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Actualité

 

L’invasion du Liban a commencé

 

Invasion du LibanAprès les frappes aériennes et les incursions limitées, l’armée israélienne a entamé, hier, l’invasion terrestre du Liban.

Une dizaine de véhicules de trans-port de troupes blindés israéliens ont, en effet, franchi la frontière libanaise et de violents affrontements opposaient l’armée israélienne au Hezbollah dans le village de Maroun al-Ras, selon la police libanaise. Des combats opposaient samedi soir des combattants du Hizbollah et des militaires israéliens dans les rues d’un village frontalier du Liban sud, pour la première fois depuis le début des hostilités, ont indiqué des sources de sécurité et des habitants. Selon ces sources, trois blindés israéliens ont été touchés par des roquettes sur une colline surplombant le village de Maroun al-Ras, situé sur la frontière avec Israël.

La Résistance islamique, branche armée du Hizbollah, a pour sa part assuré dans un communiqué que ses combattants «repoussent des chars israéliens qui tentent d’avancer vers le centre du village sous le couvert d’un violent bombardement aérien et terrestre, pour le contrôler». Selon ce communiqué, «un char a été touché à 18h00 (15H00 GMT) et les membres de son équipage ont été tués et blessés». La Résistance libanaise a également annoncé avoir tiré plus de 80 roquettes sur les villes du nord d’Israël.

«En cas d’invasion terrestre, les Israéliens vont payer le prix fort», a promis le chef du Hezbollah dans un entretien à Al Jazeera. Selon un correspondant de l’AFP, les véhicules de transport de troupes et les bulldozers ont détruit la barrière de sécurité entre les deux pays et franchi vers 14h30 (11h30 GMT) la frontière, contournant un poste de la FINUL.

«Il ne s’agit que d’une opération ponctuelle», a déclaré le capitaine Jacob Dalal, du bureau du porte-parole de l’armée israélienne. Mais pour les Libanais, l’armée israélienne a entamé l’invasion terrestre de leur pays. «Les Israéliens reviennent !», crie Youssef Ismaïl.

Cet enseignant d’un village du Liban sud a tout juste eu le temps d’entasser sa famille et ses biens les plus précieux dans sa voiture avant de foncer vers Tyr submergée par des dizaines de milliers de déplacés. Pour Youssef, le bruit des bottes à la frontière libano-israélienne fait ressurgir le spectre d’un passé que tous les Libanais veulent oublier: l’invasion du Liban par Israël, à l’été 1982, qui avait vu Tsahal arriver jusqu’à Beyrouth.

Ali Cheikh Hussein a, lui aussi, fui son village, et il était presque trop tard. Les bombardiers F-16 israéliens ont pris Bint-Jbeil pour cible et, selon le témoignage du vieil homme, ils n’ont laissé derrière eux que «fumée et feu». «Nous avons pris la route, et les explosions nous suivaient», assure-t-il. «Ils ont rasé le village.

Je suis certain que des tas de gens sont restés ensevelis sous les décombres», ajoute le retraité, qui a mis sa famille en sécurité chez des amis. Alors que les premiers soldats israéliens ont pris pied au Liban sur des têtes de ponts proches de la frontière après plus de dix jours de pilonnage des positions du Hizbollah, Ali Hussein et les habitants du Liban sud ne se font pas d’illusion sur les intentions de l’Etat hébreu. «C’est comme en 1982", lance Youssef, qui s’est installé chez des parents à Tyr, une ville côtière.

Le 6 juin 1982, les chars israéliens avaient franchi la frontière, ouvrant une des pages les plus noires de l’histoire du Liban. L’objectif de celui qui commandait alors l’opération «Paix en Galilée», le général Ariel Sharon, était d’éliminer ce qu’il présentait comme la menace de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), dont les combattants étaient présents en force au Liban depuis 1970.

Mais il voulait également redessiner la carte politique du Liban en y mettant au pouvoir un gouvernement ami dominé par un chef politique chrétien, Béchir Gemayel. Vingt-quatre ans plus tard, Israël assure vouloir simplement éliminer le Hizbollah, qui tire quotidiennement des roquettes sur le nord d’Israël.

Et changer la donne politique régionale, aux côtés des Etats-Unis, en affaiblissant la Syrie et l’Iran, considérés comme des soutiens du parti chiite. «Qu’ils envahissent», lance, avec défi, Mahmoud Abou Zeid qui a vécu l’invasion de 1982. Il n’hésite pas à poser la question qui hante les Libanais, dont le pays avait sombré dans l’anarchie et le terrorisme après l’attaque israélienne.

«Et puis ensuite ? Que se passera-t-il ? Nous aurons Al Qaïda ou quelque chose de pire !», demande-t-il. En 1982, les Israéliens avaient défait les combattants palestiniens dans le sud du pays puis contraint l’OLP et son chef Yasser Arafat à quitter Beyrouth, sous escorte française, après un siège brutal de la capitale libanaise.

Lorsque les bombardements et les combats ont cessé, l’opération «Paix en Galilée» avait laissé un pays en ruine et plus de 20.000 tués. Mais, rapidement, le projet israélien au Liban avait tourné à la catastrophe: l’occupation militaire a radicalisé les différences communautaires, précipité l’éclatement du pays fragilisé par des années de guerre civile, et donné naissance au Hizbollah. Un mouvement suffisamment redoutable pour pousser Israël au retrait en 2000.

La poursuite de la destruction du Liban par Israël divise la communauté internationale à cause du soutien ferme des Etats-Unis à l’Etat israélien.

Des manifestations contre cette guerre ont eu lieu, hier, dans plusieurs capitales occidentales. A Tel Aviv, capitale économique d’Israël, un millier de Juifs et d’Arabes ont manifesté contre la guerre, selon l’AFP.

De son côté, l’Algérie a appelé la communauté internationale à «sortir de son mutisme» et à «abandonner le silence complice dans lequel elle s’est réfugiée» pour «condamner sans complaisance» l’agression israélienne contre le Liban et «imposer un cessez-le-feu immédiat et sans conditions» afin de trouver une solution «juste et durable» à la crise du Moyen-Orient.

Par Hamid Guemache - Quotidien Oran

 

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