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France - Ségolène Royal : première gaffes dans l’Orient compliqué

Ségolène Royal La candidate socialiste a fait ses premiers pas diplomatiques au Proche-Orient. Elle a trébuché sur le droit, non contesté, pour les Iraniens de disposer du nucléaire civil. Difficile de s’y retrouver. Les récentes déclarations de Ségolène Royal à l’issue d’une tournée au Proche-Orient de cinq jours laissent un tantinet perplexe.

Comme c’est devenu l’habitude, il faut tout d’abord s’excuser par avance de toute tentation «machiste»: première femme à avoir de sérieuses chances de devenir Président(e) de la République française, Ségolène Royal a toutes les qualifications pour définir de nouvelles orientations pour la politique étrangère de ce pays. C’est donc bien au potentiel chef d’Etat que l’on s’adresse pour obtenir certaines clarifications. En volant vers l’Orient «compliqué», Mme Royal ne prenait pas la contrée la plus simple pour prendre ses marques diplomatiques.

C’est en particulier la rencontre controversée avec un député du Hezbollah libanais qui a déclenché une première petite polémique. Cet élu avait assimilé l’action israélienne au Liban au «nazisme». Ces propos outrageants n’avaient pas été traduits, a plaidé la candidate qui les a plus tard officiellement condamnés. Ségolène s’est également un peu embrouillée sur les contacts parfois rugueux qui se produisaient entre les soldats français déployés dans la force onusienne au sud du Liban et l’armée israélienne. Elle a ainsi dénoncé, «au nom des militaires français» de la Finul, la fréquence des survols israéliens des positions de la force onusienne, dont elle a visité le quartier général au Liban Sud.

Plus que Bush

Mais, quelques jours plus tard à Jérusalem, elle infléchissait substantiellement sa position sur ces survols condamnés par l’ONU, assurant qu’ils avaient «diminué en nombre et en nature» et que ceux qui «subsistaient» étaient «justifiés». La droite s’est emparée de ces approximations pour l’attaquer sur une supposée inexpérience internationale. Comme le rapporte l’AFP, tout ce que l’UMP compte de ténors s’en est pris à la championne socialiste, l’accusant de «simplisme», comme le chef de la diplomatie Philippe Douste-Blazy, de mettre «en danger» les soldats français de la Finul, comme la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, ou de «fautes choquantes», comme François Fillon, conseiller politique de Nicolas Sarkozy.

Ce dernier s’en est également pris à sa rivale, qui fait jeu égal avec lui dans les sondages. Sur un ton un peu pontifiant, il lui a rappelé qu’il fallait «agir avec beaucoup de mesure, de sens des responsabilités» dans cette région «extrêmement compliquée». Certes. Mais nombre d’observateurs ont encore en mémoire les propos très imprudents du président de l’UMP lors de sa dernière visite aux Etats-Unis: au rebours de toute la diplomatie française, Nicolas Sarkozy approuvait en septembre l’intervention américaine en Irak, quelques semaines avant que les électeurs américains ne la condamne lors du scrutin de mid-term de novembre dernier...

Il est cependant incontestable qu’il est un dossier sur lequel la candidate socialiste s’enferre avec détermination et s’obstine dans l’erreur. C’est celui du nucléaire civil iranien. Ségolène Royal s’est posée en championne du camp anti-iranien, déterminée à interdire l’accès de l’Iran au nucléaire civil pour garantir que ce pays n’aura pas un jour l’arme atomique. La candidate avait déjà tenu de tels propos lors de la campagne interne au Parti socialiste, dite des primaires. On avait cru à une confusion. Elle les répète, de surcroît en s’exprimant de Tel Aviv qui n’est pas la meilleure tribune pour convaincre des interlocuteurs musulmans un peu sceptiques. Philippe Douste-Blazy, le ministre français des Affaires étrangères, a donc raison de rappeler qu’il existe le «traité de non-prolifération» qui permet à un grand nombre de pays d’avoir accès «au nucléaire civil» à la condition «qu’ils renoncent au nucléaire militaire».

«George Bush n’ose pas aller si loin», rappelle Douste-Blazy, qui prend nettement ses distances avec l’impétueuse Ségolène: la candidate socialiste à la présidentielle s’est engagée lundi à plaider dans les instances internationales pour l’interdiction d’accéder au nucléaire civil pour l’Iran, si elle est élue en mai prochain. Une position saluée, selon elle, par le Premier ministre israélien, Ehud Olmert. Gageons que dans quelques semaines, la candidate aura «affiné» son point de vue: il serait étonnant qu’une membre de l’Internationale socialiste décrète que le peuple iranien soit de tous les peuples de la Terre, le seul à ne pas pouvoir avoir accès à une énergie bon marché, inextinguible et non polluante.

Malgré ses bévues, la candidate socialiste a été toutefois traitée en chef d’Etat potentiel et reçue par de nombreuses personnalités du Proche-Orient: le Premier ministre libanais Fouad Siniora, son homologue jordanien Maarouf Bakhit, le chef de l’exécutif israélien Ehud Olmert, le président palestinien Mahmoud Abbas, le président chiite du Parlement libanais Nabih Berri, les leaders maronites et druzes, Amine Gemayel et Walid Joumblatt, les ministres israéliens des Affaires étrangères et de la Défense, le général Pellegrini, le commandant de la Finul...

Comme le note le quotidien Libération, «la candidate socialiste a, en particulier, soigneusement évité de franchir la seule ligne jaune fixée par Jacques Chirac: une rencontre avec le président libanais, Emile Lahoud, jugé trop proche de la Syrie par l’Elysée». Ségolène Royal a cependant tenu à faire connaître sa différence et «un certain nombre de nuances» à la politique française. Parlant du nécessaire «dialogue avec la Syrie», la candidate a cependant précisé que celui-ci «doit être conditionné à des gestes tangibles». «Je pense en particulier que si le tribunal à vocation internationale [pour juger du meurtre de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri] se mettait en place, ce serait un signe positif qui permettrait de décrisper un peu la situation», a-t-elle ajouté. Rejetée par Damas, la création par l’ONU de ce tribunal avait été saluée par Jacques Chirac le 22 novembre.

Qui a tué Pierre Gemayel ?

Le meurtre récent de Pierre-Amine Gemayel a remis la Syrie sur la sellette. L’assassinat du député et jeune ministre de l’Industrie remonte au 21 novembre dernier. Abattu par un commando d’hommes armés, Pierre Gemayel était le fils de l’ancien président Amine Gemayel, le neveu de Bachir Gemayel, le charismatique chef des chrétiens maronites, lui-même tué dans un attentat en 1982, et le petit-fils de Pierre Gemayel, fondateur du parti phalangiste. C’est donc l’héritier d’une très influente famille chrétienne au Liban qui a été exécuté. Il n’est pas le seul. Dans les derniers mois, on dénombre pas moins de huit victimes d’attentats. Marouane Hamadé, proche collaborateur du chef druze Walid Joumblatt, est gravement blessé le 1er octobre 2004.

Rafic Hariri: l’ancien Premier ministre a été tué dans un spectaculaire attentat sur le front de mer de Beyrouth le 14 février 2005. Damas le tenait pour responsable de l’adoption, le 2 septembre 2004, par le Conseil de sécurité de l’ONU, de la résolution 1559, qui exige le retrait des troupes étrangères du Liban. Bassel Fleyhane, ce député et ancien ministre se trouvait au côté de Rafic Hariri le 14 février 2005. Grièvement blessé, il décédera le 19 avril 2005. Samir Kassir, journaliste et chercheur, est tué le 2 juin 2005 par l’explosion d’une voiture piégée. Georges Haoui, l’ancien secrétaire général du Parti communiste, trouve la mort à Beyrouth dans un attentat le 21 juin 2005. Elias Murr, vice-Premier ministre et ministre de la Défense dans le gouvernement de Fouad Siniora, est blessé dans un attentat à la voiture piégée le 12 juillet 2005 dans la banlieue nord-est de Beyrouth.

May Chidiac est une journaliste de la télévision libanaise qui échappe de peu à la mort le 25 septembre 2005. Elle en ressortira amputée d’une jambe et d’un bras. Gebran Tuéni, le député et journaliste chrétien, est à son tour victime d’un attentat à la voiture piégée le 12 décembre 2005 près de la capitale libanaise. On ne peut pas, devant une telle liste, écarter d’un revers de main les responsabilités syriennes. D’autant que les milieux diplomatiques français pointent avec insistance l’action de telle ou telle faction du pouvoir à Damas dans la mort du Premier ministre libanais, Rafic Hariri. Pourtant, dans ces colonnes, on s’était déjà interrogé sur le gain potentiel d’un tel acte. Un des réseaux d’influence du pouvoir syrien a-t-il prêté la main ou organisé l’attentat contre le Premier ministre libanais ?

C’est possible. Mais l’addition en retour a été extrêmement lourde: les troupes syriennes ont dû sur-le-champ évacuer le Liban. Depuis, Damas a pris conscience de son extrême isolement diplomatique. Menacée il y a encore peu d’invasion militaire par les Etats-Unis, la Syrie a cherché des interlocuteurs régionaux, qu’elle a trouvés immédiatement en Iran. Cette ouverture lui a donné un peu d’air et lui a permis de renouer les fils de la négociation avec l’Europe (à travers notamment les contacts espagnols et italiens) et les Etats-Unis. Dans un tel contexte, le pouvoir syrien avait-il intérêt, après la débâcle américaine en Irak et «l’estouffade» de l’intervention israélienne au Liban, de s’attirer à nouveau l’opprobre internationale en déstabilisant profondément le Liban ? Ce n’est pas impossible, mais si cette hypothèse est validée, il n’y aura qu’une seule alternative possible: les dirigeants syriens sont très obtus. Ou très déterminés.

La Qaïda au Liban

On ne saurait imaginer un tel dilemme, ni écarter d’autres hypothèses sur les commanditaires du dernier attentat contre Pierre Gemayel. Damas ou l’une des factions au pouvoir restent en bonne place parmi les suspects. Israël, humilié après son échec estival, peut vouloir, à bon compte, rallumer la guerre civile au Liban. Des puissances régionales comme l’Arabie Saoudite peuvent s’inquiéter de la constitution d’un arc «républico-chiite» et faire le choix d’allumer l’incendie. L’Iran peut faire de même pour des raisons inverses. Au Liban même, dans le camp chrétien, Michel Aoun ou Samuel Geagea contestent l’emprise des Kataeb, les phalanges de la famille Gemayel. La Qaïda peut également trouver un merveilleux terrain pour l’affrontement définitif entre les «civilisations». Les islamistes radicaux enrégimentent par rangs entiers des jeunes des camps palestiniens situés au Liban. Ceux-ci ont en effet perdu tout espoir dans une «solution négociée» concernant la Palestine.

Par Pierre Morville - Quotidien d'Oran, le 7 décembre 2006.

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