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Actualité

 

Cinéma et TV en Algérie : l’idéologie face à la concurrence

 

«Devine, Si Tu Peux, Et Choisis, Si Tu L’oses». Corneille.

Depuis Octobre 1988, de profondes mutations marquent tous les secteurs de la vie nationale aux plans économique et politique. Cependant, le champ culturel, dans ses dimensions économique et industrielle, est resté tel quel. Marqué par les rites commémoratifs et les discours passéistes, il est réduit au rôle d’une sous-idéologie d’appoint, assistée par le maintien de monopoles pourtant épuisés par la parabole, les cassettes sur tous les supports, Internet et le développement de plus en plus miniaturisé des caméras et le montage par ordinateur.

Le cinéma et la télévision sont actuellement les «industries» les plus sous-développés du pays. Dans son insertion dans le tout-Etat, la cinématographie, à travers sa gestion, le mode de cooptation de ses dirigeants, ses méthodes de production et de finalisation du coût réel du film, ne pouvait survivre à l’environnement dessiné par le FMI, à la mondialisation et aux bouleversements internes.

Cet ensemble de facteurs a totalement modifié les goûts, les modalités de fabrication des oeuvres et de réception grâce aux satellites et aux bouquets de chaînes. Les offres sont énormes et donnent satisfaction à des demandes diversifiées.

Une production variée, un circuit de salles rénovées ou construites, un équipement de pointe dans lequel l’ordinateur s’impose partout, tout cela aux frais du seul Etat, est une utopie définitivement enterrée.

Cela a été dit il y a des années, en vain. En laissant les situations se gangrener, la profession et les pouvoirs publics ont simplement montré une incapacité «idéologique» à inventer des solutions, à innover, à s’ouvrir sur les réalités économiques et industrielles du cinéma partout dans le monde.

Entre la privatisation inéluctable et la mort pure et simple, les pesanteurs idéologiques, la méconnaissance absolue et le corset de l’administration, la fabrication de films et de programmes audiovisuels a très souvent, selon les années, frôlé le degré zéro, comparée à la demande des ex-salles et vu l’augmentation du volume horaire de diffusion à la TV initiée en 1990. Or, celle-ci est fortement concurrencée par des chaînes du monde entier, dans toutes les langues.

A chaque changement ministériel, à chaque nomination à la tête des entreprises publiques, le cinéma et la TV ont été «restructurés», «réorganisés», «redéployés» avec moult organigrammes (le plus souvent raccourcis, inversés ou allongés), diverses constructions et des professions de foi qui n’ont fait bouger aucune montagne.

Les approches bureaucratiques, «parce qu’il faut bien faire quelque chose», le clientélisme, y compris régionaliste, ont toujours abouti aux mêmes résultats avec des sigles différents.

L’essentiel a été soigneusement occulté: comment poser les fondements d’industries (séparées) privées pour le cinéma et la TV, tout en légiférant pour les aides directes et indirectes de l’Etat qui iraient aux films, à la promotion, à la formation, à l’exportation, aux salles et à la fabrication de programmes audiovisuels qui pourront résister à ceux déversés par les nombreux concurrents qui diffusent par le satellite ?

Tant que ces problématiques ne sont pas prises à bras le corps par l’APN, l’Exécutif, les partis et les professions organisées, le bricolage sera pérenne et la concurrence invincible. Le cinéma et la fabrication de programmes TV sont aujourd’hui «des industries et des économies à part entière avec des marchés, d’énormes profits; et ils sont des enjeux entre des concurrents sans états d’âme».

Cependant, le processus de production, les supports de diffusion, la matérialité de leur existence (vidéo et film), les coûts de fabrication et les législations sont différents, même s’il y a entre le cinéma et la TV des passerelles, des complémentarités financières incontournables.

En Algérie, le constat amer est fait. Les salles de cinéma n’ont cessé de diminuer depuis 1962, de se dégrader, de changer de statut, pour enfin passer, dans des conditions indescriptibles, à la vidéo au mépris de toutes les lois internationales.

La production étatique à 100% est tout simplement finie. Une production industrielle (film et audiovisuel) se caractérise par le «flot» discontinu, une planification, des financements identifiés et renouvelables, etc.

D’un autre côté, la programmation de la TV est toujours et durablement tributaire, en majorité, des importations de programmes en arabe et en français. Les films, les téléfilms, les feuilletons et séries, les variétés, les sports, les images internationales pour les JT et d’autres émissions sont fabriqués ailleurs.

Ce qui augmente les achats à l’étranger à chaque fois que l’on augmente le volume horaire de diffusion.

Il est bien entendu que, par production nationale, il faut entendre privée, car dans le monde entier, les chaînes de TV (privées ou publiques) ne fabriquent elles-mêmes qu’un minimum défini; elles sous-traitent la grosse part.

En un mot, avec une seule chaîne et un programme Canal Algérie (et un autre volatile en arabe), le pays est loin de satisfaire en quantité et en qualité, ne serait-ce que de moitié, ses besoins et de résister aux concurrents, qui sont toujours oubliés à chaque «restructuration».

Ils se contentent d’occuper le terrain, de répondre à des demandes dans les deux langues dominantes, en berbère et d’autres plus ou moins accessibles aux élites, étudiants etc.

1. «Quel est le privé qui va mettre 1, 2 ou 3 milliards de centimes dans un film ?» Cette phrase, souvent répétée par l’administration et par des professionnels, révèle en fait une méconnaissance totale des mécanismes de production dans le monde. Le producteur n’est pas un individu qui sort son argent propre pour financer une oeuvre dans une économie de marché.

En réalité, la définition qui est donnée du producteur, la plus conforme à la réalité, est la suivante: le producteur (personne morale ou société) a la responsabilité de réunir toutes les conditions financière, artistique et technique pour la réalisation d’un film. En France, il doit apporter «un capital en espèce au moins égal à 15% du devis global».

Dans ce pays, le producteur reçoit une aide automatique de l’Etat sur une taxe perçue lors de l’exploitation du film précédent. Il peut en plus recevoir une avance sur recette. Comme on le voit (en résumé), la production est un métier dont le but est de réunir de l’argent, des comédiens, un scénariste, des techniciens etc.

2. Le distributeur se trouve entre le producteur et l’exploitant (la salle). C’est une sorte de grossiste qui passe des accords avec le producteur pour que ce dernier cède les droits d’un film en contrepartie d’un pourcentage sur les recettes engrangées dans les salles.

Là aussi, le distributeur bénéficie de l’aide étatique selon des mécanismes définis par les lois et règlements, selon le film, sa nationalité, sa qualité (commercial, cinéma d’auteur, etc.); il peut bénéficier de certaines aides automatiques selon la mise propre avant le tournage d’un film, etc. La distribution est une branche majeure dans l’économie du cinéma dans les pays où l’Etat ne produit pas, ne distribue pas et ne possède pas de salles.

3. L’exploitation est un terme générique qui regroupe l’ensemble des salles commerciales à l’échelle du pays. Cette branche du cinéma, où le spectateur achète un billet dont le prix sera «découpé» pour alimenter les fonds de soutien, les aides multiples, les avances sur recettes, les droits d’auteur, etc., est strictement réglementée dans les pays qui produisent et consomment beaucoup de films dans les salles.

De nombreuses conditions sont exigées de celui qui veut ouvrir une salle. Là aussi, en France par exemple, des aides étatiques sont octroyées aux exploitations selon des critères d’utilité publique (zone déshéritées), techniques, etc.

Comme on le voit, le cinéma est une chaîne complexe où sont mis en branle de l’argent, des talents, des infrastructures, des lois, des règlements, etc.

A côté de ces trois branches, il y a des industries techniques (labos, studios, effets spéciaux, décors, etc.) qui matérialisent le mariage du son et de l’image. Ces industries, toujours à la pointe des technologies, sont vitales dans les pays où le cinéma et l’audiovisuel sont des industries privées.

Le stade de délabrement du cinéma et la dépendance de l’étranger pour la programmation TV persistent et constituent désormais une forme de fatalité structurelle caractéristique du sous-développement. Sans cinéma, le pays, qui figure parmi les plus parabolés du monde, n’est plus qu’une périphérie pour les satellites de diffusion directe. Cette dernière, en plus du produit, a des modèles de consommation, des habitudes vestimentaires et alimentaires qui augmentent la dépendance et fragilise les productions nationales dans tous les domaines.

Les besoins en films récents, en grandes manifestations sportives et musicales, en informations différentes, en jeux, en programmes bien faits, en débats politiques, philosophiques et religieux sont pris en charge par le nombre incroyable de TV que les Algériens captent.

Comme dans un réflexe conditionné, de temps à autre, des voix de plus en plus inaudibles diabolisent «l’invasion culturelle», «l’occidentalisation» ou «l’orientalisation» du petit écran... La résignation est visible et les slogans sont impuissants devant les réalités, devant le mouvement.

Les faits sont difficiles à admettre pour l’ego et pour un nationalisme plus défensif et bavard que créatif et offensif. Il manque une vision d’ensemble. Non pas politique ou idéologique (il n’y a que cela), mais plutôt industrielle et économique, pour une place dans un village planétaire où les langues se côtoient et où les marchés s’arrachent.

A côté de cela, il y a désormais un législateur pluraliste censé être apte à créer des lois d’avenir qui incitent, stimulent et libèrent, pour imprimer une direction crédible selon les accélérations du siècle, les changements dans le marché globalisé.

Par Abdou B. - Quotidien Oran

 

 

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