Le rapport 2006 d’Amnesty s’inquiète pour la liberté d’expression au Maghreb
Le rapport 2006 de l’organisation Amnesty International égrène comme chaque année le catalogue des atteintes aux droits de l’homme qu’ils soient le fait des gouvernements ou des groupes armés. Pour le Maghreb, ce sont les détentions de prisonniers politiques, la répression de la liberté d’expression et l’impunité qui sont épinglées.
Nouveauté remarquée en comparaison des années précédentes, le rapport publié mardi relève quelques progrès qui donnent des «raisons d’espérer» tout en dénonçant le fait que les visions sécuritaires des Etats les plus puissants se sont encore imposées au détriment de la résolution de graves crises des droits humains.
Les «raisons d’espérer» exprimées par Irène Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, qui reconnaît qu’elles ne sont pas partagées par tout le monde, tiennent à certains «signes» liés à la réduction du nombre de conflits armés (Angola, Liberia, Sierra Leone) et à une certaine mobilisation des opinions publiques en Occident qui contraignent les gouvernements à ne pas bafouer les droits de l’homme.
«Au nom de la lutte contre le terrorisme, les droits humains ont été bafoués pendant cinq ans mais, aujourd’hui, certains signes laissent à penser qu’un changement est en vue» et les Etats les plus puissants se rendent à l’évidence qu’il est dangereux de négliger les droits de l’homme. Epinglant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, l’organisation note qu’en 2005, «leur double langage et leurs mensonges ont été révélés par les médias, dénoncés par les militants et rejetés par les tribunaux».
Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et les autres pays européens ont été critiqués pour avoir défendu l’usage de la torture et mis à mal l’Etat de droit au nom de l’antiterrorisme.
Le constat est en effet sombre: 14.000 personnes arrêtées au cours des opérations militaires en Afghanistan et en Irak restent incarcérées, sans jugement, dans des centres militaires, une remise en cause de l’interdiction absolue de la torture et une «délocalisation» des détenus pour leur faire subir des mauvais traitements ainsi que des discriminations et des violences contre les musulmans.
Washington est directement et de manière fondamentale critiquée pour «poser» à la défense des droits de l’homme mais de se replier sur la répression quand ses «intérêts et sa politique sont en jeu».
Parmi les signes positifs, la SG d’Amnesty désigne la réforme institutionnelle relative aux droits de l’homme au niveau de l’ONU qui a eu lieu «malgré les manoeuvres cyniques de certains Etats» et un «vent qui commence à tourner» qui ne serait pas favorable à l’impunité.
Amnesty n’ayant jamais manifesté de propension à l’optimisme, ces constats d’une possible évolution où les «les droits humains et la sécurité seraient appréhendés de manière plus morale» méritent d’être soulignés et d’être tempérés aussi par les constats faits par le rapport lui-même.
Qu’en est-il des pays du Maghreb ? Même si la situation est quelque peu différente d’un pays à un autre, Amnesty note que le maintien en détention des prisonniers politiques et la répression de la liberté d’expression restent des pratiques courantes.
Des centaines de personnes en Tunisie sont encore incarcérées du fait de «leurs opinions non violentes» et «plusieurs dizaines de personnes poursuivies pour activités terroristes ont été condamnées à de lourdes peines d’emprisonnement à l’issue de procès inéquitables». L’ONG note aussi que de «très nombreux» prisonniers politiques restaient détenus en Libye.
Le Maroc est épinglé pour ses pratiques au Sahara Occidental où les personnes arrêtées ont été soumises à la torture, il en est de même pour des milliers de Marocains arrêtés après les attentats de Casablanca de mai 2003.
Pour l’Algérie, Amnesty évoque «de nouvelles informations» faisant «état du recours à la torture, notamment contre des personnes soupçonnées «d’appartenance à un groupe terroriste».
Le grand dénominateur commun entre les Etats du Maghreb, souligné par l’ONG, est leur propension à porter atteinte à la liberté d’expression. Sur ce chapitre, Amnesty comptabilise une vingtaine de journalistes algériens condamnés à des peines d’emprisonnement pour diffamation et rappelle le cas de Mohamed Benchicou emprisonné depuis 2004.
Le Maroc connaît, lui, des «restrictions persistantes à la liberté d’expression, s’agissant tout particulièrement des questions liées à la monarchie et au conflit du Sahara Occidental».
Les choses sont d’une grande limpidité en Tunisie où il existe une «censure généralisée» dans les médias tandis que la Libye est accusée de «restriction sévère à la liberté d’expression et d’association». Enfin, Amnesty continue à pointer du doigt les processus de réconciliation au Maroc et en Algérie qui consacrent «l’impunité».
Tout en admettant que l’Instance Equité et Réconciliation (IER) au Maroc est «une instance sans précédent dans la région», l’organisation en souligne les limites du fait de l’impunité dont bénéficient les auteurs de crimes.
Pour l’Algérie, Amnesty qualifie de «controversée» la Charte pour la paix et la réconciliation nationale et continue de considérer que «l’impunité restait l’obstacle principal au traitement des séquelles du passé...»
Par H. B. - Quotidien Oran
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