L’Union européenne exploite le Sahara Occidental avec le Maroc
L’affaire du Sahara Occidental vient de franchir une nouvelle étape. Au moment où, au Proche-Orient, le droit est bafoué à coup de bombes sur les populations civiles palestiniennes et libanaises, avec le soutien et l’approbation explicite des uns et hypocrite des autres, voilà que l’Union européenne vient de signer avec le Maroc un nouvel accord de partenariat dans le secteur de la pêche qui comprend des eaux situées au large du Sahara Occidental, contribuant ainsi au viol du droit international, alors que par ailleurs l’Union n’est jamais la dernière à donner des leçons universelles de démocratie et de respect du droit.
Un accord préliminaire avait été signé il y a un an et a été adopté au printemps par le Parlement européen.
L’accord signé mercredi à Bruxelles autorise 119 navires d’Etats membres de l’UE à pêcher dans les eaux territoriales marocaines dans l’Atlantique pendant les 4 prochaines années, en échange de 144 millions d’euros, selon le ministère marocain de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche.
Seule la courageuse Suède s’était opposée au nouvel accord car «le Sahara Occidental ne fait pas partie du territoire du Maroc selon le droit international», comme l’avait souligné la mission européenne suédoise en mai (Associated Press, J. 27/07/2006, 00h43).
On ne peut être favorable à la naissance de micro-Etats, en Afrique ou ailleurs. Pour des raisons purement techniques, économiques et politiques. Il y a des effets de seuils incontournables. C’est encore plus vrai pour des pays en développement, limités dans leurs moyens. De larges autonomies pourraient être concédées et exercées dans un cadre fédéral. Ce qui est propice à l’accroissement des échanges et à la coopération internationale.
L’émiettement européen, notamment celui des PECO (russe, yougoslave, tchécoslovaque, roumain, caucasien ...), chacun a pu voir ce que cela a donné après l’effondrement de 1991, l’élargissement de mai 2004 et le sort qui a été réservé au Projet de constitution, l’an dernier, en France et aux Pays-Bas.
Il en aurait d’ailleurs été de même si les pays qui l’avaient imprudemment ratifié, selon une démarche censitaire, avaient procédé par voie référendaire, c’est-à-dire démocratique.
La vraie solution du problème saharien réside dans la construction maghrébine. Là est le fond du problème, là est la seule sortie, par le haut, de cette malheureuse histoire qui n’a que trop duré. Avec des populations sahraouies, vivant depuis des décennies dans le sud algérien, de la charité locale et internationale. Quand aux autres Sahraouis, ils vivent tant bien que mal une sujétion subie. Imposée au moins à ceux qui relevaient de la partie mauritanienne, abandonnée par la suite au Royaume de feu Hassan II qui l’a subrepticement intégrée dans ses rêves impériaux, lesquels filaient jusqu’aux rives du fleuve Sénégal, sans compter le sud-ouest algérien...
Soit! La solution passe aussi, avec tout le respect que l’on doit à nos compatriotes marocains, par une réforme constitutionnelle sérieuse de la monarchie. Et il faut reconnaître qu’elle a été entamée avec Mohamed VI. Mais c’est encore loin d’être suffisant. Le modèle Juan Carlos 1er ne constituerait pas un crime de lèse-majesté...
La hausse du prix du pétrole a ralenti les initiatives en Algérie. Comme d’habitude, l’excès de moyens ne favorise pas l’épanouissement de l’intelligence. Le pétrole ne fait pas la prospérité d’un pays dépourvu de projets, de méthode et qui ne sait plus très bien où il en est du point de vue des principes.
Cela donne un marécage informe qui réduit ses capacités à générer une valeur ajoutée négociable hors hydrocarbures, qui favorise le retour des rapaces, des parasites et des mouches saprophages, et qui nous concilie l’amitié pesante d’une Amérique investie au sud algérien où l’on se demande dans quelle mesure ses compagnies limitent leurs activités à l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles. Les échanges récents à propos de la loi sur les hydrocarbures, illustrent le degré d’opacité des débats et plus exactement la confusion des desseins...
Il n’en demeure pas moins que l’accord signé entre le Maroc et l’UE est une injure faite au droit. Aucun pays ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. En 2002, les Nations unies avaient statué que le Maroc ne disposait pas de droits d’exploitation pétrolière et ne pouvait donc légalement accorder des licences d’exploitation.
Il s’ensuit que la concession concernant les richesses halieutiques au large de ce territoire controversé est parfaitement illégale et donnera sûrement lieu à un procès que l’UE perdra. Honteusement!
Honteusement, car l’Europe, chantre du «contrat» et de la multilatéralité, en revient aux méthodes en vigueur à l’époque du commerce triangulaire et des compagnies coloniales, où, profitant des querelles tribales, on négociait le pillage des territoires avec la collaboration de tribus, élevées au rang de «Républiques bananières» après la fin très relative des Empires coloniaux. Lesquels ont accepté de «changer pour que rien ne change». Honteusement, aussi car on ne peut en appeler au droit à l’Est et l’ignorer délibérément à l’Ouest.
A moins de créditer cette idée tenace (et peut-être vraie au fond) que le droit n’est qu’une jonglerie rhétorique destinée à légitimer la loi du plus fort. Honteusement, enfin car ce type d’accord éloigne davantage encore le jour où le problème du Sahara trouvera une solution.
Il est un fait qu’en Palestine, comme au Sahara Occidental (et il est pénible de constater cette similitude) que les régimes bellicistes gouvernent selon la règle du «fait accompli». Après avoir permis discrètement à la CIA de délocaliser en toute impunité ses centres de torture, en utilisant des aéroports et les bases militaires américains européens, jouissant ainsi d’une extraterritorialité dont les citoyens européens n’en connaissent pas toutes les implications;
Après avoir condamné la prison de Guantanamo à la face du monde le jour et y avoir dépêché ses enquêteurs la nuit pour y interroger ses propres citoyens illégalement embastillés;
Après avoir haussé le ton et s’être dressés verticalement comme savent le faire des nations dignes et libres et, juste après, offrir au monde le spectacle de l’impuissance et de la pusillanimité à la sortie de la réunion de Rome, consacrée à l’assassinat du Liban que Washington a impérativement et impérialement interdit d’interdire;
Après avoir exposé une diplomatie d’émasculés, paradant en ordre dispersé et en vain de Beyrouth à Haïfa, du Caire à Jérusalem et de Charybde en Scylla;
Voilà que les Européens s’adonnent au pillage d’un petit territoire dont les habitants ne sont pas en état de se défendre.
Qui s’aviserait demain d’inviter l’Europe à la moindre table de négociation où se réunissent ceux qui comptent pour décider de ce qui compte ?
Qui s’aviserait de réserver le titre illustre de «caniche» au seul locataire du «10 Downing Street» ?
- Pourquoi est-il donc si difficile de trouver une solution au problème du Sahara Occidental, plus de 30 ans après les accords de Madrid, conclus alors à l’ombre d’un Franco agonisant?
- Quelles forces politiques ont permis et organisé la signature de l’accord UE-Maroc?
- Autour de quels compromis cet accord a-t-il pu être trouvé?
- A qui iront les 144 millions d’euros que versera l’UE? Au développement du «glorieux Sahara de Sa Majesté et à ses fidèles sujets»?
- Partager ainsi le Sahara, fût-ce pour le Maroc la meilleure façon de procéder pour espérer y asseoir et faire reconnaître sa souveraineté?
- Qu’en est-il au juste, en ces circonstances, de la «performance» de la diplomatie algérienne, au service du droit et de la justice, après que J. Baker ait abandonné le dossier pour s’atteler à des questions plus importantes pour Washington et ses transnationales?
- N’avions-nous pas élu à la tête du pays un ancien ministre des Affaires étrangères «extrêmement brillant et expérimenté» ?
- Ne disposons-nous pas d’un ministre des AE, savant et compétent, qui s’est frotté à La Haye à toutes les subtilités de la Haute Justice?
Pourtant à Rome, c’est l’Arabie Saoudite médiévale et l’Egypte pharaonique (à la mode C.B. de Mille) qui ont été invités. Quelle Ligue arabe en a délibéré, autour de quelle stratégie, pour quels objectifs, assise sur quelle conception de la fraternité? Dans cette affaire du Sahara Occidental (il en est de même pendant plus d’un demi-siècle, des Palestiniens), la plupart des partenaires instrumentalisent le malheur des petits pour l’avancement de leurs propres business. Octave Mirbeau s’en serait délecté.
Chacun devra pourtant s’imprégner de l’idée qu’il faudra aussi apprendre à rendre des comptes et pas seulement se gargariser de belles envolées rhétoriques sur la compétence, la légitimité, l’intégrité des palefreniers et sur les usages éculés de la bonne gouvernance. Par Hadj Ahmed Bey
L’affaire du Sahara Occidental vient de franchir une nouvelle étape. Au moment où, au Proche-Orient, le droit est bafoué à coup de bombes sur les populations civiles palestiniennes et libanaises, avec le soutien et l’approbation explicite des uns et hypocrite des autres, voilà que l’Union européenne vient de signer avec le Maroc un nouvel accord de partenariat dans le secteur de la pêche qui comprend des eaux situées au large du Sahara Occidental, contribuant ainsi au viol du droit international, alors que par ailleurs l’Union n’est jamais la dernière à donner des leçons universelles de démocratie et de respect du droit.
Un accord préliminaire avait été signé il y a un an et a été adopté au printemps par le Parlement européen.
L’accord signé mercredi à Bruxelles autorise 119 navires d’Etats membres de l’UE à pêcher dans les eaux territoriales marocaines dans l’Atlantique pendant les 4 prochaines années, en échange de 144 millions d’euros, selon le ministère marocain de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche.
Seule la courageuse Suède s’était opposée au nouvel accord car «le Sahara Occidental ne fait pas partie du territoire du Maroc selon le droit international», comme l’avait souligné la mission européenne suédoise en mai (Associated Press, J. 27/07/2006, 00h43).
On ne peut être favorable à la naissance de micro-Etats, en Afrique ou ailleurs. Pour des raisons purement techniques, économiques et politiques. Il y a des effets de seuils incontournables. C’est encore plus vrai pour des pays en développement, limités dans leurs moyens. De larges autonomies pourraient être concédées et exercées dans un cadre fédéral. Ce qui est propice à l’accroissement des échanges et à la coopération internationale.
L’émiettement européen, notamment celui des PECO (russe, yougoslave, tchécoslovaque, roumain, caucasien ...), chacun a pu voir ce que cela a donné après l’effondrement de 1991, l’élargissement de mai 2004 et le sort qui a été réservé au Projet de constitution, l’an dernier, en France et aux Pays-Bas.
Il en aurait d’ailleurs été de même si les pays qui l’avaient imprudemment ratifié, selon une démarche censitaire, avaient procédé par voie référendaire, c’est-à-dire démocratique.
La vraie solution du problème saharien réside dans la construction maghrébine. Là est le fond du problème, là est la seule sortie, par le haut, de cette malheureuse histoire qui n’a que trop duré. Avec des populations sahraouies, vivant depuis des décennies dans le sud algérien, de la charité locale et internationale. Quand aux autres Sahraouis, ils vivent tant bien que mal une sujétion subie. Imposée au moins à ceux qui relevaient de la partie mauritanienne, abandonnée par la suite au Royaume de feu Hassan II qui l’a subrepticement intégrée dans ses rêves impériaux, lesquels filaient jusqu’aux rives du fleuve Sénégal, sans compter le sud-ouest algérien...
Soit! La solution passe aussi, avec tout le respect que l’on doit à nos compatriotes marocains, par une réforme constitutionnelle sérieuse de la monarchie. Et il faut reconnaître qu’elle a été entamée avec Mohamed VI. Mais c’est encore loin d’être suffisant. Le modèle Juan Carlos 1er ne constituerait pas un crime de lèse-majesté...
La hausse du prix du pétrole a ralenti les initiatives en Algérie. Comme d’habitude, l’excès de moyens ne favorise pas l’épanouissement de l’intelligence. Le pétrole ne fait pas la prospérité d’un pays dépourvu de projets, de méthode et qui ne sait plus très bien où il en est du point de vue des principes.
Cela donne un marécage informe qui réduit ses capacités à générer une valeur ajoutée négociable hors hydrocarbures, qui favorise le retour des rapaces, des parasites et des mouches saprophages, et qui nous concilie l’amitié pesante d’une Amérique investie au sud algérien où l’on se demande dans quelle mesure ses compagnies limitent leurs activités à l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles. Les échanges récents à propos de la loi sur les hydrocarbures, illustrent le degré d’opacité des débats et plus exactement la confusion des desseins...
Il n’en demeure pas moins que l’accord signé entre le Maroc et l’UE est une injure faite au droit. Aucun pays ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. En 2002, les Nations unies avaient statué que le Maroc ne disposait pas de droits d’exploitation pétrolière et ne pouvait donc légalement accorder des licences d’exploitation.
Il s’ensuit que la concession concernant les richesses halieutiques au large de ce territoire controversé est parfaitement illégale et donnera sûrement lieu à un procès que l’UE perdra. Honteusement!
Honteusement, car l’Europe, chantre du «contrat» et de la multilatéralité, en revient aux méthodes en vigueur à l’époque du commerce triangulaire et des compagnies coloniales, où, profitant des querelles tribales, on négociait le pillage des territoires avec la collaboration de tribus, élevées au rang de «Républiques bananières» après la fin très relative des Empires coloniaux. Lesquels ont accepté de «changer pour que rien ne change».
Honteusement, aussi car on ne peut en appeler au droit à l’Est et l’ignorer délibérément à l’Ouest. A moins de créditer cette idée tenace (et peut-être vraie au fond) que le droit n’est qu’une jonglerie rhétorique destinée à légitimer la loi du plus fort. Honteusement, enfin car ce type d’accord éloigne davantage encore le jour où le problème du Sahara trouvera une solution.
Il est un fait qu’en Palestine, comme au Sahara Occidental (et il est pénible de constater cette similitude) que les régimes bellicistes gouvernent selon la règle du «fait accompli». Après avoir permis discrètement à la CIA de délocaliser en toute impunité ses centres de torture, en utilisant des aéroports et les bases militaires américains européens, jouissant ainsi d’une extraterritorialité dont les citoyens européens n’en connaissent pas toutes les implications;
Après avoir condamné la prison de Guantanamo à la face du monde le jour et y avoir dépêché ses enquêteurs la nuit pour y interroger ses propres citoyens illégalement embastillés;
Après avoir haussé le ton et s’être dressés verticalement comme savent le faire des nations dignes et libres et, juste après, offrir au monde le spectacle de l’impuissance et de la pusillanimité à la sortie de la réunion de Rome, consacrée à l’assassinat du Liban que Washington a impérativement et impérialement interdit d’interdire;
Après avoir exposé une diplomatie d’émasculés, paradant en ordre dispersé et en vain de Beyrouth à Haïfa, du Caire à Jérusalem et de Charybde en Scylla;
Voilà que les Européens s’adonnent au pillage d’un petit territoire dont les habitants ne sont pas en état de se défendre.
Qui s’aviserait demain d’inviter l’Europe à la moindre table de négociation où se réunissent ceux qui comptent pour décider de ce qui compte ?
Qui s’aviserait de réserver le titre illustre de «caniche» au seul locataire du «10 Downing Street» ?
- Pourquoi est-il donc si difficile de trouver une solution au problème du Sahara Occidental, plus de 30 ans après les accords de Madrid, conclus alors à l’ombre d’un Franco agonisant?
- Quelles forces politiques ont permis et organisé la signature de l’accord UE-Maroc?
- Autour de quels compromis cet accord a-t-il pu être trouvé?
- A qui iront les 144 millions d’euros que versera l’UE? Au développement du «glorieux Sahara de Sa Majesté et à ses fidèles sujets»?
- Partager ainsi le Sahara, fût-ce pour le Maroc la meilleure façon de procéder pour espérer y asseoir et faire reconnaître sa souveraineté?
- Qu’en est-il au juste, en ces circonstances, de la «performance» de la diplomatie algérienne, au service du droit et de la justice, après que J. Baker ait abandonné le dossier pour s’atteler à des questions plus importantes pour Washington et ses transnationales?
- N’avions-nous pas élu à la tête du pays un ancien ministre des Affaires étrangères «extrêmement brillant et expérimenté» ?
- Ne disposons-nous pas d’un ministre des AE, savant et compétent, qui s’est frotté à La Haye à toutes les subtilités de la Haute Justice?
Pourtant à Rome, c’est l’Arabie Saoudite médiévale et l’Egypte pharaonique (à la mode C.B. de Mille) qui ont été invités. Quelle Ligue arabe en a délibéré, autour de quelle stratégie, pour quels objectifs, assise sur quelle conception de la fraternité? Dans cette affaire du Sahara Occidental (il en est de même pendant plus d’un demi-siècle, des Palestiniens), la plupart des partenaires instrumentalisent le malheur des petits pour l’avancement de leurs propres business. Octave Mirbeau s’en serait délecté.
Chacun devra pourtant s’imprégner de l’idée qu’il faudra aussi apprendre à rendre des comptes et pas seulement se gargariser de belles envolées rhétoriques sur la compétence, la légitimité, l’intégrité des palefreniers et sur les usages éculés de la bonne gouvernance.
Par Hadj Ahmed Bey - Quotidien Oran
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