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Algérie - France : «Alger n’a pas voulu des avions Rafale français»

Avion Rafale françaisArrivé en Algérie le 21 novembre dernier, le nouvel ambassadeur de France a rencontré hier les directeurs de journaux. Cette réunion qui s’assimile à une première prise de contact après la remise le 4 décem-bre courant de ses lettres de créances au Président algérien Abdelaziz Bouteflika, aura été l’occasion pour le diplomate qui redécouvre l’Algérie après y avoir séjourné précédemment.

Même l’attentat de Bouchaoui qui a ciblé un bus de transport de personnel étranger (BRC) ne changera pas sa première impression favorable. «L’attentat de Bouchaoui est un incident prévisible car le bus prenait toujours le même itinéraire» affirme-t-il, avant d’ajouter que dans les milieux des affaires et diplomatiques on «l’a remis dans son contexte» bien que la vigilance soit de mise. La rencontre d’hier lui donnera aussi l’occasion de livrer sa feuille de route arrêtée par Paris.

En effet, il déclarera qu’avant son départ pour l‘Algérie, il a été longuement reçu par le président français Jacques Chirac. Se prêtant aux questions des présents, mais sans se départir de son tact diplomatique, Bernard Bajolet évoquera tous les sujets qui ont trait au dossier des relations algéro-françaises ou ceux ayant un lien avec la région. C’est ainsi que la question du traité d’amitié sera évoquée. Reconnaissant que sa signature a été remise en cause, en raison entre autres de ce qu’il qualifiera de «raté» ou «d’incident» en faisant référence à la loi du 23 février 2005, il soulignera que le processus a été inversé, puisque désormais, ce traité est considéré comme le «couronnement» de la démarche initiée à la faveur de la déclaration d’Alger de mars 2003.

Toutefois, même dit-il, si «on n’imagine pas la France demander pardon à genou», il reste, soutiendra-t-il, que rien n’empêche la reconduction de la démarche qui a prévalu entre l’Allemagne et la France. Toutefois, des propos tenus par l’ambassadeur, il ressort nettement la volonté de Paris de dépasser cet écueil. Preuve en est, contrairement à ce qui est pensé, la France est même disposée à vendre du matériel militaire à Alger. «Il n’ y a aucune restriction. Paris est prêt à vendre aux mêmes conditions que celles qui prévalent pour les autres pays de la région». A en croire le diplomate c’est «Alger qui n’a pas voulu acheter les avions de chasse Rafale».

Des offres ont été faites mais le choix d’Alger s’est porté sur d’au-tres fournisseurs. Mais ajoutera Bernard Bajolet «nous respectons ce choix». Et lorsqu’il lui a été rappelé l’embargo imposé durant les années 1990, en fin diplomate, il précisera que «je ne peux pas parler du passé. Mais ce que je peux vous dire c’est qu’à ma connaissance la disponibilité de vendre du matériel militaire à Alger existe». Et comme pour clore le châpitre, il indiquera que «la coopération militaire entre les deux pays se déroule bien», pour preuve, le mirage français a eu toutes les autorisations nécessaires pour survoler le territoire algérien, et que privilégier un pays voisin, le Maroc en l’occurrence, au nom de l’équilibre régional, n’est pas l’idée conductrice de la démarche française dans la région du Maghreb.

«Le Maroc n’est pas l’enfant gâté de la France. C’est un pays traité comme tous les autres» sera-t-il rappelé. Pour ce qui est du soutien perçu, apporté par Paris à Rabat dans le dossier sahraoui, Bernard Bajolet, tentera de l’expliquer. En fait, il relève que «le Maroc a toujours présenté cette affaire comme étant vitale pour sa stabilité interne». Pour ce qui est de la position qui sera adoptée ultérieurement, il dira que la France est dans l’attente de voir le plan d’autonomie que le Maroc s’est engagé, en réponse à la communauté internationale, à remettre le 31 mars à l’ONU. S’agissant des relations économiques, Paris semble avoir pris acte des affirmations des autorités algériennes selon lesquelles l’Algérie n’est pas la chasse gardée de la France. «Les dirigeants algériens nous l’ont dit», sera-t-il souligné.

Ainsi consciente de la forte concurrence que présentent d’autres pays européens, asiatiques et les Américains, Paris ne compte pas céder sa place. Pour sa défense, l’ambassadeur niera l’existence d’une «frilosité» des entreprises françaises. «C’est le contraire» plaidera Bajolet. Le montant des investissements français en 2005 s’élève à 140 millions d’euros, avancera-t-il comme argument. Du reste, l’ambassade française «s’attend à une présence croissante de ressortissants français en Algérie» Le diplomate indiquera qu’en réalité, les entreprises désireuses de venir s’installer en Algérie font face à quelques obstacles que «l’Etat algérien se doit de lever».

La rencontre prévue le 19 décembre entre Douste-Blazy, l’ambassadeur algérien en France et des chefs d’entreprise permettra de lever les incompréhensions. Pour ce qui est de la circulation des personnes, il est annoncé le traitement à partir de mai 2007 des dossiers de demandeurs de visa résidant à Alger. Ils seront traités au niveau du consulat à Alger. De même que l’ouverture du consulat général d’Oran est annoncée pour septembre 2007. Pour ce qui est de l’augmentation des frais de visas Schengen qui sont de l’ordre de 60 euros, Bernard Bajolet indiquera à juste titre que «ce n’est pas une décision de la France».

On s’est refusé à l’annoncer mais comme la France délivre le lus grand nombre de visas Schengen, «il nous a été demandé de le faire». Mais pour tenter de pallier cette situation, Paris a décidé d’accorder des visas de longue durée, deux ans et plus, pour les personnes appelées à se rendre régulièrement en France. Toutefois, il est attendu la réciprocité de la part d’Alger. L’ambassade française est, quant à elle, disposée à donner un coup d’accélérateur à la coopération, y compris dans le domaine de la communication, outre la création d’Institut de technologie et d’une école médicale.

Par Nadia Kerraz - Le Jour d'Algérie, le 17 décembre 2006.

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