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Algérie : Force et faiblesse

Attentat de Bouchaoui à AlgerAlgérie - Il était tout à fait normal qu’au lendemain de l’attentat du 10 décembre, à proximité de Club des Pins, on s’interrogeât sur le niveau des capacités défensives et préventives de l’Etat face à toute menace terroriste. Interrogation d’autant pertinente que les personnes visées (des étrangers) par cet attentat étaient en soi une parfaite «cible parlante» pour des activistes toujours soucieux de l’impact et de l’amplification médiatique de leur action. Une question et son contraire se posent alors devant les soubresauts d’un terrorisme dont le propre est de ne jamais concéder sa défaite et qui se fera fort de faire des victimes jusqu’à son dernier souffle.

Si pour les uns, tout coup d’éclat d’une organisation terroriste est une banderille plantée dans le corps défensif et fragile de l’Etat, d’autres, par contre, se montrent partisans d’une approche modérée, préférant prendre en compte la tendance déclinante d’une violence qui se montre plus féroce encore après avoir subi d’ininterrompus coups de boutoir. Les deux termes de l’alternative peuvent faciliter les raccourcis simplificateurs, voire simplistes, ils ne doivent pas être en mesure de changer la donne : le terrorisme, en Algérie, a été réduit à un niveau de «basse intensité», comme diraient les experts du Pentagone, et ses manifestations spectaculaires ne sont en aucun cas un signe de son regain ou d’une vigueur retrouvée.

Cela dit, la vigilance des services de sécurité peut être prise en défaut et une baisse de la garde, fût-elle momentanée, des corps engagés dans la répression du fléau peut se payer cher. On l’a vu le mois dernier dans la banlieue est de la capitale, des commissariats de police ont été gravement endommagés par l’explosion de camions piégés stationnés à leurs abords, sans, semble-t-il, éveiller les soupçons. Une leçon parmi d’autres peut être tirée, sans avoir valeur de postulat historique : une récurrence terroriste suit souvent les périodes d’instabilité violente, qu’elles soient consécutives à des guerres ouvertes ou à des conflits internes.

En Algérie, c’est après le cessez-le-feu et la proclamation de l’indépendance, que la sinistre organisation terroriste OAS a fait le plus de dégâts et commis les pires assassinats. En Italie, si les Brigades rouges sont tombées dans l’oubli, en Espagne, l’ETA basque peut encore frapper à tout moment. Comme quoi, une particularité propre à un grand nombre d’organisations terroristes de par le monde est précisément leur capacité à se singulariser, en des circonstances choisies, par des actions conçues comme autant de gestes de défiance envers l’Etat, des gestes psychologiquement forts.

Question subséquente : la relative recrudescence des actions terroristes, ces derniers temps, en Algérie, correspond-elle à une faiblesse de l’Etat, celui-ci s’étant en quelque sorte laissé prendre à ses propres discours d’une paix civile retrouvée ? Des avis en ce sens ont été exprimés ça et là. Il n’est, certes, pas exclu que des démembrements des services engagés dans la lutte antiterroriste se soient laissés aller à un excès de confiance dans leur seule présence dissuasive et aient sous-estimé la nuisance adverse.

De là à parler d’un affaiblissement de l’Etat, c’est un pas qu’on ne s’autoriserait pas à franchir avec légèreté. En termes de capacités financières, matérielles, humaines, de poids sur la scène internationale, l’Etat algérien est loin d’être dans une position de faiblesse. Elle est bien loin, la période où le gouvernement ne pouvait même pas se procurer de la chevrotine pour les groupes d’autodéfense…Ce qui manque et fait défaut, c’est le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toutes les portions de terrain qu’il est censé contrôler et protéger. Et c’est précisément ce dont se plaignent les citoyens.

Par A. Samil - La Tribune, le 14 décembre 2006.

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