Irak : La réconciliation version Bush
Irak - Le plus jeune secrétaire à la Défense en 1975, le plus vieux en 2006, mais certainement le plus impopulaire. Après une gestion calamiteuse du conflit irakien, Donald Rumsfeld a quitté, vendredi, ses fonctions officielles au Pentagone. George W. Bush n’a lésiné sur aucun moyen pour assurer une sortie plus qu’honorable à son fusible, sans doute pour ne pas l’acculer davantage.
Celui qu’on surnommait le JFK républicain s’est impliqué comme un fou pour pousser son administration à entrer en guerre contre l’Irak. Avec une kyrielle d’autres faucons, tels Richard Pearl ou Paul Wolfowitz, il avait réussi à convaincre aussi bien la Maison-Blanche que le Congrès de l’absolue nécessité d’une telle guerre. Trois ans et demi plus tard, le constat est accablant. En plus d’avoir été désastreuse pour le peuple irakien et pour son unité, cette guerre a décimé jusqu’à ce jour près de 3 000 soldats américains.
Un bilan que l’opinion publique aux Etats-Unis accepte de plus en plus mal. Et elle n’a pas hésité à le faire comprendre durant les élections de mi-mandat le 7 novembre dernier. En dépossédant le Parti républicain de sa majorité au Congrès, les électeurs ont voulu par là exprimer leur mécontentement à leur Président et leur refus de sa stratégie en Irak.
Mais le second et ultime mandat de George W. Bush n’en est qu’à sa moitié et le changement est plus que nécessaire aujourd’hui. Après le départ forcé de Donald Rumsfeld et son remplacement par Bob Gates, c’est la stratégie diplomatique des Etats-Unis qui devrait connaître un léger changement.
Avec le renoncement de John Bolton à représenter sa candidature au Sénat, Washington doit à présent chercher un nouveau remplaçant à son ex-représentant permanent aux Nations unies. Même si le choix final de Bush ne s’est pas encore fait, il ne doit pas oublier que la nouvelle majorité démocrate au Capitole aura incontestablement son mot à dire. Mais l’échec américain en Irak continue malgré tout à se confirmer de l’autre côté de la planète. En dépit des simulacres de changement à Washington, l’Irak poursuit, quant à lui, sa descente aux enfers.
Après une semaine particulièrement meurtrière, les Irakiens semblent attendre les bonnes grâces de la puissance occupante. Et cette dernière n’a pas tardé à sévir. Martyrisée à souhait par les groupes armés sunnites, la ville de Sadr City l’a été cette fois par l’armée américaine. Le quartier chiite de la capitale irakienne a été bombardé hier par l’aviation. «Des individus […] présentant une menace immédiate pour les forces déployées à terre ont été la cible de tirs de précision d’avions américains», a affirmé hier une source militaire américaine pour justifier cette attaque aérienne. Le raid fera un mort et deux blessés. Entre-temps, le contact politique continue à être maintenu entre Washington et Baghdad.
A la veille de l’ouverture de la Conférence de réconciliation nationale, le président américain a eu des entretiens par vidéoconférence avec le Premier ministre Nouri Al Maliki. Sollicitude pour les uns, ingérence pour les autres, cette méthode bien américaine ne sera certainement pas bien accueillie parmi l’opposition irakienne. Une opposition qui rejoint le gouvernement pour dénoncer toutes les tentatives d’internationaliser la crise interne dans le pays. Après avoir balayé du revers de la main les médiations de la Ligue arabe et de l’Occident, les partis politiques veulent à présent se concerter et trouver une issue à l’impasse qui perdure entre les multiples courants politiques du pays.
Projet tenant à cœur au Premier ministre Al Maliki, il devrait connaître des propositions inédites pour une hypothétique sortie de crise. L’éventuelle amnistie pour les combattants armés, la réintégration des baathistes dans les appareils de l’Etat sont autant d’initiatives qui pourraient être prises en compte par le pouvoir irakien. Avec cette nouvelle trouvaille d’Al Maliki, c’est une nouvelle contradiction qui vient ébranler la réputation du Premier ministre irakien. Refuser la médiation arabe et accepter l’ingérence américaine. Le bout du tunnel est bien loin pour un peuple acculé de toute part.
Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 17 décembre 2006.
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