Liban - Israël - Une armée israélienne obsédée par son échec
Officiellement, les gouvernements libanais et israélien ont approuvé la résolution 1701 et se sont engagés à respecter un arrêt des combats lundi à 6 heures du matin (heure algérienne). La journée d’hier a été marquée par des combats meurtriers.
Après l’échec manifeste de l’armée israélienne à réaliser ses objectifs en plus de quatre semaines de bombardements aériens intensifs contre les infrastructures, l’armée israélienne a engagé, la veille de l’entrée en vigueur officielle de la « cessation des hostilités », des opérations destinées de toute évidence à sauver la face.
En face, la résistance n’a pas désarmé et a fait subir de lourdes pertes à l’armée israélienne. L’incapacité de réduire la résistance et sa capacité à répliquer aux raids aériens israéliens par des tirs intensifs de Katioucha sur le nord d’Israël poussent l’état-major de l’armée israélienne à se chercher un bilan de substitution.
La destruction de la résistance et de ses rampes de lancement de missiles a fait place, au cours des dernières quarante-huit heures, à une volonté d’occuper le maximum d’espace sur la bande frontalière avec le Liban. Des milliers de soldats et de chars ont été lancés avec pour objectif obsessionnel d’atteindre le Litani, tandis que les raids aériens contre des cibles civiles et des habitations se sont intensifiés.
La résistance libanaise, qui avait, dès le début de l’agression, souligné qu’elle n’empêcherait pas l’armée israélienne d’avancer sur le territoire mais qu’elle lui en ferait payer un prix élevé, a tenu ses promesses. Ses hommes attaquent l’armée israélienne sur les flancs et l’arrière et lui causent de lourdes pertes.
En réalité, si l’armée israélienne ne s’est pas engagée profondément en territoire libanais au cours des premières semaines de combats, c’est par crainte de subir des pertes considérables.
Les opérations menées ces dernières quarante-huit heures tablent sur une occupation du terrain qui sera confortée par la cessation des opérations. Mais le terrain que l’armée israélienne a occupé est celui des combattants libanais qui mènent une intense et remarquable guérilla.
Samedi, l’armée israélienne a perdu 25 soldats dans des opérations menées par la résistance. Dans la nuit du samedi à dimanche, l’armée israélienne, qui tentait de prendre Khiyam dans le secteur oriental de la frontière, a été contrainte de se replier sous les assauts des combattants. La ville, réduite en ruine par des bombardements intensifs, reste sous contrôle de la résistance. Sur le site de Yater où un hélicoptère de l’armée israélienne avait été abattu samedi, la résistance a tendu des embuscades qui ont empêché les soldats israéliens d’arriver sur les lieux.
Une résistance acharnée était opposée à l’armée en de nombreux lieux du Sud Liban. La résistance libanaise a annoncé qu’elle avait tué ou blessé 25 soldats israéliens dans la zone de Aïta Chaab, très proche de la frontière, ainsi que dans des embuscades. La chaîne Al-Arabiya a fait état de sept soldats tués.
Comme cela est devenu la règle depuis le début du conflit, l’armée israélienne s’est acharnée sur les cibles civiles. Hier dans la matinée, 20 bombes de forte puissance ont été larguées en deux minutes sur un quartier de la banlieue sud de Beyrouth, rasant 11 bâtiments. Elles ont été suivies d’autres bombardements.
Le bilan provisoire de ce raid contre ce quartier, sans aucune présence militaire, est de deux morts et plusieurs blessés. Ces pertes s’ajoutent à une vingtaine de civils tués à Tyr et Baalbeck et dans les camps de réfugiés palestiniens. La résistance a immédiatement répliqué en tirant près de 250 missiles Katioucha sur différentes localités au nord d’Israël.
L’exacerbation des combats hier laisse planer des doutes sur l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités annoncée par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Dans un communiqué, Kofi Annan avait indiqué qu’il « serait préférable que les combats cessent maintenant afin de respecter l’esprit et l’intention de la décision du Conseil, qui a pour objet de sauver la vie de civils, d’épargner les peines et les souffrances subies par les civils des deux pays ».
Si toutes les parties se sont engagées à respecter la cessation des hostilités, les déclarations des hauts gradés israéliens sur le « droit de se défendre » créent un sérieux doute. Car, à l’évidence, la résistance libanaise ne restera pas les mains croisées face à l’intention proclamée des chefs de l’armée sioniste de « nettoyer » le Sud Liban du Hezbollah.
Sur le fond, Israël et les Etats-Unis tablent sur des déchirements libanais autour de la question sensible du désarmement du Hezbollah. Toute la démarche des Américains, y compris dans la rédaction de la résolution 1701, vise à provoquer des fissures sur le front intérieur.
L’agression israélienne et le soutien populaire à la résistance a fait taire les dissensions politiques et a permis au gouvernement de Siniora de rejeter un premier projet de résolution totalement injuste.
Hassan Nasrallah, qui avait soutenu le déploiement de l’armée libanaise au Sud Liban, a assuré qu’il n’entraverait pas l’action du gouvernement. Mais la question du désarmement de la résistance, surtout après l’agression israélienne, ne sera pas facilement soluble.
Le consensus libanais doit préalablement se faire sur les questions fondamentales, notamment la vocation de l’armée libanaise et l’éventuelle intégration des combattants de la résistance. Beaucoup de questions qui nécessitent un dialogue approfondi qui ne soit pas parasité par les puissances étrangères.
Hier, le magazine américain The New Yorker confirmait que le gouvernement américain « était très impliqué dans le plan israélien contre le Hezbollah, avant même la capture le 12 juillet de deux soldats israéliens ». De quoi convaincre la résistance libanaise que la « fin des hostilités » n’est pas la fin de la guerre d’agression.
Par M. Saâdoune - Quotidien Oran
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