L’Irak aura-t-il raison de George W. Bush ?
Irak - Il aura fallu qu’il soit ébranlé par la victoire démocrate au Congrès et par le rapport Baker pour que George W. Bush se décide enfin à agir en Irak.
Lundi soir, fait unique, le président des Etats-Unis a quitté les salons feutrés de la Maison-Blanche pour l’arène du département d’Etat.
Reçu par la maîtresse des lieux, Condoleezza Rice et l’ensemble de ses collaborateurs, George W. Bush a passé en revue la situation générale en Irak et surtout les moyens de sortir de ce bourbier inqualifiable.
Le seul mérite qu’on pourrait accorder aux responsables politiques et militaires à Washington est sans doute le fait qu’ils se soient rendu compte de l’amère et triste réalité du conflit irakien. Guerre déclenchée grâce à une kyrielle de prétextes, elle avait bénéficié au tout début de l’assentiment de tous les Américains, avant que la donne ne change.
Le déchaînement de la violence inter-confessionnelle et des attaques à l’encontre des soldats américains a discrédité une Administration soucieuse d’augmenter les budgets militaires.
C’est la raison pour laquelle le président américain se retrouve aujourd’hui mis en cause dans une gestion calamiteuse de sa guerre en Irak.
Avec le départ du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et son remplacement par Bob Gates, c’est une nouvelle stratégie à la fois politique et militaire qui devrait incessamment être mise en place pour aider l’Irak à sortir de l’horreur dans laquelle il est plongé depuis trois ans et demi. Pour cela, Washington renie ses convictions les plus dogmatiques. Dans une déclaration inattendue et sans doute nécessaire, George W. Bush a affirmé que les voisins de l’Irak devaient contribuer à sa stabilité. «Nous pensons que la plupart de ces pays comprennent qu’une société qui fonctionne selon la volonté du plus grand nombre, une société qui soit une démocratie qui fonctionne, est dans leur intérêt.
Et il nous appartient de les aider à concentrer leur attention, à concentrer leurs efforts pour que les Irakiens réussissent», a déclaré le président américain flanqué du vice-président Dick Cheney et de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. Profondément traumatisée par le sort réservé aux soldats américains en Irak, l’opinion publique américaine exige plus qu’un changement de cap. Avec un chiffre de militaires tués qui frôle les 3 000, l’engagement américain semble réellement renforcer la thèse selon laquelle le contrôle total est perdu dans la région. C’est sur le terrain que cela se confirme le plus.
Hier, l’Irak a de nouveau vécu l’horreur : une soixantaine de personnes au moins ont été tuées par l’explosion de deux voitures piégées dans la capitale Baghdad.
Technique macabre et très souvent utilisée, un kamikaze à bord d’un véhicule piégé s’est approché d’une foule de travailleurs potentiels à Tayaran Square à Rusafa, petit quartier au centre de Baghdad. Le bilan de l’attentat est horrifiant, 57 morts et pas moins de 150 blessés. Parallèlement à la situation sécuritaire chaotique, le pays tente de sauvegarder un semblant d’activité politique.
Non annoncé pour des raisons qu’on peut aisément deviner, le Premier ministre bulgare, Serguei Stanichev, a effectué hier une visite éclair en Irak. Présente dans le pays depuis l’invasion de mars 2003, la Bulgarie a retiré ses contingents en 2005, mais maintient uniquement 154 soldats pour des besoins humanitaires.
Afin de se dérober à sa mission politique et gouvernementale, le pouvoir irakien, quant à lui, fait diversion et se prononce sur l’éventuelle exécution de Saddam Hussein. «Nous ne perdrons pas de temps. Nous prendrons en compte la situation sécuritaire et ils seront exécutés immédiatement à la première occasion dès que la cour d’appel aura donné son verdict», a affirmé hier un haut fonctionnaire irakien à quelques jours de la reprise du procès de l’ancien dictateur irakien.
Ayant échappé à l’enfer du régime de Saddam, les Irakiens doivent supporter aujourd’hui les affres de l’occupation et son lot de destructions quotidiennes.
Pendant ce temps, la démocratie prônée par les Etats-Unis et par leurs alliés se fait toujours attendre.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 13 décembre 2006.
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