Algérie-Turquie : signature aujourd’hui d’un traité d’amitié
Un traité d’amitié et de coopération à signer aujourd’hui et une dizaine d’accords négociés entre les dirigeants des deux pays, en sus de probables déclarations politiques de la partie turque attendues sur le volet relationnel avec l’Union européenne notamment, résument la visite de deux jours entamée hier en Algérie par le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Arrivé tôt le matin à l’aéroport international d’Alger où il a été accueilli par le président du Sénat, Abdelkader Bensalah, le Premier ministre turc a eu un programme chargé : recueillement à la mémoire des martyrs de la guerre de libération, visite du musée central de l’Armée, visite du palais du Dey sur les hauteurs d’Alger, traversée de quelques ruelles de la Casbah et, enfin, prière à la mosquée Ketchaoua (construite en 1612 du temps de la régence turque d’Alger).
Après cela, Erdogan a pris part au Forum algéro-turc qui a regroupé des responsables des départements économiques et financiers des deux pays en présence notamment de quelque 70 hommes d’affaires venus avec leur Premier ministre.
Accompagné notamment du ministre des Participations et de la Promotion des investissements, Abdelhamid Temmar, et de la ministre déléguée chargée de la Recherche scientifique, Mme Souad Bendjaballah, et reçu devant le palais du Dey par la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi, le premier responsable de l’Exécutif turc a visité quelques parties de ce patrimoine hérité de la présence turque en Afrique du Nord.
Les Turcs seraient intéressés par la restauration de ce vaste palais. Un dîner a été offert par Abdelkader Bensalah à l’hôte du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui, à son tour, offre aujourd’hui un déjeuner en l’honneur de Recep Tayyip Erdogan.
Outre les entretiens entre Bouteflika et Erdogan, les responsables des deux pays procèderont à la signature d’un traité d’amitié et de coopération et superviseront la signature d’accords bilatéraux divers.
La dizaine (9 précisément) d’accords négociés ou en voie de l’être porte, entre autres, sur la recherche scientifique, les services consulaires (facilitation de délivrance des visas), la météorologie, l’élargissement de l’accord sur l’investissement, le libre-échange, la pêche, etc. Chacun de ces accords en négociation sera signé par les responsables des départements concernés. Dans le cas du secteur de la pêche, par exemple, il est attendu que le ministre turc fasse une visite en Algérie dès le mois prochain, avons-nous appris auprès de la partie turque.
Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Turquie dépassent les deux milliards de dollars et le seuil des trois milliards n’est pas loin, selon une déclaration à la Tribune du ministre algérien de la Participation, Abdelhamid Temmar, qui a précisé que le Premier ministre turc allait participer aux discussions prévues entre les opérateurs économiques des deux pays.
La bonne santé de l’économie turque est confirmée -au bout de ses réformes structurelles imposées par le FMI- par la déclaration faite hier à Ankara par le ministre turc de l’Economie, Ali Babacan, qui a relevé que son pays table sur une augmentation d’environ 1% de ses objectifs de croissance, initialement fixé à 5% pour l’année 2006.
La partie centrale de l’ex-empire ottoman vit aujourd’hui sous une domination sans pareille du parti de Tayyip Erdogan qui n’est pas très loin de la majorité des deux tiers au parlement. Principal reproche au gouvernement en place qui se targue d’avoir mené quelques réformes : son atteinte graduelle à la laïcité kémaliste bientôt centenaire dans ce pays majoritairement musulman.
Durant les derniers mois, des troubles ont été enregistrés dans ce pays, essentiellement dans les régions à majorité kurde.
Taxé d’islamiste, Erdogan se présente en «démocrate musulman» en référence-parallèle aux «démocrates chrétiens» sous d’autres cieux (Allemagne, etc). Aussi, les controverses autour du «génocide turc en Arménie» ainsi que le conflit avec la Grèce voisine à propos de Chypre sont souvent mises en avant surtout à l’occasion des débats qui ont lieu en Europe sur l’éventualité de voir la Turquie adhérer à l’Union Européenne (UE).
Se voulant, comme l’Algérie, contre la politique dite de «deux poids deux mesures» sur la scène internationale, la Turquie dit, par la voix de son ambassadeur à Alger, être en faveur du dialogue des civilisations. Le responsable de la représentation diplomatique à Alger du pays de Mustafa Kemal Atatürk fait en cela référence à la devise «paix en Turquie, paix dans le monde».
La Turquie, fondée en 1923 sur les cendres de l’empire ottoman, joue depuis ces dernières années la carte de l’intégration à l’UE. Périlleux exercice pour un pays aux spécificités socioculturelles bien différentes de celles de la majorité sur le Vieux Continent.
Divers axes des réformes engagées dans ce pays sont jugés à ce propos loin des attentes et standards continentaux et occidentaux.
Il n’est pas exclu que Recep Tayyip Erdogan fasse des déclarations sur ces sujets qui «fâchent» à partir d’Alger. La polémique avec la France risque d’enfler, si cela venait à se vérifier avant la fin de la visite cet après-midi.
Par Younès Hamidouche - La Tribune
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