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Algérie : La nouvelle victoire de Boudjerra Soltani

Boudjerra SoltaniAlgérie - « L’affaire Boudjerra Soltani » a occulté le débat sur la corruption. Une nouvelle victoire du chef du Hamas, qui nous a convaincus que la lutte contre la corruption est impossible. Courageux, mais pas téméraire. Ainsi apparaît Boudjerra Soltani, chef du parti Hamas et membre du gouvernement depuis une décennie, à l’issue de ce qu’il faut bien appeler «l’affaire Soltani». Suffisamment courageux pour dénoncer la corruption, mais pas assez téméraire pour maintenir ses propos et en payer le prix, si nécessaire.

Assez courageux pour tenir des propos vagues sur un phénomène que tout le monde connaît, mais pas assez pour dire que tel responsable a perçu telle commission ou détourné tels biens dans telle affaire. Enfin, dans un accès de populisme électoral qu’il pensait sans lendemain, il a été assez courageux pour s’aventurer sur un terrain miné, mais il n’a pas eu le cran de démissionner d’un exécutif qui assiste, impuissant ou complice, à une expansion sans limite des sphères de la corruption. Mais au-delà de la tournure folklorique qu’a prise cette affaire, Boudjerra Soltani a réalisé une très belle opération.

Non pas sur un plan électoral, parce qu’il a dû reculer, tête basse, face au chef de l’Etat, ni dans le domaine de la lutte contre la corruption, car lui-même est prêt à toutes les extrémités pour rester au sein d’un système corrupteur. Par contre, il a réussi à créer une «affaire Soltani», qui a occulté l’autre affaire, la vraie, celle qui concerne la banalisation outrancière de ce fléau qu’est la corruption. En effet, hasard du calendrier ou choix volontaire, la rencontre entre le chef de l’Etat et les walis coïncidait avec la Journée mondiale de lutte contre la corruption. En outre, plusieurs rencontres étaient programmées sur ce thème à l’approche de cette date.

Et, pour clore le tout, l’actualité nationale, déjà dominée par des affaires de corruption, a connu de nouveaux scandales sans pareil, dans lesquels étaient précisément impliqués des walis. Le moment était donc favorable à une réflexion sur le devenir d’un pays où la corruption connaît une telle ampleur. La conjoncture imposait même aux gouvernants une halte, un bilan, et des mesures d’une toute autre nature pour faire face au fléau. Car le constat est plus qu’alarmant. Plus le pays dispose de réserves financières, moins ses investissements sont rentables. Tous les rapports, provenant de toutes les institutions nationales et étrangères, tirent la sonnette d’alarme.

FMI, Banque mondiale, observatoires et bureaux d’études font le même constat. L’argent ne va pas là où il faut. Les procédures ne sont pas bonnes, les moyens de contrôle non plus, les lois ne sont pas performantes pour assurer le suivi des dépenses, et l’administration est définitivement hors circuit. C’est même elle qui génère la plus grosse part de la corruption. On attendait donc des réflexions sur ces grandes questions. Quels changements structurels apporter au fonctionnement de l’économie, aux institutions et aux lois, quels bouleversements doivent être opérés au niveau des banques et des administrations, quelles réformes introduire dans les procédures de suivi et de contrôle, comment garantir une véritable comptabilité, économique et politique, quels contre-pouvoirs installer partout, pour tenter de limiter l’impact de la corruption et la ramener à des seuils qui ne mettent pas en péril les équilibres du pays, à défaut de la juguler ?

Au lieu de ce débat et des décisions qui en découlent, le pays avait les yeux braqués sur Boudjerra Soltani. De quelle manière le président de la République allait-il le rabrouer ? Comment s’y prendrait-il pour le remettre à sa place ? Ou au contraire, allait-il l’applaudir, le soutenir, et se lancer dans une campagne anti-corruption ? Et comment Boudjerra Soltani réagirait-il aux critiques du chef de l’Etat ? Quitterait-il la salle ? Irait-il jusqu’à quitter le gouvernement ? Ou au contraire, irait-il jusqu’à se féliciter des observations du chef de l’Etat, qui le gronderait comme un grand frère a le droit de le faire ?

Finalement, l’affaire Boudjerra est passée. Elle a fait plus de bruit que le python de Mohammadia, mais elle n’a pas bouleversé le mode de gestion des affaires du pays. Elle a même aggravé la situation, en faisant achopper une opportunité de s’attaquer au phénomène, et en consacrant un nouveau discours officiel sur la corruption. Un phénomène désormais accepté comme une norme de gestion. En ce sens, Boudjerra Soltani n’a pas vraiment innové. Une vieille tradition algérienne a imposé certaines règles pour éviter de régler un problème.

On peut soit occulter le problème, soit créer une commission à cet effet, comme ce fut le cas pour l’école, la justice ou la réforme de l’Etat. On peut également s’engager à le faire, mais on s’y attaque de manière si maladroite que le mal apparaît comme préférable aux soins qu’on veut apporter, comme ce fut le cas pour la libéralisation des dernières années ou la lutte contre la corruption. C’est la grande réussite de Boudjerra Soltani. Il a convaincu l’Algérie que la corruption est là, et qu’il est impossible de s’y attaquer.

Par Abed Charef - Quotidien d'Oran, le 14 décembre 2006.

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