Algérie : Les Italiens plus souples avec les Algériens
Bonne nouvelle pour les passagers de la desserte aérienne Algérie-Italie. Les vols assurant la liaison entre les deux escales sont désormais traités par les autorités aéroportuaires transalpines comme l’ensemble des autres rotations.
Plus de régime sécuritaire spécifique, ni de procédures singulières avec tout ce qu’elles induisent comme contraintes en termes de temps et de quiétude du voyage.
Les changements n’ont pas échappé aux regards. Les habitués qui ont embarqué ces trois derniers jours à bord des vols d’Air Algérie et d’Alitalia en direction de la péninsule transalpine en ont pris la mesure. A l’aéroport de Rome Fluimicino, les appareils en provenance d’Alger ont été soumis, sans la moindre différence, aux mêmes procédures d’escale que les avions arrivés d’ailleurs. Une première depuis une dizaine d’années au plus fort de la crise algérienne.
Depuis lundi, les passagers arrivés d’Algérie à bord d’Air-Algérie ou d’Alitalia ne sont plus soumis à l’obligation du couloir spécial, a indiqué une source diplomatique algérienne au «Quotidien d’Oran». Concrètement, les voyageurs venant d’Alger sacrifient à des procédures de sécurité similaires à celles des voyageurs de tous les pays. «Ils empruntent le même parcours et obéissent au contrôle de routine imposé aux passagers des autres pays», précise-t-on de même source.
Les Algériens habitués au voyage vers la péninsule transalpine gardent de mauvais souvenirs du «couloir spécial». Ce parcours, jalonné de policiers en nombre et de bergers allemands, au gré de la conjoncture internationale, était synonyme de fouilles corporelles des plus sévères, de contrôle très tatillon des bagages à main. Les passagers ne cachaient pas leur mécontentement et nombreux y voyaient -et le faisant savoir- une atteinte à la dignité humaine, voire une attitude frisant l’humiliation.
Voici trois semaines, une démarche a été effectuée par l’ambassade d’Algérie à Rome auprès des autorités italiennes. Le chef de la mission diplomatique, Rachid Maârif, a saisi le Directeur général de l’immigration au ministère italien de l’Intérieur à l’effet d’obtenir «sans délai» la fin de ce régime pour le moins pesant, a-t-on précisé de même source.
La décision italienne met fin à une situation qui, aux yeux des Algériens, a été source d’irritation et d’incompréhensions. D’autant que la raison bilatérale était tirée constamment vers le haut sans la moindre fausse note.
«Il était anormal que les rapports bilatéraux soit entachés de pratiques aéroportuaires qui dénotent un manque de respect et de considération envers les Algériens», note un industriel familier de la ligne, qui déplore que l’Algérie ait mis tant d’années avant d’obtenir la fin de cette situation.
Le régime infligé, des années durant, aux voyageurs en provenance d’Alger était loin d’être un cas isolé en Europe. Plusieurs pays d’Europe occidentale ont agi de la même manière, s’appuyant en cela sur l’inscription de la desserte Algérie sur la liste des «vols sensibles» depuis l’épisode agité et sanglant de l’Airbus d’Air-France en décembre 1994.
Le détournement de l’appareil français sur le tarmac de l’aéroport Houari Boumediène et son dénouement dans les conditions que l’on sait s’était traduit par un véritable embargo aérien sur l’Algérie.
Le départ de la compagnie hexagonale a précipité l’éclipse des compagnies occidentales de l’espace aérien national. Sous la pression de leurs gouvernements respectifs, Alitalia, Lufthansa, British Airways et Ibéria ont cessé d’emprunter les couloirs vers Alger-Dar El-Beida.
Les conséquences de l’affaire de l’Airbus d’Air-France ne se sont pas arrêtées là. Seule compagnie en lice après le départ de ces homologues, Air-Algérie a vu, impuissante, ses dessertes vers les escales d’Europe occidentale inscrites sur la liste des «vols sensibles».
Deux mots qui, dans le vocabulaire des usagers de l’aérien, signifient une somme de mesures sécuritaires d’exception. Résultat: les vols en provenance (ou en direction) de l’Algérie sont traités selon un régime singulier. Première conséquence qui n’échappe pas à l’oeil du passager, fut-il le moins curieux: l’appareil s’immobilise loin de l’aérogare sous l’oeil vigilant de policiers aux effectifs renforcés.
L’acheminement des passagers est assuré par bus et leur irruption dans l’enceinte de l’aérogare se fait à travers un couloir «réservé». Autant dire un parcours sécuritaire semé d’embûches: contrôle systématique d’identité, fouilles corporelles, interrogatoires policiers, le tout dans un climat pesant aux antipodes de l’ambiance décontractée des voyages.
Par Sarah Raouf - Quotidien Oran
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