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Actualité

 

Algérie : Des zones industrielles à réhabiliter, mais aussi à assainir

 

Plus de 25 milliards de dinars ont été alloués au Programme national de réhabilitation des zones industrielles et zones d’activités depuis son lancement en 1999, déclarait à l’APS le directeur des services d’appui à l’industrie chargé du programme «zones industrielles» au ministère de l’Industrie, Mohamed Kirat.

Une soixantaine de zones industrielles et zones d’activités ont été réhabilitées en 7 ans, devait-il préciser, dans 40 wilayas du pays. Plus précis, Mohamed Kirat soulignait que «exactement 88 opérations ont pu être menées et ont débouché sur la réhabilitation de 46 zones industrielles et 18 zones d’activités.

Y a-t-il lieu d’abord de revenir sur l’enveloppe colossale de 2.500 milliards de centimes consacrés à la réhabilitation de ces zones industrielles et zones d’activités pour s’interroger sur le montant qui a été consacré à leur création ? D’autant plus que la réalisation d’une zone industrielle suppose a priori l’installation des réseaux et des équipements (eau potable, éclairage, voirie, clôtures, assainissement...) qui permettent une activité industrielle optimale.

Et on sait pertinemment que la plus ancienne de ces zones en Algérie peut à tout casser avoir l’âge de l’indépendance. Autant dire que ces aires d’activités industrielles ont été trouvées dans un état déplorable.

Tant mieux pour le bien de l’économie nationale que l’Etat consacre un tel montant, même s’il n’est pas inutile de dire que certaines zones industrielles et zones d’activités ont bénéficié d’une réhabilitation sans avoir fonctionné auparavant.

Faudrait-il encore que les opérateurs qui ont acquis le foncier industriel jouent le jeu. Ce qui est loin d’être le cas dans bon nombre de ces zones industrielles. Sans forcer le trait, des responsables de sociétés de gestion immobilières opérationnelles depuis 2003 estiment que la performance industrielle restera un voeu pieux dans beaucoup de wilayas du pays. Du moins quand ils affirment que certains de ces espaces aménagés recèlent à peine 20% d’investisseurs ayant une activité en relation avec la production ou la transformation.

En effet, il est aisé de remarquer des espaces importants qui se mesurent en milliers de mètres carrés dans des zones industrielles transformées en salles de fêtes ou en débits de boissons, ou encore en restaurants, quand ils ne sont pas transformés en résidences cossues dont le rez-de-chaussée est consacré à différents commerces.

Le comble dans toute cette situation est que ces activités à mille lieues de l’industrie sont exercées en toute légalité puisque leurs propriétaires disposent de toutes les autorisations voulues.

Nos interlocuteurs abordent un autre volet, ou plutôt une autre grossière anomalie qui fait tache d’huile à cause d’un laisser-faire parfois complice et qui consiste en la construction d’infrastructures en total décalage avec le permis de construire, mieux encore avec le projet initialement prévu et enregistré au niveau du CALPI qui a permis le bénéfice de l’assiette foncière.

Sans parler de ces faux investisseurs qui s’adonnent à une ébauche de construction qui reste pendant des lustres inachevée mais qui leur permet d’obtenir les lignes de crédits nécessaires pour une activité d’import-import. En effet, des zones industrielles recèlent des hangars à vocation trabendiste où est censée se trouver une unité de production.

Il est vrai que l’Etat a décidé de récupérer tous les terrains devant accueillir des projets mais qui restent toujours nus. Mais qu’en sera-t-il pour ceux qui disposent de constructions toujours inachevées et dont la vocation n’est assurément pas industrielle mais purement spéculative ?

Qu’en sera-t-il également des investisseurs qui ont acquis une dizaine de milliers de mètres carrés censés créer des centaines d’emplois et qui se sont contentés de la réalisation, par exemple, d’une unité de tournage et de fraisage qui emploie à peine une dizaine d’employés, ou encore d’une usine de chaussettes où travaillent une trentaine d’ouvriers ? Une dizaine de milliers de mètres carrés qui recèlent par contre d’immenses hangars destinés au commerce ?

Il est vrai qu’en matière d’organisation, de régulation et de gestion du foncier industriel de ces deux types de zones, le vide qui prévalait a pu être comblé par la création d’entités de gestion sous la forme de quatre sociétés de gestion des participations chargées des zones industrielles à vocation régionale.

Elles ont été renforcées par la mise en place, au niveau de chaque wilaya, d’une société de gestion immobilière chargée de la gestion des zones industrielles situées sur le territoire de la wilaya dont elle dépend.

Mais force est de constater que les zones industrielle et zones d’activités n’ont pas connu le saut qualitatif attendu par l’injection de 2.500 milliards de centimes.

Tout au plus, le visiteur de ces espaces se réjouira désormais de trouver des routes bien goudronnées, un éclairage public impeccable, des lieux propres. Quand à la production industrielle, elle peut toujours attendre.

Par Mohamed Salah Boureni - Quotidien Oran

 

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