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Actualité

 

Zidane, du voyou de banlieue au héros mythologique

 

Zinedine ZidaneAucun évènement anti-sportif n’a autant défrayé la chronique que ce fameux coup de tête de Zinedine Zidane en finale de la Coupe du monde. Une des révélations majeures de ce geste atypique est la perte d’un pouvoir que les médias semblaient acquis: celui de faire l’opinion. Le coup de boule de Zizou vient de l’ébranler sérieusement en moins de 24h.

Le lendemain du match, tous les commentaires médiatiques ont accablé Zidane comme un vulgaire voyou de banlieue, une manière subtile de dire que cet «Algérien» restera toujours «sauvage» malgré son «intégration». Les journalistes se sont comportés comme des hyènes dansant autour du lion mort... Mais le lion n’est pas mort! La réaction immédiate de l’opinion publique a été fulgurante.

Le Web est entré en ébullition, les forums ont été inondés de réactions en faveur de Zidane. Sentant bien le vent populaire, le Président Chirac lui a exprimé publiquement «l’admiration et l’affection de la nation tout entière». Le Président Bouteflika, lui a écrit: «Face à ce qui ne pouvait être qu’une grave agression, vous avez réagi, d’abord en homme d’honneur».

Subissant une «déferlante électronique» sur leurs propres sites Internet, les médias se sont aussitôt ravisés le surlendemain en tempérant leurs propos. Zidane est sorti «tête basse», comme l’ont écrit «L’Equipe», «Le Figaro»..., mais eux aussi, comme tous les autres journaux donneurs de leçons ont dû baisser la tête après leur flagrante ingratitude.

En décidant de s’expliquer rapidement, Zidane a enfoncé le clou en affirmant qu’il «assumait» complètement la gravité de son geste en finale de la Coupe du monde, à dix minutes de la fin de sa carrière, mais qu’à ce moment précis, il ne pouvait plus l’éviter. La fulgurance de sa réaction était à la mesure des insultes répétées sciemment comme une leçon bien apprise.

Un défenseur italien, Nevio Pizzolitto, l’explique: «Sur le terrain, tu dis des choses que tu n’oserais pas lancer dans la vie de tous les jours. Le boulot consiste à entrer dans la tête d’un rival et à faire en sorte que les fils se touchent. L’usage de la provocation verbale est moins fréquent à un niveau de compétition aussi élevé que la Coupe du monde, mais si ça arrive, le rival doit se transformer en soldat avec une carapace dure comme l’acier pour ne pas se laisser déranger par les insultes».

Alors qu’il était seul à entendre ces «mots très durs» qu’il est incapable de répéter, Zidane aurait pu se contenir et passer son chemin. Et bien non! En l’espace d’une fraction de seconde, Zidane est entré dans le dilemme cornélien du Cid admirablement résumé dans cette réplique: «O rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie? Ce haut rang n’admet point un homme sans honneur. Qui ose m’ôter l’honneur craint de m’ôter la vie!».

En assumant son «geste d’honneur», Zidane renforce davantage le soutien de l’opinion publique après laquelle les médias sont obligés de courir maintenant pour ne pas perdre la face. Le journal «Le Monde» reconnaît que: «l’évènement de la Coupe du monde aura été un coup de tête, au sens propre comme au figuré. La scène, vue, revue, disséquée, appartient désormais, le mot n’est pas trop fort, à l’Histoire, au patrimoine universel».

Pour les internautes, Zinedine Zidane a tout du héros: parti de rien, il surmonte toutes les épreuves et arrive aux sommets. Il est à la fois familier et élevé, tout comme les héros qui peuplent les récits de la mythologie grecque. Des articles le comparent à Hercule, Sisyphe, Antigone, etc... «Avec lui on est dans un royaume où toute certitude est bannie et où l’inattendu règne en maître».

Son geste d’autodestruction d’un mythe est l’incarnation parfaite de celui de Sisyphe. Il dit: «Je suis humain, je suis imparfait, mais je suis maître de mon destin». Face à tant d’enjeux planétaires, alors que le monde entier attend de lui un éclair de génie, Zinedine Zidane a commis «un acte libre suspendant l’enjeu collectif et national au profit d’une affaire personnelle, une question d’honneur, l’acte d’un homme qui décide à un moment que ce qui le touche mérite une priorité face à ce que tout un collectif attend».

«En se démarquant des dieux, Zidane, par son geste, redevenait l’homme modeste et simple qu’il n’a jamais cessé d’être au plus profond de son être. Il n’en est que plus admirable et exemplaire encore». En donnant son coup de boule, Zidane a clôturé sa vie de footballeur et commencé celle d’un homme d’honneur.

Par Saâd Lounès - Quotidien Oran

 

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