Liban : Tous les chemins ne mènent pas à Rome
A Rome, rien de nouveau.Les Etats-Unis continuent de soutenir l’agression, les Européens s’inclinent et un trio d’Etats arabes sert d’alibi.
Au Liban, la résistance reste forte. Israël s’en prend aux Casques bleus et se livre à un nouveau massacre à Gaza.
Les Etats-Unis, protagonistes directs de la guerre que livre Israël au Liban ont fait ce qui était prévu: bloquer tout appel à un cessez-le-feu immédiat par la conférence internationale organisée dans la capitale italienne.
Une démarche dictée par la réalité du terrain où malgré l’ampleur des massacres et des destructions des infrastructures, la résistance libanaise a été plus puissante que prévue. Les objectifs de la guerre n’ayant pas été atteints, il était prévisible à ce que les Etats-Unis et leur éternel servant britannique donnent aux Israéliens plus de temps.
Mais rien ne dit que ces calculs ne seront pas contrariés sur le terrain par un mouvement de résistance qui livre avec une pugnacité remarquable une guerre asymétrique contre des troupes surarmées.
Sous pression américaine, les Etats participants (Italie, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Grèce, Chypre, Canada, Russie, Turquie) se sont engagés seulement à travailler de «toute urgence» à une cessation des hostilités. La «participation» arabe (Jordanie, Arabie saoudite, Egypte), les guillemets sont vraiment de mise, sert, encore une fois, d’alibi.
Des Etats dont la marge de manoeuvre à l’égard des Etats-Unis est absolument nulle et dont les déclarations hostiles à la résistance libanaise servent de caution. La France, dont le président a déclaré qu’une solution militaire était impossible au Liban, s’est alignée sur la volonté américaine de laisser le conflit se poursuivre.
La déclaration publiée à l’issue de la conférence parlant d’une «détermination à travailler immédiatement pour parvenir de toute urgence à un cessez-le-feu qui mette fin à la violence actuelle et aux hostilités» sans appeler à l’arrêt immédiat des hostilités.
L’objectif, partagé par la très timorée «participation» arabe, vise à désarmer la résistance libanaise et conditionne l’arrêt des hostilités à la mise en oeuvre d’un cessez-le-feu «durable, permanent et complet» et la «mise en oeuvre des résolutions des Nations unies prévoyant le déploiement des forces armées du Liban dans l’ensemble du pays ainsi que le désarmement des milices».
«Nous voulons tous, de manière pressante, mettre fin à la violence», a déclaré Condoleezza Rice en ajoutant que cette «région avait connu trop de cessez-le-feu qui ont été rompus».
La déclaration évoque à cet effet la mise en place d’«une force internationale (...) autorisée sous le mandat de l’ONU». La composition d’une telle force et son mandat restent encore flous. La secrétaire d’Etat américaine a annoncé que des «réunions multilatérales» auront lieu dans les prochains jours pour en discuter.
Le comble de l’hypocrisie est quand même dépassé quand cette même déclaration invite Israël à faire «preuve de la plus grande retenue» et se «félicite» que l’Etat sioniste ait «annoncé la mise en place de couloirs humanitaires».
Le pire est sans doute la persistance de dirigeants arabes «modérés» à faire des déclarations lénifiantes qui abondent dans le sens des Américains. Ainsi, alors que tout le monde sait que l’Egypte est totalement ligotée par les accords de Camp David qui lui interdisent de déployer des troupes au Sinaï, M. Hosni Moubarak fait mine de croire qu’on l’appelle à entrer en guerre pour défendre le Liban et le Hizbollah.
C’est plus qu’un lapsus, l’aveu qu’une simple prise de position politique qui contrarierait les plans américains serait perçue comme un acte de guerre.
De quoi conforter les dires de M. Nabih Berry, président du parlement libanais qui n’a pas mâché ses mots à l’égard des Etats arabes. «Les régimes arabes sont hésitants, ont peur et lèvent à peine le petit doigt face à ce qui se passe au Liban et en Palestine». En fait, le non-évènement de Rome - et les attitudes ridicules de certains régimes arabes - confirment surtout que la réalité sur le terrain ne permet pas aux Américains de faire «fructifier» l’agression israélienne.
La combativité des résistants libanais aidant, Hassan Nasrallah a indiqué hier que toute solution à la crise autre qu’un «échange de prisonniers à travers des négociations indirectes et un cessez-le-feu total et immédiat» n’est pas acceptable.
Le chef du bloc parlementaire du Hizbollah a indiqué que le gouvernement s’est «engagé à aboutir à un cessez-le-feu immédiat et total et à des négociations indirectes pour l’échange de prisonniers» et que «toute autre proposition est inacceptable». A signaler également, la prise de position de Cheikh Hussein Fadlallah, leader spirituel chiite, qui a déclaré qu’une force internationale devrait se déployer en territoire israélien et non en territoire libanais.
Par M. Saâdoune - Quotidien Oran
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