L'Algérie n'attire pas suffisamment de capitaux étrangers
L’Algérie n’attire pas suffisamment de capitaux étrangers et les délocalisations butent sur les retards de notre économie. Toutefois, certaines entreprises ont réussi à délocaliser en Algérie.
Après deux ans d’existence, MCL (Maison des convertibles et literies) a réussi à se faire une bonne place sur le marché algérien. Cette PME de 50 employés est une délocalisation d’une entreprise familiale de la région lorraine en France. Basée à la zone industrielle d’Es-Senia, MCL est aussi l’une des rares délocalisations d’une entreprise étrangère en Algérie. Le parcours de cette entreprise donne un éclairage sur les difficultés des investisseurs étrangers dans notre pays.
Pour la famille Benabid, tout a commencé, il y a un peu plus de trois ans, à la Foire internationale d’Alger de 2003. Après plus de quarante ans en France, le père Benabid, originaire d’El-Bayadh, décide de revenir au pays. Dans ses bagages, des installations de ses usines en France. « On avait trois unités de fabrication en Lorraine. Nos clients étaient parmi les plus grands magasins parisiens. Mon père s’est installé en France dans les années 60. En 2003, la Chambre de commerce et d’industrie de Lorraine nous a invités pour participer à la foire d’Alger. Nous avons accepté. Cela a été concluant, parce que sur place nous avons entrepris des contacts pour investir en Algérie et rencontré notre partenaire M. Benamar. La CCI de Lorraine et la Mosquée de Paris ont convaincu mon père de revenir dans son pays natal pour y créer de l’activité industrielle », raconte Tayeb Benabid, né et grandi en France.
L’aventure algérienne commence alors pour ce binational qui s’exprime tout le temps en français. Cachés par le discours politique favorable à l’investissement et au retour des binationaux et par l’attractivité du marché algérien, les obstacles à l’investissement commencent à paraître, l’un après l’autre, et à mesure que la création de la société MCL avance ! « Avec M. Benamar, nous avons rapidement trouvé un terrain d’entente et lancé MCL à 50/50. Notre partenaire disposait d’installations à la zone industrielle d’Es-Senia », ajoute M. Benabid. La disponibilité du foncier et des fonds a évité aux deux partenaires de tomber dans le piège du foncier industriel et des banques. Pour obtenir le registre de commerce, les nouveaux investisseurs ont dû patienter six longs mois ! Les banques n’ont pas joué le jeu. « Nous avons proposé notre projet aux banques publiques, aucune n’a voulu nous accompagner. Les banques publiques, c’est ma première déception en Algérie. Il y a eu l’attente au port pendant cinq heures lorsque j’ai ramené ma famille, mais les banques m’ont vraiment déçu », regrette M. Benabid.
Mais l’Algérie est à la fois un pays difficile d’accès, mais aussi rentable pour les investisseurs. Au bout de deux ans d’activités, MCL a réussi à se faire une place dans le marché. Son chiffre d’affaires augmente chaque année et MCL envisage déjà de se développer et d’investir dans de nouveaux projets.
La délocalisation n’est pas seulement le déplacement d’usines déjà en activité dans des pays développés vers les pays émergents. D’autres formes de délocalisation existent. Exemple Rissopack. Créée en 2005, cette société mixte, basée à Rouiba, est détenue par le LPA (Laboratoire pharmaceutique algérien) et Horizon (France). Elle fabrique des coffrets de luxe pour un grand groupe français, LVMH. Un véritable exploit ou presque !
L’industrie du luxe est l’une des plus exigeantes au monde. « Ce n’est pas une délocalisation classique. Nous fabriquons une partie des coffrets de luxe destinés au marché mondial. Nous avons des coûts avantageux par rapport à la Chine, qui est le principal producteur de ce produit. Nous avons délocalisé une production, nous n’avons pas ramené d’usines qui ont déjà travaillé ailleurs. Nos installations sont neuves », explique le directeur général de Rissopack. Cette société emploie 130 personnes et produit un million de coffrets par an. En 2008, ce chiffre devra atteindre six millions d’unités. « Notre proximité avec l’Europe est un avantage par rapport à la Chine. Cela joue sur les coûts de transports. Un bateau met sept semaines entre la Chine et l’Europe et seulement une semaine à partir d’Algérie. On gagne sur la main-d’oeuvre par rapport à nos voisins, mais le transport maritime est trop cher. L’exportation n’est pas facile », note notre interlocuteur.
En clair: faciliter aux entreprises l’établissement d’un inventaire consultable et modifiable à tout moment. Une véritable révolution.
La création d’Algérie axe management, dont le siège est à Alger, a été précédée d’une étude de marché concluante. Le patrimoine des entreprises et des administrations algériennes ne cesse de croître sous l’effet de la politique d’investissement du gouvernement. « Nous proposons aux entreprises une méthodologie basée sur la circulation de l’information pour gérer en temps réel le patrimoine. Les dirigeants d’entreprises peuvent anticiper les décisions. En France, nous travaillons déjà avec plusieurs clients et en Algérie nous venons de commencer la prospection », explique M. Ghelal. Ce jeune consultant croit dans l’initiative personnelle et dans le discours politique favorable au retour des cerveaux exilés. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps.
Les cadres algériens basés à l’étranger hésitent à revenir investir et travailler dans leur pays d’origine. On assiste plutôt à l’accélération de la fuite des cerveaux, comme en témoigne le départ massif des cadres de Sonatrach vers les compagnies étrangères comme Qatar Gas. Le discours politique est favorable au retour des cerveaux, mais beaucoup de ceux qui ont accepté de revenir ont très vite déchanté. « Le retour au pays est valable pour ceux qui possèdent de solides relations », constate avec amertume un universitaire algérien de retour du Canada.
Pourtant, l’Algérie a tout pour attirer les délocalisations. Le prix de l’énergie, la main-d’œuvre qualifiée, les salaires algériens sont bas par rapport aux salaires pratiqués en Europe, le marché, la proximité avec l’Europe. Mais en face, les obstacles ne manquent pas: corruption, système bancaire archaïque, difficulté d’accès au foncier, absence d’une politique économique claire...
Synthèse de l'article - Equipe Algerie-Monde.com
D'après le Quotidien d'Oran, le 21 décembre 2006.
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