Retour sur le discours du président en Algérie
Il y a eu un discours officiel du Président devant les walis que l’on retrouve sur le site de la présidence mais il y a eu les «sorties» de textes qui n’y figurent pas. Pourtant, à l’inverse d’un discours officiel académique, les digressions sont très polémiques et se prêtent difficilement à l’explication.
Ceux qui se contentent de lire les textes officiels auront raté des bonifications ajoutées par le Président à un discours chiffré et annonciateur de hausses de salaires. Sans surprise, le président de la République a tancé des ministres et des walis en les incitant à ne pas mentir sur la réalité des choses.
Cela n’est pas nouveau puisque le Président a déjà accompli ce genre d’exercice à l’égard de plusieurs ministres lors de visites d’inspection. La nouveauté est qu’au reproche d’incompétence dans la mise en oeuvre de son programme, le Président a ajouté une ferme incitation à ceux qui ne sont pas capables de quitter leurs fonctions ou bien d’être démis. Dans cette mise en cause, le Président semble prendre acte d’un bilan en demi-teinte ou du moins beaucoup moins rose que celui qu’on lui présente.
Il y a également le sentiment que le temps presse et que les résultats tardent à venir, d’où cette solution qui consiste à «déconcentrer» les projets en donnant un pouvoir d’action financier et économique plus grand aux walis. L’objectif étant d’accélérer tous les chantiers pour atteindre les objectifs du quinquennat. L’idée est généreuse mais il reste à savoir si dans l’Algérie de 2006, les walis disposent des instruments qui leur permettent d’utiliser les fonds mis à disposition de manière rationnelle.
Il ne faut pas oublier que depuis quelque temps, on ne cesse de faire le constat d’un désencadrement réel pour ne pas dire alarmant même au niveau central. Jusque-là cependant, on reste dans un domaine classique d’un Président soucieux des résultats de sa mandature.
Les digressions ont cependant pris un autre tour sur les registres de la nationalité et du nationalisme. C’est ce que retiendront sans doute le plus les auditeurs et téléspectateurs algériens. D’autant que la mise en cause des binationaux a été particulièrement rude, le Président leur déniant carrément le droit de conserver la nationalité algérienne concomitamment avec une nationalité étrangère. La digression a d’autant plus surpris que l’Algérie vient de réformer son code de la nationalité, par ordonnance, le 27 février, dans un sens qui reconnaît de droit la binationalité.
C’était d’ailleurs une réforme qui avait été considérée comme progressiste et un signe d’ouverture du pays. En effet, l’ordonnance n° 05-01 du 27/02/2005, modifiant et complétant l’ordonnance n° 70-86 du 15/12/1970, portant code de la nationalité algérienne, dispose que tout enfant né de mère algérienne jouit de la nationalité algérienne, à la naissance, au même titre qu’un enfant né de père algérien. L’enfant algérien né de mère algérienne et de père étranger a le droit à la nationalité algérienne.
Le président de la République a-t-il été excédé par les chiffres donnés récemment sur le grand nombre d’Algériens qui ont demandé la nationalité française, ce qui expliquerait sa charge contre les binationaux ? On se perd un peu en conjectures. S’il agit de l’exercice de responsabilités gouvernementales, cela n’explique pas la charge un peu trop générale contre le binationaux. Car l’exercice des responsabilités relève d’un domaine spécifique qui est celui de l’habilitation et cela n’a pas grand rapport avec les individus qui ont deux passeports. Dans ce domaine, les clarifications s’imposent.
Mais si on met cette sortie contre les binationaux avec les autres «sorties de textes», c’est bien sous le registre de l’envolée nationaliste qu’ils peuvent être expliqués.
Comme la contestation de la possibilité offerte, sous la présidence de Chadli Bendjedid, aux jeunes Algériens nés en France, d’accomplir au choix leur service militaire en Algérie ou en France. La solution négociée entre les deux Etats avait permis de résoudre des situations difficiles. Le président Bouteflika semble la considérer comme erronée d’un point de vue nationaliste. C’est d’ailleurs sur ce registre qu’il semble regretter que nos 5 Juillets soient mornes et se limitent à la Fatiha et à la gerbe de fleurs.
Il a évoqué à ce propos les années 70 où l’on fêtait autrement la journée marquant l’indépendance. Le constat est sans doute juste mais il faudra aller plus loin pour expliquer une désaffection des jeunes Algériens à l’égard de leur histoire. Il faudra ouvrir un vrai débat et ne pas se limiter à des sorties de textes ponctuelles qui, disons-le, intriguent énormément les observateurs.
Par M. Saâdoune - Quotidien Oran
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