Algérie : Le gouvernement reconduit
Abdelaziz Belkhadem n’a pas eu à «consulter» longtemps ! A peine 24 heures après sa désignation, le «nouveau» gouvernement est connu. Les guillemets sont de rigueur car, hormis la désignation de Hachemi Djiar au poste vacant de ministre de la Communication, c’est toute l’équipe sortante qui est reconduite.
Si la question du programme ne se posait même pas, celui du président faisant office de viatique pour tous, la reconduction de toute l’équipe gouvernementale montre que le départ d’Ahmed Ouyahia était bien le seul et unique but du «changement».
Dès le début des manoeuvres au niveau de l’APN, il était très difficile de donner du crédit à la soudaine furie critique des parlementaires du FLN, suivis par ceux du MSP, qui dénonçaient un «échec» du gouvernement à mettre en oeuvre la politique du président. Ce le sera davantage après cette reconductio n où même les ministres publiquement houspillés par le président de la République restent à leur poste.
Si les députés du FLN et du MSP avaient eu pour mission de créer l’argumentaire justifiant le limogeage d’Ahmed Ouyahia, ils n’ont pas fait dans la nuance, en dénonçant une «faillite» du gouvernement.
Désormais, c’est bien le même gouvernement, qui a échoué, selon eux, qui reste aux affaires, pour faire ce qu’il faisait déjà sous Ahmed Ouyahia. Car à l’évidence, en pourvoyant au poste de ministre de la Communication, on comble un vide mais on ne change rien.
Ce qui change sans doute à la faveur du départ d’Ahmed Ouyahia et de l’arrivée d’Abdelaziz Belkhadem est le fait que la proposition de révision de la Constitution quitte le domaine du FLN pour devenir une des urgences du gouvernement. Voilà qui rétrécit singulièrement les objets de griefs supposés du président à son encontre.
En tout cas, cela tend à confirmer que ce n’est pas la gestion gouvernementale - même si Bouteflika ne s’est pas privé de la critiquer publiquement en faisant passer de mauvais moments aux ministres - du programme présidentiel. Après tout, Ahmed Ouyahia a beau ne pas être populaire, on lui reconnaît dans les arcanes de l’Etat un tempérament de bosseur qui rendait peu crédible l’accusation qui lui a été faite de ne pas être très entreprenant dans la réalisation du programme.
Même sur la question de la hausse des salaires, le président de la République ne paraissait pas éloigné d’Ahmed Ouyahia qui la conditionnait par une amélioration de la productivité. C’est vrai que Abdelaziz Belkhadem avait endossé à son compte cette demande de hausse des salaires réclamée depuis des années par les syndicats, mais en dépit de son importance cela ne fait pas un motif de changement de chef de gouvernement.
Dans le pire des cas, cette question aurait été tranchée par un arbitrage du président en Conseil des ministres. Mais d’un point de vue factuel, cette hausse était déjà acquise sous Ouyahia et on n’attendait que le passage formel par la tripartite.
On a désormais la «preuve» par la liste du gouvernement que les parlementaires ont lancé, de manière tonitruante, des explications peu fondées ou excessives.
C’est encore plus singulier pour un MSP qui, pour assurer «l’honnêteté» des législatives de 2007, réclamait un gouvernement technocratique «neutre». Il aura désormais le même gouvernement chapeauté par le chef du parti dominant à l’APN pour organiser les élections. Par contre, la position très réservée pour ne pas dire hostile de l’ancien chef du gouvernement à l’égard d’une révision substantielle de la Constitution demeure bien la seule explication crédible de sa «disgrâce».
Abdelaziz Belkhadem n’a pas fait mystère jeudi que la révision de la Constitution et la hausse des salaires seront ses priorités. Il reste à signaler que la reconduction du même gouvernement paraît être une continuation d’une «alliance présidentielle» qui ne convainc même pas ses propres protagonistes.
Car s’il est une chose que la semaine de bois vert subie par Ahmed Ouyahia a démontré, c’est bien le caractère totalement fictif de ladite alliance. Cette reconduction après des jours de «déchirements» publics et d’une apparente grande tempête n’apportera pas un surcroît de crédit aux partis d’une coalition malgré elle.
Par M. Saâdoune - Quotidien Oran
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