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Actualité

 

Mondial 2006: Retour au réel en Algérie

 

SonatrachL’Algérie n’était pas présente au mondial, et au vu de l’état actuel de notre football, ce ne sera pas de sitôt. Mais la question de la retransmission des images - du fait de la disparition de TPS - avait supplanté pendant une dizaine de jours toutes les questions.

L’Etat algérien, qui reste toujours réfractaire à l’existence de télévisions et radios privées, a pris sur lui en incitant deux organismes publics à se faire généreusement les distributeurs des cartes de la chaîne ART qui monopolisera encore les images du mondial pour les années à venir. Il y a des Algériens qui ont acheté ces cartes, mais ils sont infiniment plus nombreux à ne pas l’avoir fait en se rabattant sur les chaînes suisses, qui se laissent généreusement pirater.

Le gros de l’Algérie a donc suivi le mondial en Helvétie avec des commentateurs corrects et pas bruyants pour un sou.

Aujourd’hui, le mondial est fini. On quittera donc les beaux paysages suisses entraperçus parfois dans des pubs qui n’étaient pas excessives, les mordus du foot parleront encore quelque temps de ce mondial 2006, avant de revenir, comme les autres, aux plates considérations algériennes.

Certains penseront vacances et découvriront, une fois de plus, combien notre beau et vaste pays reste si peu accueillant pour les estivants algériens qui, en raison du maintien de la fermeture de la frontière avec le Maroc, iront encore nombreux faire le bonheur des hôteliers tunisiens. Sur le 1,5 million d’Algériens qui ont voyagé en 2005, près de la moitié s’est rendue en Tunisie, contre... 30.000 au Maroc. La Tunisie restera donc très «tendance», d’autant que la presse fait état de menaces terroristes contre ceux qui veulent barboter sur les plages.

Le retour remarqué des actions terroristes ces dernières semaines intrigue les Algériens et reste une source d’inquiétude. Le bilan donné par les autorités de quelque 200 redditions ne semble pas avoir pour effet de mettre fin au fameux terrorisme «résiduel».

Outre cet aspect sécuritaire inquiétant, les Algériens, du moins les agents de la fonction publique, auscultent d’un oeil critique les effets des hausses de salaires annoncées récemment. Pas de quoi pavoiser en réalité. Sous l’impérieux besoin de financer des investissements lourds, Sonelgaz demande - et obtiendra sans doute - une hausse des tarifications de l’électricité et du gaz. Ces hausses - la Sonelgaz demanderait 15% - seront immanquablement répercutées par d’autres acteurs de la vie économique et commerciale. Si de nombreux Algériens se sont passionnés et ont plané devant les joueurs du mondial, la hausse des salaires n’a pas vraiment fait rêver.

Les fonctionnaires ont, une fois de plus, une vague garantie de sécurité de l’emploi mais personne n’oublie que les experts du FMI - tout comme d’ailleurs les idées contenues par le volumineux dossier de la commission de réforme de l’Etat - veulent un sérieux dégraissage et un encouragement des contrats à durée déterminée qui sont devenus la règle dans le secteur privé. L’aisance financière actuelle permet sans doute de différer ces questions, mais il n’est pas sûr que le projet de dégraissage soit définitivement enterré. Durant ces dernières semaines, beaucoup d’Algériens ont découvert des privés d’une générosité inattendue, appelant à une augmentation des salaires.

On a appris l’argumentaire: plus d’argent chez les ménages, plus de consommation et donc plus d’activité. Mais comme dans le secteur privé beaucoup d’emplois sont «informels», euphémisme pour ne pas dire noirs, beaucoup ont haussé les épaules contre ce soutien à la hausse des salaires. On a parfois des générosités qui ne coûtent rien. Mais plus sérieusement, on fera le coût des prochaines hausses pour voir si le «rattrapage» sur des salaires bloqués pendant des années ne sert pas en définitive qu’à entretenir l’illusion.

Si la fin du mondial poussera une partie des Algériens à revenir vers les réalités quotidiennes prosaïques, il n’est pas sûr que cela les amènera à s’intéresser à la politique. Et pourtant, ils sont appelés à réviser, encore une fois, la constitution avant la fin de l’année. L’absence de débat politique sérieux n’incite d’ailleurs pas à s’y intéresser.

Ceux qui font l’effort de le faire sont assez surpris d’entendre des énoncés de soutien à des amendements qui, officiellement, ne sont pas connus.

Il est en effet assez étonnant d’apprendre que les membres du Parlement envisageaient une motion de «soutien» à une révision qui n’est pas encore connue. Même dans la forme, les choses sont biscornues. Les parlementaires peuvent au moins attendre de connaître la teneur des amendements et faire l’effort d’argumenter les raisons qui les poussent à les soutenir. Un Parlement n’est pas censé être une «organisation de masse»...

Mais l’évènement pour ceux qui font l’effort de s’intéresser à une vie publique très muette est la soudaine volonté d’amender une loi des hydrocarbures qui n’a pas encore pris d’effet par défaut de textes d’application. Le pouvoir revoit-il sérieusement ce texte ou bien est-il pris de doutes ?

On ne sait vraiment, mais la loi sur les hydrocarbures, qui n’a pas fait l’objet d’un débat institutionnel, a néanmoins été décortiquée par quelques experts qui ont trouvé des espaces dans la presse écrite. Malgré la disproportion des moyens, ces «insurgés» contre le consensus autour de la loi sur les hydrocarbures auront largement contribué à éclairer les Algériens sur ses enjeux stratégiques.

Et c’est à la lumière de leur argumentaire, très sérieux, qu’ils apprécieront le contenu du nouvel amendement à la loi. Voilà quelques éléments du retour au réel des Algériens, mais que cela ne nous empêche pas de remercier les Suisses. On a passé de bons moments ensemble à la télévision...

Par K. Selim - Quotidien Oran

   
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