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Actualité

 

Liban - Israël : Nasrallah réaliste mais fusil en main

 

Le Conseil de sécurité a voté dans la nuit du vendredi la résolution 1701 appelant à une cessation «complète» des hostilités au Liban qui donne encore du temps à l’armée israélienne de continuer à massacrer des civils et surtout à essayer d’occuper davantage d’espace au Sud-Liban afin de compenser un échec à atteindre ses objectifs militaires en plus d’un mois d’opération.

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a ouvert la voie, dans une intervention diffusée sur la chaîne Al-Manar, à l’acceptation de la résolution du Conseil de sécurité par le gouvernement libanais en indiquant qu’il ne s’opposerait pas à la mise en oeuvre d’un cessez-le-feu mais qu’il se réserve le droit naturel de résister à l’agression israélienne.

C’est donc un réalisme vigilant qui a été exprimé par Hassan Nasrallah qui a appelé tous les Libanais à ne pas se tromper et croire que la guerre est finie. De fait, Israël a étendu son attaque terrestre sur le Sud-Liban où son armée rencontre une très vive résistance.

La résolution du Conseil de sécurité ne mentionnant pas de cessez-le-feu immédiat, le chef du Hezbollah y voit une démarche délibérée des Etats-Unis destinée à donner encore plusieurs jours pour atteindre des objectifs qu’il estime fondamentalement liés à des enjeux internes à Israël.

L’échec manifeste de la guerre israélienne destinée à détruire et à démanteler militairement la résistance libanaise commence en effet à susciter des critiques à l’intérieur même d’Israël et pousse l’armée israélienne à mettre le paquet pour étendre son agression au Sud-Liban jusqu’au fleuve Litani.

La ligne sinueuse du Litani, dont les points sont éloignés entre 3 et 30 kilomètres de la frontière, est devenue une obsession pour l’état-major de l’armée israélienne. Hier, l’armée israélienne a multiplié les annonces - avancée sur le Litani, troupes aéroportées etc.. - destinées à offrir un «bilan» qui se limite pour l’instant à des lâches agressions contre les civils et les infrastructures du Liban.

Le Conseil des droits de l’homme de l’Onu en a d’ailleurs pris acte en dénonçant dans une résolution les opérations militaires contre le Liban et en demandant une enquête sur les attaques contre les civils. Vendredi, un convoi de la Croix-Rouge libanais a fait sept morts et trente-six blessés bien qu’il ait été signalé par la Finul et obtenu un sauf-conduit. Hier, 20 civils libanais ont été tués dans des raids au Sud-Liban.

Cette extension des opérations de l’armée israélienne n’est pas une promenade. La résistance libanaise a annoncé hier, dans un communiqué, qu’elle avait détruit 21 chars Mirkava dans la zone de Oued El-Hadjir. Dix-sept soldats israéliens ont été tués samedi au Liban-Sud, selon Al-Arabiya tandis que les TV israéliennes parlaient de 7 soldats tués et près de 70 blessés dans les combats. L’extension des agressions israéliennes justifie amplement la vigilance de Hassan Nasrallah et sa réaffirmation du «droit naturel à la résistance».

Tout en exprimant des réserves à l’égard d’une résolution qu’il considère comme «injuste» car ne mentionnant pas l’agression israélienne, Nasrallah s’est dit favorable à tout ce qui permet le retour du million de personnes déplacées et l’arrivée de l’aide humanitaire. Il a également indiqué que le déploiement de l’armée libanaise et de la Finul rencontrera toute l’aide voulue de la résistance. Mais il a mis en garde les Libanais contre le fait que la résolution ne met pas fin à la guerre.

«Nous ne devons pas commettre une erreur, pas dans la résistance, ni au gouvernement ni dans la population, et croire que la guerre est finie. La guerre n’est pas finie. Ils continuent de frapper et de faire des victimes (...) Aujourd’hui, rien n’a changé et il semble que demain rien ne changera».

Le discours belliqueux des militaires israéliens qui parlent toujours d’une offensive d’une ou plusieurs semaines, lui donne amplement raison. La résolution 1701 est ainsi rédigée que son application dépendra de la volonté des acteurs sur le terrain puisqu’elle prévoit une période de «cessation des hostilités» avant d’arriver un cessez-le-feu.

Le texte de la résolution, largement marqué par la volonté des Etats-Unis de donner des gains politiques à Israël, pose en effet de sérieux problèmes d’application pour ses autres aspects.

La résolution 1701 appelle l’armée libanaise à déployer ses troupes dans le sud du pays, dès la fin des combats, à une date dont les parties doivent convenir et autorise la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban) dont les effectifs seront portés à 15.000 hommes, à surveiller l’application du cessez-le-feu et à «prendre toutes les mesures nécessaires». La résolution demande le retrait des forces israéliennes du Sud-Liban «quand les combats auront cessé» en parallèle au déploiement des soldats libanais et de la Finul.

«Nul ne peut s’attendre à une fin immédiate de tous les actes de violence» a déclaré la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice. Après plus d’un mois de tractations, le Conseil de sécurité a accouché d’une résolution dont l’applicabilité n’est guère évidente du fait d’une rédaction léonine qui permet à Israël de poursuivre son agression.

Kofi Annan a souligné d’ailleurs les effets néfastes des manoeuvres dilatoires en se disant «profondément déçu et frustré» de la lenteur de l’action du Conseil de sécurité qui, selon lui, a «gravement porté atteinte à la confiance que le monde a placée dans son autorité et son intégrité».

Le président français Jacques Chirac a, pour sa part, salué le texte, indiquant que la France participera au renforcement de la Finul. Le Liban évite un déploiement d’une force multinationale sous chapitre VII de l’Onu mais n’obtient pas une mention claire des fermes de Chebaa.

Il revient cependant à M. Annan de présenter, sous 30 jours, des propositions relatives au «désarmement» et la question des fermes de Chebaa.

M. Annan doit présenter, sous trente jours, des propositions relatives au désarmement, mais aussi destinées à résoudre la question du lieu-dit des fermes de Chebaa.

Beaucoup de problèmes restent en suspens, mais alors que les combats font encore rage au Sud-Liban et que la résolution du Conseil de sécurité ne signifie pas la fin de la guerre, la résistance libanaise aura réussi une prouesse majeure: tenir face à l’armada israélienne, répondre aux raids contre les civils et surtout empêcher Israël d’atteindre ses objectifs.

Même si le Hezbollah accepte de désarmer - ce qui n’est pas encore évident - il est auréolé d’une victoire politique et morale indéniable. Engagé dans une guerre d’agression contre le Liban pour changer les règles du jeu, Israël a en réalité perdu ce qui comptait le plus: sa suprématie.

Les Américains qui voulaient affaiblir le Hezbollah découvrent déjà qu’ils n’ont fait qu’accroître sa popularité. Il ne reste aux Etats-Unis qu’à découvrir, faussement surpris, qu’ils ne sont absolument pas populaires dans le monde arabe.

Par M. Saâdoune - Quotidien Oran

 

 

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