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Actualité

 

Algérie : L’axe Alger-Moscou et le Politburo de l’axe du bien

 

Le langage du monde est aujourd’hui celui de la guerre et des axes. Il y a l’axe du bien du très peu bienfaisant Mister Bush où, paraît-il, il est convenable d’être.

Il y a l’axe du mal: la Syrie, l’Iran, le Liban, qu’il le veuille ou non, et la Corée du Nord, où, paraît-il, il est très dangereux d’être.

Nombreux sont ceux qui se demandent dans quel axe se trouve l’Algérie qui se dit toujours non-aligné mais à qui Hugo Chavez rappelle d’une certaine manière ce qu’elle fut et ce qu’elle n’est plus. Mais bon, le langage guerrier mondial n’accepte plus que les Etats comme les nôtres se définissent eux-mêmes, c’est lui qui nous définit.

Pendant longtemps, ce monde-là ne s’est guère intéressé à nous, sauf à nous renvoyer des barbus indélicats présumés dangereux et porteurs des idées et des intentions de l’axe du mal.

On aurait pu être intégré dans l’axe du mal. Certes, les Algériens ne sont pas autorisés à manifester et c’est le gouvernement qui organise des opérations cinq minutes de solidarité, mais à l’heure où le Big Brother américain nous somme d’insulter le Hezbollah, notre ministère des Affaires étrangères a osé saluer dans un communiqué «la vaillante résistance des avant-gardes du peuple libanais».

Grave manquement à la langue de bois de l’axe du bien, on attendait donc la facture. Mais comme on est très loin du théâtre des opérations, on a considéré peut-être que la nuisance algérienne est nulle.

Bigre, si on ne nous place pas dans l’axe du mal, même si on est de tout coeur avec les Palestiniens et les Libanais qui résistent, où peut-on bien être? C’est l’UE qui nous le dit enfin. L’UE? C’est officiellement, l’Union européenne, c’est concrètement au plan politique, un membre suppléant du Politburo de l’axe du bien dont le siège est à Washington.

Grâce à l’UE, l’Algérie réintègre sa très vieille place des années 70 d’Etat se trouvant dans l’axe de Moscou. Bien sûr, à Moscou et à Alger, la révolution n’est plus à l’ordre du jour, le mot «progressiste» n’a plus le même sens et l’on s’échine, avec plus de mal que de bien, à gérer une interminable transition d’une économie improbable vers une économie virtuelle et d’une ouverture politique «incontrôlée» à une démocratie définitivement neutralisée.

Mais comme l’axe du bien ne cache plus qu’il s’en fout complètement des Droits de l’homme et de la démocratie -même si Bush continue à répéter les mots comme une machine détraquée ou un disque enrayé-, l’axe Moscou ne se définit ni par l’idéologie, ni par la foi en des lendemains radieux pour l’humanité.

Il est défini par ce qu’on est aux yeux de l’axe du bien: des gisements de pétrole et de gaz. Donc, les membres suppléants du Politburo -en l’occurrence l’Europe, notre voisine- s’inquiète de notre «jonction» avec Moscou et pense que nous «fomentons» la création d’une Opep du gaz. Il est comme ça l’axe du bien: il vous pille sans pitié pendant des décennies et des décennies et il trouve cela «naturel».

Ces temps sont magnifiques. On redécouvre que nous ne pesons que ce que pèse Sonatrach et on frémit à l’idée que la loi sur les hydrocarbures n’ait pas été amendée et vidée de sa substance compradore. Allons donc, tant qu’à faire, être dans l’axe de Moscou est bien meilleur que d’être dans l’axe qui nous fait du «bien» comme à Qana et ailleurs.

Par K. Selim - Quotidien Oran

 

 

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