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Actualité

 

Algérie - Mouloud Amrouche : La sécurité, c’est la démocratie !

 

Mouloud Hamrouche«Ce n’est pas la démocratie qui a engendré la violence, c’est l’absence de liberté qui engendre la violence».

Pour sa première sortie à l’étranger depuis plus d’une décennie, M. Mouloud Hamrouche a choisi, mercredi, de s’attaquer à un pilier du discours sécuritaire dominant qui fonde la politique du Nord depuis des décennies mais qui s’est considérablement renforcé après les attentats du 11 septembre 2001.

Invité à un séminaire sur le «coût du non Maghreb...» organisé par l’Institut royal d’études internationales et stratégiques de Madrid, l’ancien chef de gouvernement a estimé erroné le «réalisme» des pays occidentaux qui estiment qu’il faut s’accommoder des autoritarismes qui prévalent dans les pays du Sud au nom des impératifs de sécurité.

C’est ce «réalisme» qu’il juge erroné et sur lequel d’ailleurs jouent les régimes autoritaires au Sud que Mouloud Hamrouche attaque en démontrant que l’autoritarisme n’est pas synonyme de sécurité et que la démocratie, une entreprise complexe, n’a pas l’insécurité comme corollaire.

Ce sont les «politiques sécuritaires», tant celles qui prévalent dans les pays du Sud que dans les politiques des démocraties occidentales qui sont invalidées dans un argumentaire très critique. Non seulement démocratie et sécurité ne sont pas opposables, mais Mouloud Hamrouche affirme que la démocratie apporte davantage de sécurité tant au niveau national qu’international.

Les argumentaires des élites des pays du Sud fondant la sécurité sur une limitation et une négation des libertés et défendant l’autoritarisme au nom d’impératifs de stabilité et de développement sont vivement contestés. Mouloud Hamrouche faisant remarquer à ce propos que les sociétés qui connaissent différentes formes de violences «sont gouvernées, depuis longtemps, par des régimes autoritaires».

Les violences sont, à ses yeux, les produits dérivés de régimes qui se caractérisent par une «absence flagrante de toute régulation économique, sociale et politique, de tout fonctionnement institutionnel du gouvernement et de tout contrôle légal» et dont l’aboutissement est une «confusion entre l’étatique, le politique, le religieux, l’économique, le social et le culturel». Une confusion «génératrice de pratiques de passe-droit, de corruption et d’abus de pouvoir (...) qui enfantent l’insécurité, créent de l’injustice et génèrent des zones de non-droit».

Le paradoxe est que ces régimes utilisent leurs propres échecs et carences pour «convoquer l’impératif sécuritaire en promulguant des lois d’exception et en instaurant état d’urgence et état d’exception». Il relève aussi que ces «régimes qui ont mené à la crise exploitent le thème de la violence pour se présenter comme remède. Le mal ne peut pas être le remède».

En réalité, ces mesures autoritaires qui autorisent un multipartisme de façade et des fausses élections n’apportent aucun mieux au niveau sécuritaire, élargissent le «fossé entre gouvernants et gouvernés» et aggravent «le malentendu entre élites et citoyens» pour déboucher en fin de compte sur «une impasse démocratique et sécuritaire».

Tout en admettant qu’il faut du temps pour qu’une société fonctionne sur des bases démocratiques, M. Hamrouche estime indispensable d’astreindre «l’exercice de tout pouvoir à une institutionnalisation, soumettre les hommes et les femmes qui exercent une parcelle de pouvoir à la règle de comptabilité, et le processus décisionnel à concertation».

La démocratie a besoin d’un «cadre institutionnel et des structures sociales pour s’épanouir et se pratiquer». Une démocratisation de la société qui ne peut «être l’oeuvre d’un despote éclairé, qui agit par décret» est réalisable si l’on accepte des «règles de fonctionnement» et si «le gouvernement admet qu’il a un pouvoir mais pas tous les pouvoirs, le président a des pouvoirs, pas tous les pouvoirs».

C’est donc à une critique sévère d’une idée dominante au Nord et au Sud sur la mise en opposition de la sécurité et de la démocratie que s’est livré Mouloud Hamrouche dans sa sortie espagnole.

Le message adressé aux Occidentaux est limpide: votre sécurité ne sera assurée que par une démocratisation des pays du Sud et non par l’entretien ou le soutien honteux aux régimes autoritaires.

L’accession des pays du Sud à la séparation des pouvoirs, au respect des règles et de la transparence «donnerait plus de sécurité aux pays du nord eux-mêmes, en éliminant toute surprise». La conclusion coule de source, «il est plus utile pour les pays d’Europe du Sud d’avoir en face des systèmes qui fonctionnent selon des règles que des régimes autoritaires».

Par M. Saâdoune - Quotidien Oran

   
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