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Actualité

 

Liban : Israël massacre, le Conseil de sécurité «déplore»

 

Conseil de sécuritéLe Conseil de sécurité de l’ONU a préféré rester prudent en se contentant de «déplorer fortement la perte de vies humaines» à Qana sans en condamner les auteurs.

Aux Nations unies, le secrétaire général Kofi Annan a certainement gardé en mémoire le sort qui a été réservé à son prédécesseur, Boutros Boutros Ghali, qui a osé, pour un même acte perpétré il y a dix ans, accuser ouvertement Israël de génocide.

C’était en 1996 lorsque l’Etat hébreu avait bombardé un camp de réfugiés à Qana faisant 105 morts. En cette date, l’ONU était présidée par l’Egyptien Boutros Boutros Ghali.

Dans le rapport qu’il avait présenté au Conseil de sécurité, il avait accusé en termes clairs, Israël d’avoir massacré des civils et qu’il devait par conséquent, répondre de ces crimes. En étant précis et en pointant directement un doigt accusateur sur Israël, Boutros Ghali ne savait pas que ses jours à la tête des Nations unies étaient désormais comptés. Son départ de cette institution n’était qu’une question de modalités à mettre en place.

Dans une rencontre avec des responsables au Pentagone, à Washington, des journalistes arabes, alors invités par l’agence américaine de l’information, avaient insisté pour connaître les raisons qui ont poussé les Etats-Unis à exiger son départ. C’est sans hésiter qu’ils avaient tous dit que la Maison-Blanche et le Pentagone ne lui pardonneraient jamais d’avoir osé écrire dans son rapport sur le massacre de Qana qu’Israël en était responsable.

En effet, quelque temps après ce drame, Boutros Boutros Ghali a été remplacé par Kofi Annan. Ce dernier semble avoir appris la leçon qui est de ne pas provoquer le mécontentement de Washington parce qu’il y va de son grade.

Ce triste constat oblige à s’interroger sur l’utilité de l’ONU de réagir à propos de quelconques événements aussi tragiques soient-ils alors qu’elle ne peut rien y changer. Dans ce cas, l’urgence n’est pas tant dans le fait que l’ONU condamne ou dénonce des drames mais qu’elle se redéfinit l’esprit de son fonctionnement et, au-delà, celui même de la nécessité de son existence. Telle qu’elle active, elle rappelle à tous points de vue, la Société des Nations qui n’avait pas réussi à empêcher le déclenchement de guerres destructrices du monde.

A l’époque, les choses n’étaient peut-être pas aussi claires qu’aujourd’hui où le monde dans son ensemble se plie, impuissant, au diktat du gendarme américain.

Il relève ainsi de l’absurde de parler de communauté internationale quand on sait que la force du Conseil de sécurité réside dans un veto américain brandi à chaque fois qu’il s’agit de bloquer un appel à un cessez-le-feu ou de défendre une cause juste. Il y va ainsi de son fonctionnement contredisant jusqu’aux principes fondateurs des Nations unies.

En imposant leur hégémonisme, les Etats-Unis ont réussi à régenter un monde où les entités et groupes d’ensembles n’ont plus aucune raison d’exister.

C’est le cas de l’Union européenne, de la Ligue arabe, de la Conférence islamique et autres. Dans le cas du premier ensemble - l’UE - au sein duquel l’Allemagne et la France sont censées avoir des voix non négligeables, il lui devient impératif de revoir ses «positions» vis-à-vis du reste du monde où leurs intérêts géostratégiques sont constamment bousculés par les Etats-Unis. C’est d’ailleurs le cas de la France qui reste impuissante face à la destruction d’un Liban qu’elle a toujours tenu à «protéger».

Elle l’est d’autant quand on sait qu’elle préside actuellement le Conseil de sécurité en la personne de son représentant, Jean-Marc de La Sablière. «Le Conseil déplore fortement cette perte de vies innocentes et les morts de civils dans le conflit actuel et charge le secrétaire général de lui présenter un rapport d’ici une semaine sur les circonstances de cet événement tragique».

Des propos loin d’être contraignants puisque les Etats-Unis se sont chargés d’en supprimer tous les termes susceptibles de l’être.

La France, par la voix de La Sablière, a déclaré que «nous aurions préféré des termes plus forts mais le texte résulte d’un compromis et il est acceptable». Un compromis que seul l’ambassadeur des Etats-Unis auprès des Nations unies a imposé en s’opposant «à toute formulation qui tire des conclusions prématurées de ce qui s’est passé». Les positions aussi tièdes de la part de Paris sont devenues presque «spontanées».

Leur refus, lui et Berlin, de la colonisation de l’Irak par les Etats-Unis, s’il a servi à rehausser leur cote auprès des peuples arabes, il ne leur a, par contre, pas permis d’être capables d’empêcher l’embrasement d’une région dont la civilisation est le berceau de l’Humanité.

Contrairement aux Américains qui n’ont aucun repère dans ce domaine, la France et l’Allemagne savent pertinemment que la destruction de la Mésopotamie amputerait le monde d’une partie de ses valeurs et faciliterait par conséquence, l’émergence et le règne de sectes aux idées hégémoniques dangereuses. Quant à la Ligue arabe, il suffit de se tourner vers le Moyen-Orient pour juger de son utilité.

Les évolutions du monde obligent à revoir toute la terminologie employée jusque-là par les instances internationales. La communauté internationale n’existe plus politiquement. Elle abdique à chaque fois que les Etats-Unis décident de conquérir des espaces universels. Son effritement sous le poids insolent et dévastateur des Américains, exige l’instauration d’un nouvel ordre mondial.

Si le monde arabe se doit de provoquer la refondation de sa résistance pour pouvoir relever l’échine, le monde occidental n’est pas mieux loti.

Il a impérativement besoin de freiner la folie américaine qui, en Afghanistan ou en Irak et avant en fomentant des coups durs pour provoquer la chute du bloc de l’Est et fragiliser Moscou, ou encore sous la bannière israélienne - quand il s’agit de fragmenter le monde arabe - franchit le seuil de l’horreur en toute impunité.

En attendant et pour l’heure, seules la ténacité de Hezbollah et la fermeté du Premier ministre Fouad Siniora dans son refus de recevoir Condoleezza Rice et d’autres politiques libanais comme Nabih Berri, imposent le respect et méritent d’être méditées.

Par Ghania Oukazi - Quotidien Oran

 

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