Dans le Liban détruit, blessé, un peuple fier
Un peuple était, hier, après l’entrée en vigueur de la cessation des combats, sur la route pour reprendre possession de ses villages et de ses quartiers détruits et blessés par plus d’un mois de bombardements intensifs.
Des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes parmi le million de Libanais déplacés par l’agression constatant avec effroi l’ampleur des destructions mais profondément convaincus de la victoire de la résistance.
Les images de ces hommes dans la banlieue sud de Beyrouth et du Liban, blessés, brisés, martyrisés, détruits, mais fiers d’avoir tenu malgré les milliers de Guernica de l’aviation israélienne, apportaient un début de réponse aux concepteurs de cette guerre: la résistance libanaise est plus populaire que jamais. Et cela comptera nécessairement dans les batailles politiques internes.
Car la question de savoir « qui a gagné » doit s’apprécier à l’aune des objectifs que se sont fixés ceux qui ont déclenché la guerre, en l’occurrence les Etats-Unis et Israël. Dans un article publié par le New Yorker, le journaliste Seymour Hersh a confirmé que la capture des deux soldats israéliens n’a été que le prétexte pour un plan de guerre préparé de longue date en collaboration étroite avec les Etats-Unis.
Les objectifs de cette guerre, selon Seymour Hersh, étaient non seulement de détruire les capacités de la résistance libanaise mais aussi de provoquer de profondes dissensions communautaires au Liban et d’imposer un déploiement d’une force internationale sur la frontière syrienne.
Cette guerre - que ses concepteurs pressentaient comme rapide et décisive - devait servir de répétition générale à une guerre à plus grande échelle contre l’Iran. Manifestement, la résistance libanaise face à l’armada israélienne a faussé tous les calculs. Non seulement les capacités du Hezbollah n’ont pas été fondamentalement amoindris mais l’ampleur des massacres et des destructions commis par l’armée israélienne a contraint les forces politiques libanaises « pro-occidentales » à la solidarité.
S’il s’agit d’une répétition générale pour agresser l’Iran - et hier Netanyahu, le chef du Likoud israélien, exprimait des ardeurs bellicistes évidentes à l’égard de Téhéran -, l’essai n’est pas concluant.
Si l’armée israélienne, armée des bombes intelligentes fournies par les Etats-Unis, n’a pas réussi à l’emporter sur le Hezbollah, on peut faire des extrapolations très réalistes sur le caractère hasardeux d’une entreprise guerrière contre un Iran, beaucoup mieux armé et disposant d’une capacité de porter physiquement des coups à l’armée américaine en Iran.
Mais l’administration américaine, depuis le fiasco irakien, a l’air de s’enfoncer dans la fuite en avant et on peut s’attendre à ce que les docteurs Folamour concluent que si la force échoue, il faut plus de force.
La rage meurtrière déployée par l’armée israélienne jusqu’à l’ultime moment de l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités était bien la traduction d’un échec qui s’exprime en Israël même.
Les ultimes bombardements sur la banlieue sud de Beyrouth ont fait quinze morts (bilan encore provisoire car les secouristes travaillaient encore hier) tandis qu’à Baalbek, cinq militaires et gendarmes et deux civils ont été tués, une demi-heure avant l’entrée en vigueur de la cessation des combats.
Le mouvement de retour des milliers de Libanais vers leurs quartiers et villages - souvent très endommagés par les raids israéliens - s’est accompagné de mises en garde des autorités et des militants du Hezbollah, très présents sur les routes du retour, contre les munitions non explosées et des jouets piégés.
Les automobilistes étaient invités à éviter les bas-côtés. Des mises en garde justifiées car un Libanais a été tué et six autres ont été blessés dans l’explosion de bombes à fragmentation au Sud-Liban. Des convois humanitaires transportant vivres et médicaments se sont ébranlés vers la ville de Tyr, isolée depuis plus d’une semaine.
En dépit de l’annonce par l’armée israélienne qu’elle a tué deux résistants libanais, la cessation des combats était respectée par les deux parties tandis que les éléments de la Finul ont commencé à se redéployer prudemment vers leurs positions. Le commandant des Casques bleus au Sud-Liban a rencontré de hauts responsables militaires libanais et israéliens à la frontière pour jeter les bases du transfert du contrôle du territoire où l’armée israélienne est présente.
La résolution 1701 prévoit le déploiement de 15.000 soldats libanais au Sud-Liban aux côtés d’une Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) consolidée. L’armée israélienne maintenait cependant le blocus aérien et maritime contre le Liban malgré l’entrée en vigueur d’un arrêt des hostilités.
Elle a également lancé des tracts sur Beyrouth menaçant la population en cas d’attaques du Hezbollah. Face à de vives critiques en Israël sur l’échec de sa guerre, Ehud Olmert a déclaré en assumer la responsabilité et a annoncé qu’Israël traquerait « partout et en tous lieux » les dirigeants du Hezbollah.
Une menace qui sera certainement un élément qui pèsera lourd dans les batailles politiques interlibanaises sur la question très délicate des « armes » du Hezbollah, source de dissensions depuis l’adoption de la résolution 1559 du Conseil de sécurité. Thème réaffirmé dans la résolution 1701 mais qui avait été accueilli avec réserve par Hassan Nasrallah.
Une première réunion du gouvernement a été ajournée en raison des divergences sur la question, une autre est prévue aujourd’hui.
Le Liban qui a évité que la résolution 1701 soit inscrite sous le chapitre VII (qui donne à la force internationale le pouvoir d’engager des combats) devra trouver une solution interne qui intègre les impératifs d’une réelle défense de la sécurité du pays.
Hier, Hassan Nasrallah, tout en appelant à une mobilisation pour aider les personnes déplacées à rejoindre leurs foyers (il a donné le chiffre de quinze mille logements), a critiqué les hommes politiques libanais qui ont fait sortir la question de l’armement du Hezbollah sur la place publique.
Il a considéré que le timing même de l’ouverture du débat public sur les armes de la résistance est une « erreur morale et psychologique » et surtout provocateur pour le million de personnes déplacées qui ont subi la guerre et en ont payé le prix.
Il a demandé aux politiciens libanais de laisser ce débat dans ses « canaux naturels » et d’éviter d’engager des polémiques publiques qui ne servent pas l’intérêt du Liban mais l’ennemi sioniste. Critiquant la « langue de bois » de ceux qui parlent de rétablissement de l’autorité de l’Etat en le conditionnant par le désarmement de la résistance.
Nasrallah, qui a rappelé que la question de l’armement n’a pas été résolue par la force par Israël, a indiqué qu’un Etat libanais fort, résistant et capable de défendre le pays et la population dans toutes les régions du pays était le « préalable » qui rendrait inutile de mettre en place des cadres de résistance populaire.
Une mise au point qui signifie clairement que le moment n’est pas venu de se lancer dans un débat public qui viendrait remettre en cause la « victoire stratégique et historique » du Liban.
Par M. Saâdoune - Quotidien Oran
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