Une fraude internationale sur le dos de l’Algérie
C’est un déçu du libéralisme tiers-mondiste qui raconte: « une des plus grosses arnaques de l’époque, c’est certainement l’effet d’annonce des gros contrats de construction et d’équipement que l’Algérie signe avec certaines firmes internationales connues.
Partie sur une position de faiblesse, l’Algérie négocie d’abord dans le besoin, le fait à travers des circuits humains qui ont les faiblesses de leur humanité algérienne, très sensibles aux « prises en charge » et autres cadeaux de négociateurs, et se contente de multiplier les textes de loi de souveraineté et de protection qui, en fait, ne peuvent pas faire face aux règles de la prédation internationale.
Résultat ? on sélectionne une multinationale pour nous livrer, clefs en main, une station de haute technologie payée rubis sur l’ongle.
Ce que l’on ne dit pas, c’est que souvent, pour ce faire, la multinationale s’associe d’abord à une entreprise nationale moribonde dont elle va bénéficier du parc, du matériel de base, des réseaux administratifs et de la couverture « algérienne ».
Par la suite, forte de ce parapluie, la même multinationale recourt à des sous-traitants à coût réduit en fractionnant le marché en petites portions.
Ces mêmes sous-traitants sous-traitent, à leur tour, avec d’autres petites entreprises du tiers monde émergeant, pour booster des marchés faciles, ponctuels et limités dans le temps.
La firme internationale les utilise pour écouler ses propres équipements en fournitures, mais aussi parce que cela lui permet d’augmenter sa part de bénéfice avec une main d’oeuvre recrutée en Turquie, en Europe de l’est ou dans ces pays qui ont su convertir leur industrie en PME de la sous-traitance internationale mercenaire.
«Pire encore», raconte le bonhomme en cherchant ses exemples dans le gros album des « investissements » dits réussis et clamés comme des exemples de coopération nord-sud. « Dans le gros battage médiatique de la pression fiscale ou sociale » exercé sur les « privés » algériens et sur les entreprises nationales, ces multinationales se retrouvent dans des cas d’amnistie fiscale, par défaut, et d’exemption de charges par manque de moyens et d’intelligence.
Concernées en principe par une batterie de lois sur ses impôts de bénéfice, ces multinationales achèvent leurs marchés avant que la machine fiscale algérienne ne puisse les atteindre et les obliger au décompte, ou se défilent en laissant l’ardoise sans possibilité de paiement.
En la matière, la loi avait prévu une sorte d’obligation de cautionnement, ou de porteur de garantie dans la personne morale d’une entreprise ou un cabinet algérien qui doit « couvrir » un marché signé avec une firme internationale, mais dans la réalité, peu d’entreprises étrangères souscrivent à la règle ou ne le font que par pure politesse: leurs vis à vis algériens sont, soit incapables de payer, soit peu avertis sur la nature de ce cautionnement, soit eux-mêmes impuissants à identifier leurs propres clients étrangers, ces derniers ayant pris le soin de faire éclater leur propre marché sous la forme d’une dizaine de sous-traitants techniquement non imposables ou achevant leur contrat plus vite que le coursier des impôts, des CNAS ou des autres administrations chargées de la collection des charges et des impositions qui assiègent les « parties » algériennes.
Si, à lire la presse, il est facile de dire que la construction de telle station a été attribuée à telle ou telle méga-entreprise d’un pays de l’Occident, il est impossible, réellement, d’identifier les parties invisibles de cet iceberg, de lister les entreprises invisibles qui ont réellement décroché le marché ou de démêler les réseaux de connivences, de sociétés écrans et de faux sous-traitants qui activent sous le label d’une firme connue mais à laquelle ils ne sont liés que par l’intérêt d’un marché de paiement rapide, l’Algérie étant dans le besoin de construire vite et dans la capacité de payer bien et vite.
Il s’agit là d’un revers de la médaille dont peu de gens veulent parler, dont peu de gens en maîtrisent la jungle féroce et qui fait croire à un libéralisme dont nous avons le contrôle mais qui nous offre à un libéralisme à qui nous servons de repas ».
Par Kamel Daoud - Quotidien Oran
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