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Actualité

 

Liban - Israël : La sixième guerre israélo-arabe n’a pas été arabe

 

Conflit Israël LibanLa sixième guerre israélo-arabe n’a pas été arabe mais libanaise. Les Israéliens n’y ont rien gagné sauf une image d’impuissance, une centaine de soldats tués et la perte de leur mythe d’invincibilité. Les Libanais y ont perdu le Liban mais ont gagné une identité meilleure que celle du consensus entre communautés.

Le Hezbollah y a perdu ses moyens mais y a gagné une légitimité qui frappe de nullité le djihadisme de la bombe aveugle et les nationalismes du discours. La question donc est celle du véritable vaincu de cette sixième guerre.

Le vaincu n’étant ni cette légalité internationale vidée de tout sens depuis l’invasion de l’Irak, ni celle de l’Occident réduit à un américanisme passif ou actif depuis la mort des accords d’Oslo, ni l’ONU, ni même cette opinion internationale populaire que l’on tente de piéger par des «menaces» sécuritaires ou par le gonflage calculé d’El-Qaïda à chaque fois qu’elle se mobilise pour faire pressions sur ses gouvernements.

Les vaincus de cette sixième guerre sont les Arabes mais pas tous les Arabes. Ceux qui ont été battus ce ne sont pas les Arabes de la «rue» à qui le Hezbollah a offert l’image d’un islamisme en acte meilleur que cet islamisme du folklore et de la violence qu’ils ont subi dans leurs chairs, la preuve d’un nationalisme plus concret que celui du nombrilisme en boucle et la possibilité d’une reprise de confiance en soi autrement que par la rediffusion des hymnes et des discours fanfaronnants.

Ceux qui ont été battus sont justement ces Arabes qui ont fondé leur longue durée de vie politique sur le fonds commun confortable de la solidarité avec la Palestine, avec l’Irak et avec le Liban mais avec un rigoureux calcul de prudence pour ne pas perdre la face, face aux leurs et ne pas perdre leur emploi sous les yeux de leurs tuteurs occidentaux.

Le dernier sommet de Beyrouth, auteur d’un dernier baroud d’honneur diplomatique a été un baroud qui ne peut cacher le reste. Il y a dans l’après-guerre du Liban un après-panarabisme qui a déjà radicalisé la rue arabe, qui a dégagé son «nationalisme» de la paralysie ambiante depuis 1973 et qui a mis fin à cette mise en opposition paralysante concoctée entre un islamisme dangereux pour la sécurité et un nationalisme savamment confondu avec la stabilité des pouvoirs.

La sixième guerre israélo-arabe a été «pédagogique» et a clos le chapitre d’une génération de rois et de présidents «nés» de l’après 1973 et celui d’un islamisme de katibat et de décapitation né après l’échec des démocraties.

C’est un après-guerre qui peut offrir une meilleure voie que celle proposée par El-Qaïda et ses extrémismes et une meilleure perspective que celle du pragmatisme nationale et diplomatique en vogue depuis les accords de Camp David et qui a fait tache d’huile d’une manière ou d’une autre dans le monde arabe.

L’après-guerre n’est pas celui d’une victoire, mais celui de la possibilité d’une lucidité meilleure, d’un éveil à soi et celui d’une leçon d’histoire meilleure que celle de l’histoire officielle.

C’est une possibilité mais pas une garantie car il faut encore se souvenir de l’Irak et de Bagdad dont la chute n’a pas provoqué un éveil mais des vocations de suicide et de démission encore plus néfastes.

Après la dernière guerre israélo-arabe, l’état du monde arabe n’est pas meilleur mais peut-être un peu plus clair, plus tranché et appelant à des efforts plus sérieux que ceux des applaudissements et plus réalistes que ceux de l’attente de Salah Dine, du messie, du Mehdi ou de l’écroulement d’Israël.

Par Kamel Daoud - Quotidien Oran

 

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