Le ciel s’assombrit en Irak
Irak - Les derniers jours à l’ONU s’annoncent incertains pour Kofi Annan. Résolu à s’impliquer dans tous les conflits, le secrétaire général des Nations unies a trébuché hier concernant les violences qui déchirent l’Irak depuis trois années et demie.
Sa proposition de convoquer une conférence internationale pour la paix en Irak a été catégoriquement rejetée par le Premier ministre irakien.
«Le gouvernement irakien, appuyé par la Constitution, ne peut accepter l’idée d’une conférence internationale sur l’Irak […] qui replacerait le peuple irakien sous une tutelle internationale», a déclaré hier soir Nouri Al Maliki. Clairement lassé par cette multitude de rencontres internationales insignifiantes, le chef du gouvernement irakien se veut désormais pragmatique. Affaibli par la situation chaotique dans son pays, il semble ne pas bénéficier du dernier tête-à-tête qu’il a eu avec le président américain à Amman.
Annoncé tambour battant par la Maison-Blanche, l’entretien Bush-Maliki de la semaine écoulée n’a fait qu’envenimer les relations déjà difficiles qu’entretenait le Premier ministre irakien avec les partis extrémistes dans son pays.
Suivant les traces de son président Jalal Talabani, Nouri Al Maliki rejette aussi le qualificatif de guerre civile utilisé par Kofi Annan.
«Il cherche à embellir l’image de l’ancien régime, connu pour ses crimes», a affirmé le Premier ministre chiite irakien. Même son de cloche chez le leader chiite Abd El Aziz Al Hakim. De Washington où il a eu des entretiens avec le président des Etats-Unis, le chef du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak encense son coreligionnaire.
«Nous croyons que les problèmes irakiens devraient être réglés par les Irakiens avec l’aide de leurs amis où qu’ils soient. Mais nous avons rejeté toutes les tentatives pour que les problèmes irakiens soient résolus au niveau régional ou international», a déclaré hier Al Hakim. Réaction grotesque de la part d’un homme qui se trouve en Amérique pour demander conseil auprès d’une puissance occupante embourbée dans son pays.
Sur le terrain, les violences ne connaissent pas de limite.
Au moment où les responsables politiques irakiens se démènent pour cacher la réalité des choses à leurs compatriotes et au monde, la situation démontre tout à fait le contraire.
Hier, une trentaine d’Irakiens ont trouvé la mort dans différents attentats dans le pays. Quinze personnes à bord d’un bus ont été tuées dans l’explosion d’une voiture piégée à Waziriyah près de la capitale irakienne. Peu de temps après, c’est l’horreur qui se déchaînera comme à l’accoutumée sur la communauté chiite irakienne.
Trois véhicules piégés ensanglantent la localité de Bayaa, le bilan est effarant, quatorze morts et plus de vingt-cinq blessés.
Pour parer à cette barbarie quasi quotidienne dans le pays, la communauté internationale s’empresse de contribuer à apaiser la situation.
Vivant un ballet diplomatique au Moyen-Orient, l’Irak devient peu à peu la priorité avec la question palestinienne et la crise politique libanaise.
Etat voisin de l’Irak, la Syrie est de plus en plus écoutée et consultée. Après la visite du ministre allemand des Affaires étrangères lundi dernier, c’est au tour du Premier ministre turc de s’entretenir avec Bachar El Assad. «Notre objectif est de voir comment la Turquie peut contribuer à restaurer la paix au Proche-Orient […] La zone se trouve dans un chaos profond», a déclaré Recep Tayyip Erdogan. A propos du dossier irakien, il a réaffirmé son refus d’une partition du pays entre les différentes communautés.
Après les tentations d’aide douteuses des pays occidentaux, c’est de ses voisins que l’Irak a aujourd’hui plus que jamais besoin.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 6 décembre 2006.
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