Algérie : La Banque mondiale au chevet de la Commission des marchés
Algérie - La Banque mondiale (BM) veut avoir un oeil sur la passation des marchés publics en Algérie. Cette institution financière internationale va contribuer financièrement à la réforme de la Commission nationale des marchés publics (CNM), avec un don de 400.000 dollars.Un accord a été signé récemment entre la Banque mondiale et le ministère des Finances, a révélé hier devant la presse à Alger le directeur du département Maghreb auprès de la BM, M. Théodore Ahlers.
Dans un pays où les commandes publiques ont explosé sous l’effet du plan de consolidation de la croissance économique, la CNM s’est retrouvée au centre d’importants enjeux financiers. La procédure de l’appel d’offres n’est pas à l’abri des malversations. Les intermédiaires spécialistes du pourcentage multiplient les astuces pour fausser les règles du jeu et aider leurs partenaires à décrocher des contrats juteux. Le don de la BM, symbolique dans le contexte actuel d’aisance financière, vaut surtout par l’assistance technique qui va l’accompagner.
Cet argent doit contribuer au financement d’actions de renforcement et d’amélioration des missions de la Commission nationale des marchés publics (révision des procédures, rétribution des consultants...), selon M. Ahlers.
Régie par un décret de juillet 2002, cette Commission est chargée d’élaborer et de superviser l’application de la réglementation des appels d’offres des marchés publics, et d’établir les soumissions et les procédures d’attribution des marchés. Financée par le Fonds de développement institutionnel relevant de la Banque mondiale, la convention entre dans le cadre des actions menées en faveur d’une « gestion saine des dépenses publiques » et d’une plus grande transparence dans la passation des contrats publics, au moment où l’Algérie est engagée dans l’exécution d’un vaste programme d’investissements publics de plus 120 milliards de dollars.
M. Ahlers a rappelé, dans ce contexte, que le partenariat entre l’Algérie et la BM reposait sur trois impératifs essentiels: « une meilleure utilisation des ressources financières provenant notamment des exportations des hydrocarbures, la création de l’emploi par l’amélioration du climat des affaires, et le renforcement du secteur des services destinés à la population ». Interrogé sur la nature de la coopération de la BM dans ce vaste projet, M. Ahlers a souligné qu’au regard de l’excellente situation financière de l’Algérie, le soutien de la BM pour la période 2004-2006 était axé davantage sur une coopération « immatérielle »: conseil, transfert et partage de connaissances, travail analytique et consultatif, vulgarisation, aide à l’organisation.
Dans ce sens, un accord d’assistance technique et de conseil a été paraphé cette année entre la BM et la Caisse nationale d’équipement et pour le développement (CNED, créée en 2005) pour l’aider à évaluer et à suivre les grands projets d’équipement.
Un accord similaire a été également paraphé avec le ministère des Ressources en eau pour une meilleure gestion de l’eau à Constantine, Annaba et Oran, auquel s’ajoute l’accord signé avec la Sonatrach pour renforcer ses capacités de passation des marchés. Rattachée au ministère des Finances, cette Caisse est une sorte de police des polices dans le contrôle de la dépense publique destinée aux projets d’infrastructures.
Au lendemain de la décision de l’Algérie de fermer la porte aux crédits extérieurs, les relations avec les bailleurs de fonds internationaux comme la BM et la BEI se sont tendues. Dans les milieux économiques, le renoncement aux crédits extérieurs a soulevé des inquiétudes sur la capacité du gouvernement à contrôler efficacement les investissements publics dans un contexte marqué par des polémiques récurrentes sur la corruption, alimentées par les scandales financiers et les détournements dans les banques publiques.
Questionné par l’APS sur la qualité du système de supervision des banques algériennes, dont un certain nombre sont impliquées dans des détournements de fonds et de mauvaise gestion dans l’octroi des crédits, M. Ahlers trouve simplement qu’au-delà de ces malversations, « le dispositif algérien de contrôle bancaire s’est beaucoup amélioré».
Selon ses chiffres, les banques publiques coûtent à l’Etat un montant équivalant à 3 à 4% du PIB, entre détournements de fonds, opérations de recapitalisation et rachat des dettes bancaires par le Trésor public. Pour le représentant de la BM, la lutte contre ces détournements passe également par l’instauration d’une gestion encore plus rigoureuse dans le secteur bancaire public. « Ce rôle incombe à l’Etat en tant qu’actionnaire unique des banques publiques pour les responsabiliser davantage », a-t-il dit. Par ailleurs, il a indiqué que la Banque mondiale allait prendre part à une rencontre sur la corruption, qui sera organisée prochainement par le Conseil national économique et social (CNES) algérien.
M. Ahlers vient d’achever une visite de plusieurs jours en Algérie entrant dans le cadre du programme d’assistance aux réformes liant l’Algérie et cette institution sur la période 2004-2006.
Par Hamid Guemache - Quotidien d'Oran, le 14 décembre 2006.
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