protéger ses forces contre les missiles balistiques. Il se pourrait que le sommet de Riga ait abordé le dossier du Moyen-Orient, Irak compris, mais il ne s’attardera pas puisque son porte-parole avoue: «Je ne n’attends pas à ce que ce genre de discussion puisse avoir lieu ici».

D’ailleurs, dans la déclaration de Riga, l’on ne relèvera aucune phrase à ce sujet. Ceci étant, loin s’en faut de croire, selon certains observateurs, que l’Otan se tournerait vers le Liban pour sortir du bourbier afghan. Son porte-parole le confirme: «Aucun allié ne souhaite utiliser le Liban comme stratégie de sortie de l’Afghanistan». Il affirme sans hésiter que «l’engagement en Afghanistan est pour une longue période, l’Otan est là pour longtemps et l’un de ses objectifs c’est d’aider ce pays à devenir normal, à former et équiper son armée et sa police. Nous allons l’aider par des équipements, nous augmenterons nos efforts en Afghanistan». Voilà qui pourrait être une première réponse au président français qui propose de constituer «un groupe de contact» pour ce pays.

Cette proposition de Chirac vient confirmer la différence de vision de la France par rapport au traitement américain de la question afghane. Elle se veut ainsi une tentative de réorientation des actions entreprises jusque-là à cet effet puisque Chirac appelle à la création d’un lieu de coordination politique entre les pays contributeurs de troupes, les pays de la région ainsi que l’Iran et d’autres organisations internationales. Ce qui pourrait atténuer de l’intervention militaire qui jusque-là n’a fait qu’enfoncer le pays dans la crise. «Beaucoup de nos partenaires mesurent bien que la dimension militaire de la sécurité en Afghanistan est un élément clé mais il ne peut y avoir une réponse seulement militaire», a déclaré récemment le porte-parole du ministère français de la Défense.

Le président Chirac estime «qu’il faut recentrer l’Alliance sur la conduite des opérations militaires en Afghanistan». Il est convaincu que «pour créer les conditions d’un succès, nous devons inscrire notre action dans le cadre d’une stratégie globale, d’un processus politique et économique réaffirmé». Chirac a pris le soin de diffuser son message avant même qu’il n’atterrisse à Riga. Le porte-parole du SG de l’Otan apprendra à la presse que la compétition pour l’adhésion à l’Alliance nord-atlantique est ouverte «mais nous ne lancerons d’invitation à aucun pays». Il y a, selon lui, des «critères de performance» que les candidats doivent faire valoir pour être acceptés dans la cour des puissants de ce monde. «Nous allons nous élargir d’une façon spectaculaire», promet-il.

Il est probable que ce clin d’œil est fait à ceux des pays baltes qui n’ont pas encore adhéré à l’Alliance. Des pays qui, faut-il le répéter, gardent les stigmates d’un communisme sans âme mais acceptent de s’engouffrer lentement dans les dédales d’un hégémonisme américain qui ne rechigne sur aucun moyen pour s’affirmer à travers le monde. Les appréhensions de Moscou pourraient attester de sa puissance. «Naturellement une partie de la population russe voit d’un mauvais oeil qu’un sommet de l’Otan se déroule maintenant aux portes de Saint-Pétersbourg (...) nous ne comprenons pas pourquoi l’Otan a besoin dans cette zone de sa propre infrastructure militaire», a déclaré mardi le ministre russe de la Défense.

Ce jour-là, Riga ressemblait à une caserne à ciel ouvert. Hélicos pour la sécurité aérienne, militaires et policiers pour celle terrestre et au loin maritime pour la surveillance des eaux de la mer Baltique, la Lettonie devient désormais un pays à partir duquel l’Otan révise ses stratégies militaires et ses positions. Le SG de l’Otan et le président français viennent par leurs réponses aux questions des journalistes confirmer l’ensemble de ces aspects. Même si le second veillera à y apporter des nuances.

Par Ghania Oukazi - Quotidien d'Oran, le 30 novembre 2006.

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