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Actualité

 

Liban : La résistance ne désarmera pas

 

L’armée libanaise se déploie à partir d’aujourd’hui au Sud-Liban avec pour mission de défendre le territoire libanais et d’assurer la sécurité des citoyens.

L’armée libanaise est «chez elle, parmi les siens» et elle ne sera pas envoyée là-bas pour combattre ou pourchasser les résistants, a annoncé le ministre libanais de l’Information. Il a précisé également qu’il n’y aura pas «d’autre autorité que celle de l’Etat» et que l’armée libanaise devra coopérer avec la Finul.

La décision a été approuvée par le Hezbollah, mettant fin, du moins au niveau libanais, à la polémique sur le désarmement de la résistance. La pression exercée sur le gouvernement libanais, alors que les troupes israéliennes sont encore présentes sur le territoire libanais, vise de toute évidence à provoquer des dissensions interlibanaises.

Le déploiement de l’armée libanaise, devenu un préalable au déploiement de la Finul, ne sera donc pas une action contre la résistance. Celle-ci, composée de combattants qui habitent les lieux, veillera à ne pas être visible et à ne pas contester l’autorité de l’armée libanaise. Cheikh Nabil Kaouk, un des responsables du Hezbollah, a salué le déploiement de l’armée libanaise en soulignant que «comme par le passé, le Hezbollah n’a pas de présence militaire visible et il n’y aura pas de présence visible maintenant».

C’est apparemment autour de cette démarche que s’est constitué le consensus libanais. Le débat sur le désarmement de la résistance est, du point de vue d’une très grande partie des Libanais, absolument prématuré. Le Hezbollah a répété hier que les armes de la résistance ne sont pas sujettes à débat. A l’évidence, la résistance libanaise reste sur le qui-vive; fermement décidée à ne pas accepter que ce qu’elle considère comme une victoire «stratégique» se transforme en défaite politique.

Le jour même où le chef d’état-major de l’armée israélienne, Dan Halout, annonçait que l’armée israélienne pourrait rester des «mois» dans le territoire libanais, un député du Hezbollah, Hassan Fadlallah, déclarait que la résistance refusait de se retirer de la région se trouvant au sud du fleuve Litani. «Les membres du Hezbollah sont des enfants de la région et s’ils se retirent, cela signifie la vider de ses habitants».

Les priorités, a-t-il dit, vont à la reconstruction et à l’aide à apporter à la population et non à celles des armes qui ne sont pas visibles.

Il s’agit d’une nouvelle mise au point qui intervient 48 heures après que Hassan Nasrallah eut qualifié d’inopportune et «d’erreur morale et psychologique» l’empressement de certains responsables politiques libanais à mettre cette question sur la place publique. Hassan Nasrallah avait estimé que ces responsables libanais étaient allés «plus loin que ce que l’ennemi israélien et américain réclame».

L’entrée en ligne de Bachar Al-Assad, qui a dénoncé les forces politiques libanaises anti-syriennes qui ont essayé de sauver le gouvernement israélien en demandant le désarmement de la résistance, a provoqué des réactions libanaises très vives. La plus violente étant celle de Walid Joumblatt qui a accusé la Syrie de vouloir provoquer un «coup d’Etat» et de vouloir «assassiner» des dirigeants libanais.

Le président libanais, Emile Lahoud, qui a constamment défendu la résistance libanaise, s’est insurgé contre ceux qui veulent désarmer la résistance. Il est honteux de demander le désarmement de la résistance qui est «l’unique force du monde arabe qui a tenu tête à Israël. Il est honteux de réclamer le désarmement de la résistance nationale alors que le sang des martyrs est encore chaud», a-t-il indiqué dans un communiqué.

La question du «désarmement» de la résistance, objectif non atteint par la guerre israélienne, ne sera pas une sinécure. La France, qui est sollicitée pour encadrer la Finul, entend vérifier que ses troupes n’auront pas à se charger de la mission suicidaire d’essayer de désarmer le Hezbollah. Les Etats-Unis ont choisi de mettre la pression sur le gouvernement libanais en indiquant qu’il attendait à ce qu’il veille au désarmement de la résistance tout en admettant qu’il fallait un «peu de temps».

Ce sera aux forces armées libanaises «de s’assurer que le Hezbollah est désarmé et n’opère plus en tant que milice indépendante», a déclaré le porte-parole de la Maison-Blanche, Tony Snow. Toujours dans cette logique de pression sur le gouvernement libanais, Israël a menacé de reprendre sa guerre contre le Liban si la résistance n’est pas désarmée.

Le discours de Fouad Siniora, hier, faisait l’éloge de la résistance et estimait que «l’heure n’était pas à la division mais à celui de la solidarité et de l’unité» et il a critiqué implicitement le chef de l’Etat syrien en rejetant ceux qui donnent des «leçons au peuple libanais» et «profèrent des menaces». Les déclarations de Bachar Al-Assad ont continué de susciter des réactions hostiles.

Israël a accusé le président syrien de s’être aligné sur les «éléments extrémistes» (l’Iran, la résistance libanaise, le Hamas et le Jihad islamique) tandis que la ministre israélienne a estimé que ses propos traduisaient sa «nervosité» tandis que les Etats-Unis parlaient de «fanfaronnade».

Ces polémiques ne doivent pas cacher que la question des armes de la résistance est profondément liée à la capacité de l’Etat libanais à assumer ses devoirs. Le Hezbollah, qui se fond dans la population au sud et ailleurs, n’entend pas discuter de la question des armes sans discuter des problèmes de fond de la sécurité nationale.

Par M. Saâdoune - Quotidien Oran

 

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