«L’Algérie, une terre de football démunie de politique footballistique»
Ex-international, Nacer Guedioura vit en France depuis 1983, date à laquelle il avait quitté l’USM Alger pour une aventure professionnelle. Sa carrière de joueur terminée, il s’est reconverti au métier d’entraîneur dont il a acquis les diplômes à l’épreuve des stages de la DTN d’Aimé Jacquet.
Consultant footballistique à Beur FM, Guedioura analyse les matches du Mondial. Il subit les questions des auditeurs sur l’absence du foot algérien. Entretien.
Le Quotidien d’Oran: Depuis le début du Mondial, vous analysez, sur Beur FM, le jeu des 32 équipes dont le Ghana, seul africain à franchir le cap du premier tour. Avec quel sentiment vivez-vous l’absence du football algérien ?
Nacer Guedioura: Un sentiment de déception et, surtout, de grande frustration. Pas facile pour l’ex-sociétaire de l’EN que je suis de vivre, pour la cinquième édition consécutive, un Mondial sans la présence du foot algérien. C’est un moment pénible. Les auditeurs de Beur FM et nos amis Français - techniciens, anciens joueurs, journalistes - nous interpellent quotidiennement sur les raisons de la chute.
Ils n’arrivent pas à comprendre comment un pays qui a charmé par son football en 1982 et 1986 et enfanté des joueurs à la notoriété internationale s’enfonce à n’en plus finir. A force d’être embourbés dans les débats stériles, on oublie que cela fait vingt longues années que nous sommes exclus de la scène mondiale. Et rien ne dit, au vu de la situation actuelle, que nous allons retrouver l’élite planétaire de sitôt.
Q.O.: Le voyage allemand a été érigé au rang de priorité par les instances dirigeantes du football algérien.
N.G.: Le pari était impossible. A moins de vouloir faire illusion et nourrir un volontarisme de mauvais goût, l’Algérie n’avait aucune chance de glaner un passeport pour l’Allemagne. Une qualification pour le Mondial ne se joue pas au pied levé. C’est un challenge lourd parce que tributaire de l’état général de la discipline. Il faut rompre avec la politique de l’autruche et se regarder dans un miroir.
Au jour d’aujourd’hui, nous ne sommes pas en situation de prétendre au Mondial. Notre championnat n’est pas en mesure de produire une équipe suffisamment armée pour les impératifs du cycle éliminatoire et les exigences de la phase finale. Le parcours cahoteux des éliminatoires 2006 en atteste. Jamais depuis la campagne réussie du Mondial espagnol l’EN n’a raté son sujet comme en 2004-2005.
Q.O.: Votre insistance sur la nécessité d’un championnat national digne de ce nom laisse à penser que le retour de l’Algérie au Mondial n’est pas pour demain...
N.G.: C’est le coût que l’on doit honorer pour jouir d’une équipe opérationnelle. Les épisodes de 1982 et de 1986 n’ont pas été le fruit du hasard. Ils ont été assurés par un collectif compétitif, un mélange fécond de joueurs du cru et de professionnels évoluant en Europe.
Quid de la réussite: repenser de fond en comble la compétition nationale, rétablir, comme autrefois, le travail de longue haleine, réhabiliter les compétitions de jeunes qui ont fait leurs preuves de par le passé, revenir à la formation. Autant de fondamentaux sans lesquels le football algérien ne peut aspirer à des lendemains meilleurs. Faut-il rappeler que le foot national s’est conjugué avec les performances lorsque ces fondamentaux étaient de mise.
Faut-il rappeler que dans les années 1970 et 1980, le staff technique national avait vraiment l’embarras du choix dans la constitution de l’équipe. J’en veux pour preuve le poste de gardien de but où, à côte de Cerbah, il y avait d’autres tout aussi remarquables comme Selguia du SA Mohammadia, club de la deuxième division. C’est la preuve que l’Algérie reste une terre de football - mais force est de le déplorer - sans politique footballistique.
Par Mohamed Salah Boureni - Quotidien Oran
|