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Le Liban face à ses vieux démons

Fouad SinioraLiban - Un défi de plus pour Fouad Siniora. Après être parvenu tant bien que mal à préparer son pays au départ des troupes syriennes et à préserver la cohésion nationale face à l’abjection israélienne, il doit à présent tout faire pour éviter à son pays de retomber dans le piège de la guerre civile. Et la mission ne sera pas de tout repos pour le Premier ministre libanais.

Il a déclaré hier qu’il était résolu à ce que le Liban ne vive pas un autre conflit interne. «L’intérêt du Liban est qu’il n’y ait pas de désordres civils. Ma présence au gouvernement et celle de beaucoup d’autres empêcheront qu’éclate une guerre civile […] J’ai confiance qu’il n’y aura pas de manifestations en cette période critique même si tout le monde a le droit de manifester», a affirmé hier sur un ton solennel Fouad Siniora. Et la crise n’est pas pour ainsi dire mince.

Jamais depuis la fin de la guerre civile scellée par les accords de Taëf le 23 octobre 1989, la situation n’a été aussi tendue sur le plan politique. Aux différences d’approche entre les courants politiques sont venus s’ajouter les affrontements entre deux grandes formations chrétiennes. Après l’alliance contre nature conclue entre le Courant national libre de Michel Aoun et le Hezbollah, c’est le camp chrétien libanais qui se voit davantage divisé. Mardi dernier, l’impensable s’est produit.

En voulant accrocher le portrait de leur leader Michel Aoun dans la commune d’El Achrafié, des membres du Courant national libre ont été pris à partie par les Forces libanaises de Samir Jaajaa. S’en sont suivis des heurts armés qui se sont répandus même dans des universités eyrouthines. Des accrochages qui n’ont pas fait de victimes, mais qui ont réussi à raviver le spectre de la guerre civile dans le pays. Quant aux partis politiques représentant les chiites libanais, ils persistent et signent dans leur refus de réintégrer le gouvernement de Fouad Siniora.

La démission collective, le 11 novembre dernier, de Faouzi Salloukh, Mohamed Fneich, Trad Hamadé, Mohamed Jawad Khalifé, et Talal Sahili a fait entrer le pays dans une crise institutionnelle aiguë. Ces ministres chiites proches du Hezbollah et de Amel ont répondu à l’appel de leur hiérarchie qui n’est pas satisfaite de la réponse faite à ses propositions concernant le futur cabinet d’union nationale. Les demandes incessantes des sunnites et des Druzes pour une cohésion gouvernementale ont été vaines, et la violence risque de faire son retour dans un pays traumatisé par les guerres incessantes qu’il a subies.

Mardi dernier, un incident dramatique s’est produit à la frontière syro-libanaise. Un Syrien de 28 ans a ouvert le feu sur des policiers en faction au poste frontalier de Jdeitet Yabous avant d’activer sa ceinture d’explosifs. Sur le projet du tribunal international pour juger les meurtriers de Rafic El Hariri, la majorité parlementaire et le gouvernement restent scrupuleusement attachés à sa création. Adopté par le Conseil de sécurité de l’ONU, ce projet reste tributaire de l’assentiment de la classe politique libanaise.

Revenant à la charge, le Premier ministre a affirmé hier que cette cour spéciale devait absolument voir le jour. «Il ne s’agit pas seulement de juger les coupables de l’assassinat de Hariri, mais de prévenir de nouveaux assassinats et de protéger le Liban», a déclaré hier le chef sunnite du gouvernement libanais. Presque deux années après, toute enquête ou projet de jugement pour dévoiler les raisons et las auteurs de son assassinat font l’objet d’une multitude d’oppositions. La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera, nul ne devra l’oublier.

Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 30 novembre 2006.

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