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Irak : Obsessionnelle inquiétude face à «l’arc chiite»

MalikiIrak - La crise irakienne semble faire prendre un virage extrêmement dangereux à la région moyen-orientale en raison d’un débordement qui risque d’être porteur de lourds périls. Selon le Financial Times dans son édition de jeudi dernier, des pays arabes dits «modérés», à l’image de l’Egypte, de l’Arabie saoudite et de la Jordanie, voient d’un mauvais œil l’éventuelle implication de l’Iran et de la Syrie dans le règlement de l’imbroglio irakien.

En effet, une crainte de plus en plus perceptible quant au rôle que pourrait jouer l’Iran dans le Monde arabe vire carrément à l’obsession dans certaines capitales arabes. Le roi de Jordanie, Abdallah II, aurait même fait signifier à George Bush lors de sa visite à Amman que la solution à la crise irakienne ne passe pas nécessairement par Damas et Téhéran, mais plutôt par le renforcement de l’aile sunnite au sein du pouvoir irakien en place afin de créer un équilibre salvateur. Des responsables saoudiens et jordaniens auraient eu aussi, depuis peu, une rencontre avec le principal leader de la communauté sunnite en Irak, Harith Al Dhari, dans une tentative de «limiter l’influence grandissante des Iraniens en Irak et dans le Monde arabe».

Le chiite Maliki pourrait faire les frais de cette volonté de juguler l’influence iranienne en Irak. Bien que le président américain ait déclaré que le dirigeant irakien était toujours «le gars qu’il faut pour l’Irak», la réalité sur le terrain paraît tout autre. La nécessité d’accélérer l’entraînement des forces irakiennes, et de leur déléguer davantage les missions de sécurité, fait de plus en plus d’adeptes à la Maison-Blanche. Dans un Irak où les assassinats répondent aux attentats, dans une violence des plus dantesques, des décisions radicales devraient être prises par les Etats-Unis, puissance occupante.

D’autant plus que Bush reste sous la pression d’un Congrès désormais dominé par les Démocrates. Sans parler de la fameuse commission bi-partisane sur l’Irak, présidée par James Baker, qui doit rendre publiques ses recommandations le 6 décembre prochain. La commission conseillerait le retrait des 144 000 soldats du corps expéditionnaire américain. Ce début de vacillement de la volonté américaine de se maintenir dans le tourbillon irakien est parfaitement perçu par les Irakiens. Le pouvoir en place, dans une position intenable, semble être impuissant face à l’évolution de la crise. Maliki est pris dans un véritable cercle vicieux.

Le soutien militaire américain paraît la seule garantie de survie de son gouvernement. Mais il lui vaut une impopularité croissante, notamment parmi ses coreligionnaires chiites. Le puissant parti chiite de Moqtada Sadr a annoncé qu’il quittait le gouvernement, en protestation contre la rencontre de Maliki avec Bush à Amman. Un gouvernement où il n’avait accepté d’entrer qu’après d’intenses tractations. Ainsi, pressé par les Américains de trouver une solution pour juguler la violence, Maliki ne peut s’appuyer que sur les services de sécurité impliqués dans ces mêmes violences. Obligé de désarmer les milices, il se met à dos des soutiens indispensables à son gouvernement et se voit, de ce fait, accusé de faire le jeu des Américains. Le troisième chef de gouvernement irakien depuis la chute de Saddam Hussein paraît bien isolé.

Par Moumene Belghoul - La Tribune, le 2 décembre 2006.

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