La dernière en date, c’est celle de la ministre française chargée des affaires européennes, Catherine Colonna. Celle-ci a appelé jeudi à faire «attention aux mots» qui «peuvent blesser».
«Ce dont nos deux pays ont besoin, c’est de construire une relation franco-algérienne basée sur la confiance, tournée vers l’avenir, dans un esprit d’apaisement de la mémoire», a déclaré Mme Colonna sur la radio française RTL qui l’interrogeait sur la «timidité» des réactions officielles françaises aux propos de M. Bouteflika.
Les relations entre les deux pays, a déclaré la ministre, «ont eu une histoire complexe, elles ont un présent, mais elles ont surtout un avenir, c’est ça qui doit être notre guide. Et il faut faire attention parfois aux mots». «Les mots peuvent blesser dans un sens comme dans l’autre.
C’est la raison pour laquelle il faut être très attentifs aux mots que l’on choisit quand on se parle, surtout entre amis», a-t-elle ajouté. «La querelle des mots n’est pas utile. Elle a même un aspect anachronique car elle ne correspond pas à l’état de nos relations», a-t-elle conclu.
A Alger, des universitaires et des personnalités politiques débattaient, ce même jour, des relations algéro-françaises au centre de presse d’El Moudjahid. Organisée par la Ligue nationale de la promotion de la pensée juridique, cette conférence-débat a vu M. Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme, (CNCPPDH), s’interroger : «Comment en 2006, à l’ère de la mondialisation, certains vantent toujours les mérites du colonialisme.»
Pour M. Ksentini, le colonialisme français en Algérie «était une forme d’agression aucunement justifiée», et «un crime contre l’humanité qui a duré pendant 132 ans». Le colonialisme, a souligné le conférencier, «a été totalement négatif avec un génocide identitaire de l’Algérie, comme l’a confirmé le président de la République».
De son côté, M. Djahid Younsi, du mouvement El Islah, a noté que «plusieurs obstacles ont entravé les relations algéro-françaises depuis l’indépendance du pays en 1962».
«Il fallait, juste après l’indépendance du pays, demander à la France de présenter des excuses au peuple algérien et ce, afin de permettre d’établir de bonnes relations entre les deux pays au même titre que tous les autres Etats voisins», a estimé M. Younsi.
Il a, en outre, déploré le fait que la classe politique ainsi que la société civile n’aient pas réagi de la façon «la plus adéquate» à la promulgation par l’Assemblée française de la loi du 23 février 2005, glorifiant la présence coloniale française en Afrique du Nord, se contentant juste «des communiqués de dénonciation».
Par ailleurs et selon l’intervenant, l’idéologie coloniale «est de retour chez certaines anciennes puissances coloniales, notamment après l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis». Pour sa part, le président de l’Association 8 Mai 1945, première association algérienne à avoir revendiqué un dédommagement moral pour tous les crimes de la période coloniale, M. Mohamed Korso, est revenu longuement sur l’historique des relations entre l’Algérie et la France, notant que les deux pays «ont eu de bonnes relations», après 1962.
M. Korso a estimé, cependant, que l’abrogation de l’article 4 de la loi du 23 février «reste insuffisante», étant donné, a-t-il expliqué, que «les articles 2 et 3 sont aussi attentatoires à la mémoire de la guerre de libération nationale».
A noter qu’un sondage d’opinion des internautes français, publié mercredi dernier, a révélé que 66% d’entre eux considèrent que les propos du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, «sont outrageux», alors que 44% souhaitent la signature du traité d’amitié et 42% s’y opposent.
Source Par Ghada Hamrouche 29 avril 2006
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