Liban : l’épreuve capitale
Liban - L’opposition libanaise campe toujours dans le centre de Beyrouth, après une gigantesque manifestation qui a réuni des centaines de milliers de personnes, réclamant la démission du gouvernement pro-occidental actuel. La démonstration de rue, plus éloquente que tous les discours, semble être reçue par une ignorance feinte, par la «majorité» qui semble ne plus en être une. Dans le centre de la capitale du pays du Cèdre et dans les rues menant au siège du gouvernement, des tentes ont étés dressées pour une longue période de contestation.
Le mouvement contestataire, à la tête duquel le Hezbollah, réclame la démission du gouvernement du Premier ministre Fouad Siniora, qu’il présente comme «un auxiliaire fantoche des Etats-Unis». Les dirigeants anti-syriens qui contrôlent le cabinet et contestent à la moitié du Liban le droit à une représentation logique au sein du pouvoir décisionnel libanais accusent l’opposition de fomenter un coup d’Etat en forçant la chute du gouvernement.
Le fils Hariri, figure marquante du camp pro-occidental, a assuré que «les manifestations ne feraient pas chuter le gouvernement», préférant de la sorte nier une évidence que la rue beyrouthine n’a fait que confirmer.
Hier, les manifestants avaient bloqué les accès au complexe gouvernemental où étaient retranchés Siniora et la plupart des ministres mais ils se sont ensuite dispersés après des discussions et l’intervention du charismatique leader du mouvement Amel et néanmoins président du Parlement, Nabih Berri. De quoi accouchera ce bras de fer populaire entre Libanais ? Nombreux parmi la population et dans les deux camps craignent qu’il ne dégénère en affrontement entre les différentes communautés.
La dévastatrice guerre civile est encore fraîche dans les mémoires et ses effets encore visibles.
Le courant dit du «14 mars» à travers ses relais médiatiques notamment, essaie de jouer la carte ethnique décidément toujours de mise dans un Liban, exemple à part dans ce registre. Pour la presse anti-syrienne, «une forte tension règne entre sunnites et chiites et les chrétiens semblent divisés». Un réalité peu perceptible dans la rue où le caractère hétéroclite détone et étonne ceux qui méconnaissent le Liban.
Outre les partisans du Hezbollah et de ses alliés, le mouvement chiite Amal, et le Courant patriotique libre du chrétien Michel Aoun, ont installé un campement pour la nuit, dormant souvent à même le sol, emmitouflés dans des couvertures. Des images qui rappellent singulièrement les manifestations anti-syriennes après l’assassinat de Hariri. Le camp anti-syrien s’accroche inlassablement à l’accusation selon laquelle l’opposition veut la chute du gouvernement dans le but de faire échouer l’idée de créer un tribunal international chargé de faire la lumière sur l’assassinat en février 2005 de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, dans lequel beaucoup voient la main de Damas.
Faux, a pourtant répondu l’opposition qui a montré toute sa disponibilité à coopérer, pour peu qu’on l’associe à la décision.
La Syrie a, de son côté, nié toute implication dans l’affaire et a dû retirer ses troupes sous la pression des Etats-Unis et de la France qui semblent s’accommoder d’un jeu malsain dans un Liban qui, encore une fois, se trouve en face d’une épreuve capitale pour son devenir.
Par Moumene Belghoul - La Tribune, le 3 décembre 2006.
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