CNES : Les enseignants maintiennent leur grève en Algérie
«Nous n’avons rien à négocier tant que les poursuites judiciaires engagées contre nos trois collègues, coordonnateurs nationaux ne sont pas levées. Après cette rencontre avec le ministre, c’est l’opacité totale».
C’est en ces termes que les enseignants grévistes ont exprimé, hier, leur position par rapport aux décisions prises, mardi, à l’issue de la réunion tenue entre le ministre de l’Enseignement supérieur et les représentants du bureau national du CNES.
Une position qui dénote l’insatisfaction totale des résultats de cette rencontre et la non reconnaissance des personnes qui ont discuté avec le ministre.
Suite à l’assemblée régionale, organisée à l’USTO à Oran, et aux AG tenues, le même jour, au Centre et à l’Est, il a été décidé de poursuivre la grève, selon les déclarations rendues publiques par les AG. Les enseignants grévistes ont qualifié la réunion avec le ministre de non-événement.
Une réunion, selon leurs propos, qui n’a rien changé au climat de tension qui règne depuis trois semaines au sein des universités. Pour les enseignants grévistes, toutes les décisions prises au cours de cette réunion sont insignifiantes tant qu’il n’y a rien de concret.
A l’Ouest, c’est le mécontentement total. Les enseignants grévistes ont qualifié les discussions tenues avec le ministre de «confuses, en l’absence de décisions concrètes et palpables». Ils ont dénoncé, dans une déclaration rendue publique, la répression judiciaire à l’encontre des coordonnateurs nationaux.
A propos de l’augmentation des salaires, la coordination régionale souligne que «la détermination des enseignants en grève devrait pousser les autorités à répondre avec des données chiffrées à la demande d’augmentation conséquente de salaire alors que la réponse du ministère consiste à reporter à plus tard (fin juillet) la résolution même insuffisante de la question du salaire».
Pour la question du logement, les enseignants répondent que «les propositions faites restent douteuses et irréalisables dans certaines wilayas.
De plus, le dossier des logements, déjà distribués avant 1998, reste, à ce jour, en situation litigieuse avec un statut discriminant pour les enseignants». Et d’ajouter, «le LSP est un acquis national. Le CNES n’a pas besoin de le revendiquer».
Concernant le statut de l’enseignant, le collectif des grévistes estiment qu’»il reste dépendant du statut général de la fonction publique et entre, en conséquence, dans la table des doléances sans réelles perspectives à court terme».
Au sujet de la démocratisation de l’université, il est cité dans la déclaration que «le ministère est en porte à faux avec les normes de gestion en vigueur et semble ignorer les modes de fonctionnement dans les universités étrangères comme il continue à considérer les enseignants comme non responsables des éventuels choix qu’ils pourront faire lors des élections».
«La manipulation médiatique trompeuse, tentée par le ministère, ne peut que rendre malsain le climat à l’intérieur de l’université et retarder à plus tard le retour à la sérénité qui passe par des négociations avec les réels représentants des enseignants».
Un représentant des enseignants de l’université de Bab Ezzouar n’a pas caché sa déception. «Nous sommes dans une situation difficile. Nous restons méfiants car nous n’avons pas confiance en les personnes qui ont pris ces décisions du fait que dans le passé nous avons eu aussi des promesses qui n’ont abouti à rien».
Evoquant les poursuites judiciaires, engagées à l’encontre des coordonnateurs nationaux, le même interlocuteur commente: «Comment expliquer le fait que le ministre déclare que les poursuites judiciaires ne relèvent pas de sa compétence alors que le plaignant c’est le ministère de l’Enseignement supérieur ?». Il annonce, d’autres part, que pour la région du
Centre, une réunion de la coordination régionale est prévue, aujourd’hui, à l’université de Bab Ezzouar pour débattre de la situation suite aux derniers événements qui se sont déroulés cette semaine.
Au niveau de l’université de Blida, c’est le même son de cloche. Une représentante des enseignants a été catégorique. «Le mouvement de grève se poursuit. Nous réitérons notre retrait de confiance à M. Boukaroura et nous demandons la levée des poursuites judiciaires engagées contre nos collègues».
A l’Est, à l’université Mentouri, la situation semblait confuse après la réunion du conseil syndical du CNES, hier. Le conseil a adhéré à l’appel au gel lancé par la coordination nationale du CNES et informé l’assemblée générale de cette décision. L’AG devait se prononcer sur la suspension de la grève ou son maintien.
La question n’a été tranchée que dans l’après-midi où l’assemblée générale a rendu publique une déclaration rejetant à l’unanimité le PV de réunion de la rencontre regroupant le ministre et le bureau national du CNES.
Il est cité dans ce communiqué que «les enseignants en grève (...) se déclarent insatisfaits et rejettent à l’unanimité les propositions contenues dans le PV qui ne répondent pas à leurs attentes décennales particulièrement le statut de l’enseignant».
«L’assemblée générale demande des actes concrets avec échéancier précis et la levée immédiate des poursuites judiciaires engagées contre les représentants des enseignants».
Par B. Mokhtaria - Quotidien Oran
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