Proche Orient : Hubert Védrine s'en prend aux Américains
Sur le dossier compliqué du Proche-Orient, Hubert Védrine, l’ancien chef de la diplomatie française, n’a pas changé de cap, ni de grille de lecture.
En poste au Quai d’Orsay ou simple observateur non contraint à l’obligation de réserve, sa perception de la crise régionale part toujours d’un même constat: l’échec des remèdes préconisés par les Etats-Unis pour la région et leur incapacité chronique à concevoir des solutions appropriées.
L’ancien ministre sous le gouvernement socialiste de Lionel Jospin (1997-2002) vient de s’illustrer, une nouvelle fois, par une voix différente sur l’échiquier diplomatique occidental. Dans un entretien publié ce week-end par le quotidien français Le Figaro, il a attribué à Washington la responsabilité du conflit qui vient d’agiter le Liban et, au-delà, l’ensemble de la région.
Hubert Védrine juge «négativement» l’action des Etats-Unis et les accuse d’avoir mis en oeuvre des politiques contre-productives, qu’il s’agisse du dossier libanais ou palestinien. «Jamais aucune administration américaine n’avait été autant alignée sur la politique la plus dure du Likoud de 2001 à 2005", charge-t-il.
Du coup, l’équipe Bush a «perdu la capacité de jouer les médiateurs avec les Arabes et même de donner des conseils utiles aux Israéliens». En agissant de la sorte, l’Administration Bush «se condamne à l’échec au Proche-Orient et, en refusant de le comprendre, elle nous expose».
Le propos de l’ancien patron du Quai d’Orsay, qui partage son temps entre son cabinet d’avocat et le consulting au profit des think tank internationaux, prend l’allure d’un procès en règle contre la politique arabe de Washington. Son alignement aveugle sur les vues d’Israël et son inimitié déclarée pour les autres parties au conflit compliquent un terrain régional déjà miné.
«On assiste au fiasco du pseudo «Grand Moyen-Orient» voulu par Bush après 2001", estime, non sans pessimisme, l’ancien ministre socialiste. Le cycle de crises à répétition depuis 2005 est «largement lié au déni de la question palestinienne». La situation s’est détériorée sous l’effet de plusieurs facteurs au nombre desquels «les injonctions israélo-américaines de boycottage du Hamas palestinien élu. C’est humainement cruel et une erreur politique grave».
Que faire sur ce dossier pour juguler un glissement intenable de la situation ? «Il faut revenir sur le boycottage du Hamas qui rend notre message démocratique inaudible», préconise l’ancien chef du Quai d’Orsay. «Il faut parler avec le gouvernement Hamas, il faut rétablir l’aide internationale (...)
Une perspective politique s’impose: relancer l’évacuation annoncée des territoires et la création de l’Etat palestinien, acceptée par l’électorat israélien». Cette explication contraste avec les arguments diplomatiques en vogue depuis un an à l’endroit de la scène proche-orientale.
Sur la crise libanaise, Hubert Védrine, contrairement à la position de l’Elysée et du Quai d’Orsay, ne conçoit pas de solution sérieuse et durable sans l’implication, à un titre ou un autre, de la Syrie ou de «toute force qui compte». L’efficacité dans le traitement de ce dossier suppose d’»être prêt, dans la mesure où c’est utile, à parler avec tous les acteurs».
Au-delà du conflit palestinien et de l’épisode libanais, la crise régionale se nourrit, selon Védrine, des options musclées mises en branle par l’équipe des néo-conservateurs de la Maison Blanche depuis le 11 septembre 2001. «La conception américaine de la «guerre contre le terrorisme» ne laisse aucune place à une approche politique des questions cas par cas».
En agissant de la sorte, l’Administration Bush «se condamne à l’échec au Proche-Orient et, en refusant de le comprendre, elle nous expose».
Par S. Raouf - Quotidien Oran
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