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Actualité

 

L’Algérie, le canal de Suez et Hezbollah

 

Treize longs jours de guerre contre le Liban, et Hezbollah, aux faibles moyens militaires, résiste toujours face à Israël, l’une des plus puissantes armées au monde.

Si c’étaient les «armées arabes réunies qui menaient la guerre à Israël», elles n’auraient pas tenu aussi longtemps». Ce commentaire d’un analyste arabe a de la profondeur, dans la mesure où il met en exergue la difficulté des Etats arabes à se placer en défenseur de la «Oumma», tellement ils sont dépourvus de forces de frappe, qu’elles soient politiques, diplomatiques, encore moins militaires.

Le comble est que depuis le déclenchement de la guerre contre le Liban, les pays membres de la Ligue arabe n’arrivent même pas à s’entendre sur la tenue d’un sommet extraordinaire. Le monde arabe n’a plus de capacités décisionnelles dignes de celle de 1973, moins encore face à des situations aussi dramatiques et dangereuses que celle qui prévaut au Moyen-Orient. L’alternative aux systèmes et régimes régnants devient de fait impérative. Elle relève de la survie des peuples arabes.

La démonstration de force de Hezbollah face à l’armée israélienne, aux moyens militaires énormes et sophistiqués et à la bombe atomique, laisse croire que la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, n’a pas vraiment tort quand elle affirme que cette guerre contre le Liban va dessiner les contours d’un nouveau Moyen-Orient, comme le veulent les Etats-Unis.

Ce que l’Amérique appelle le Grand Moyen-Orient et ce que l’Europe appelle le Moyen-Orient élargi. Une région globalisée par des frontières s’étalant du Maroc à l’Afghanistan.

S’il semble vrai que le Moyen-Orient va changer de configuration, ce n’est certainement pas comme l’imaginent le Pentagone et le département d’Etat américain. Telle que menée, la guerre contre le Liban pourrait effectivement présager une nouvelle configuration de la région.

Celle-ci devrait se traduire par une refondation des mouvements de libération existants. La résurgence de la résistance à travers Hezbollah comme force de frappe guerrière et non conjoncturelle ou de circonstance, le laisse en tout cas penser.

Israël a dû certainement en saisir le sens depuis longtemps. Ce qui l’a laissé fomenter l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais, Rafic Hariri, et provoquer par là le retrait des forces syriennes du Liban. Le reste de la stratégie étant de faire adopter la résolution 1559 obligeant le désarmement de Hezbollah. Ceux de l’opposition libanaise qui ont douté de l’identité de l’assassin de Hariri ont aujourd’hui tous les éléments nécessaires pour comprendre le sens de l’acte en question et les objectifs qui lui ont été assignés.

Interviewé par l’AFP, l’historien Jean Lacouture l’explique à peu près pareil en comparant entre la destruction programmée du Liban et l’invasion du canal de Suez en 1956 par les forces combinées françaises, britanniques et israéliennes. «La motivation principale de Paris dans l’expédition de Suez était de frapper à la tête la rébellion algérienne que soutenait le raïs égyptien Gamal Abdel Nasser», explique Lacouture.

Au-delà du fait que la nationalisation du canal de Suez décidée par Nasser remettait en cause les intérêts français en Egypte, c’était surtout, selon lui, que «les Algériens étaient soulevés contre la France par Nasser et il fallait frapper la tête».

Ce que fait Israël au Liban est pour décapiter Hezbollah et acculer ainsi l’Iran et la Syrie. Jean Lacouture estime justement que le président iranien est vu comme Nasser l’Egyptien. Casser la résistance au Liban est donc pour le couple Etats-Unis-Israël un moyen pour faire abdiquer l’Iran et la Syrie, deux pays qui leur font peur.

Leur fragilisation permettra à coup sûr aux Américains de concrétiser leur initiative du GMO par lequel ils veulent surtout repenser une région où seul Israël résiderait comme maître.

L’autre objectif derrière ce scénario serait le rééquilibrage entre les intérêts des puissances au Moyen-Orient. L’on affirme à cet effet que «la crise de Suez en 1956 a marqué la fin de la prépondérance britannique au Moyen-Orient au bénéfice des Etats-Unis et poussé Londres à privilégier sa relation avec Washington en s’ajustant sur ses positions en matière de politique étrangère». C’est ce que soutient le chercheur Robert McGeehan.

Conséquences immédiates à ce constat: «Londres a choisi d’avoir une bonne relation avec Washington, alors que la France devait rechercher le genre d’indépendance qui lui permettrait de ne plus subir la pression des Etats-Unis». L’invasion américaine de l’Irak et la position adoptée par Paris et par Londres à ce sujet a déjà donné le ton à un tel rééquilibrage.

L’histoire semble donc reprendre ses droits au Moyen-Orient. Elle se répète dans certains de ses aspects pour avoir été presque la même au temps de la guerre d’Algérie.

Et c’est peut-être à ce niveau qu’il serait judicieux de comparer les deux conflits, celui israélo-arabe et celui de la colonisation de l’Algérie par la France dès 1830. L’histoire nous apprend en effet que ce sont les nombreux soulèvements populaires à travers tout le territoire national qui ont commencé à défier le colonisateur.

De guérilla en guérilla, l’Algérie a réussi à s’imposer sur la scène internationale comme un fantastique mouvement de libération. Son indépendance a bel et bien été l’œuvre d’une «moukaouama» au souffle long, qui a su convaincre la communauté internationale non pas par les quelques armes qu’elle possédait, mais par sa capacité de tenir tête à l’ennemi.

Par Ghania Oukazi - Quotidien Oran

 

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