Plan de consolidation de la croissance en Algérie
Doté d’une enveloppe de 60 milliards de dollars, la réussite de l’ambitieux programme de soutien à la croissance économique «soulève plus que par le passé des défis en matière de stratégies sectorielles, de programmation des dépenses, d’exécution et de gestion des programmes de contrôle et d’évaluation afin de s’assurer que les investissements amèneront plus de croissance et de développement, plutôt que des risques accrus de gaspillage et de corruption». C’est là une analyse des experts de la Banque mondiale dans son rapport d’évaluation de coopération avec l’Algérie 2004-2006, le CAS.
Hier encore, et à l’occasion d’un séminaire sur la revue des dépenses publiques (RDP) organisé par le ministère des Finances, cette institution a mis l’accent sur la nécessité pour le gouvernement algérien de maîtriser la gestion de ses ressources pour garantir une utilisation efficace.
«Le créneau d’opportunités offertes par le boom des recettes des hydrocarbures sera-t-il exploité à l’appui d’une croissance à long terme de l’économie et de l’emploi et d’un développement durable, ou sera-t-il perdu pour des raisons d’inefficacité, de gaspillage et de corruption ?», s’interroge Mustapha Kamel Nabli, économiste en chef pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), en présence de Mourad Medelci et de nombreux cadres des ministères des Finances, de l’Education, de l’Hydraulique, de la Santé, des Transports et des Travaux publics.
Une question qui se pose plus que jamais, à un moment où le pays engage son plan complémentaire de soutien à la croissance «d’une grande ambition», un investissement public de plus du 10% du PIB.
Pour cet expert, il ne fait aucun doute que ce programme «peut contribuer à consolider et améliorer les grandes réalisations sociales». De même que, grâce aux recettes pétrolières, le pays pourrait l’exécuter tout en assurant une soutenabilité budgétaire», pour peu que le gouvernement «poursuive des politiques monétaires, budgétaires et d’endettement prudentes, telles qu’actuellement envisagées». Il s’agit juste de remédier aux faiblesses du système d’investissement algérien.
A la lumière des expériences des secteurs clés de l’économie algérienne, le transport, les travaux publics, l’eau, l’éducation et la santé, les experts de la Banque mondiale ont relevé que celles-ci «créent des risques que les coûts des projets soient excessifs, font que la préparation technique du personnel d’exécution et la qualité des projets sont pour la plupart faibles et inégales, et les projets ne contribuent que partiellement à l’atteinte des objectifs stratégiques sectoriels et font que de nombreux projets d’investissement ne répondent pas aux normes minimales et ne devraient pas être approuvés».
L’économiste en chef de l’institution va encore plus loin dans son analyse et explique que la rapidité avec laquelle sont élaborés les projets, les longues procédures administratives et le chevauchement de responsabilités représentent un frein à la réalisation des chantiers. «Certaines de ces faiblesses (système d’investissement, ndlr) trouvent leur origine dans l’urgence qui accompagne la préparation de projets -et non des moindres -, la myriade de demandes spécifiques auxquelles les projets sont supposés répondre et le chevauchement des responsabilités entre les diverses autorités et parties prenantes», selon Mustapha Kamel Nabli.
Il ajoute, sans préciser, que «les enjeux institutionnels et de gouvernance contribuent largement à limiter la réussite du Plan complémentaire de soutien à la croissance (PCSC)».
Pour que ce programme atteigne ses objectifs, il y a lieu, préconise cet expert, d’adopter un rythme progressif dans sa mise en oeuvre. En fait, soutient-il, les autorisations budgétaires «considérables» qui ont été déjà approuvées donnent certes «la visibilité des ressources, mais n’améliorent pas nécessairement le niveau d’exécution dans des institutions qui sont déjà à la limite de leur capacité d’exécution». Il faut aussi, conseille-t-il, «un ralentissement des montants des crédits de paiement affectés à partir du budget 2007 et au-delà».
Interrogé sur la nécessité de revoir à la baisse le rythme de délivrances des CP aux ministères et wilayas, le ministre des Finances répond qu’il s’agit là «d’une proposition de la BM qu’il n’accompagnera pas» et a précisé qu’une évaluation sur l’état d’avancement des projets et la consommation des crédits se fait chaque fin d’année.
Les experts de la Banque mondiale concluent que la réussite du PCSC dépend en fait de «la modernisation des systèmes de gestion de l’investissement public et du budget et de l’élaboration des stratégies sectorielles, basées sur un cadre de dépenses à moyen terme, qui dépasse l’approche actuelle du projet par projet».
Mourad Medelci a estimé que «les observations pertinentes de la Banque mondiale sont celles de l’Algérie» et qu’il y a effectivement lieu «de renforcer nos capacités de gestion». Il s’agit notamment d’améliorer les études et de maîtriser les délais et le coût de réalisation. Ce qui sera difficile tant que, nous confie un cadre d’un ministère, le département de Medelci ne cesse pas de fixer «administrativement» le coût des projets.
Par Ghania Amriout - Quotidien Oran
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