« Le mauvais sang » des hôpitaux en Algérie
L’Algérie, particulièrement en cette période de l’année, connaît une situation pour le moins singulière et surtout de plus en plus préoccupante à mesure que le déséquilibre entre le don de sang et les besoins exprimés devient flagrant.
Ce constat, somme toute relatif, devient alarmant du côté des animateurs de l’agence nationale de sang, qui insistent à souligner que la situation est à la limite du critique, car, soutiennent-ils, face à une recrudescence des accidents de la route le nombre de donneurs de sang connaît une baisse sensible.
Une situation qui pourrait, craint-on, avoir des conséquence sur la disponibilité du sang au niveau des hôpitaux qui seraient à la limite de tirer la sonnette d’alarme.
Sur ce point précis, les statistiques des services de la gendarmerie nationale illustrent concrètement la gravité de la situation. Selon ces sources, en l’espace d’une semaine, soit du 09 au 15 août, les routes ont enregistré 539 accidents de circulation ayant causé 69 morts et 1.060 blessés.
Les mêmes sources relèvent une hausse problématique au fil des semaines, du moins en cette période estivale. Preuve en est: en rapport à la semaine précédente, les statistiques de la gendarmerie nationale font état d’un bilan chiffré alourdi par 17 accidents, 1 mort et 120 blessés.
Selon la gendarmerie nationale, la plupart de ces accidents sont survenus au nord-ouest du pays. Ainsi, il a été constaté 27 accidents à Oran, 16 à Mascara et 15 à Relizane. Dans les wilayas du centre, les services de sécurité ont constaté 71 accidents de la route dont 26 sur les axes routiers de la capitale, 23 à Blida, 22 à Bouira.
A priori, la collecte de sang dans notre pays a connu un fléchissement inopportun à un moment où le besoin s’est fait le plus sentir. Une situation conjoncturelle ? Tout porte à le croire si on se réfère à l’analyse globale de l’agence nationale de sang qui donne assurément de bons points aux donneurs de sang dans notre pays.
Car, selon cette même agence, la situation actuelle qu’elle estime critique reste tout de même inédite. Et pour cause, apprend-on, en dehors de cette période les dons augmentent d’année en année.
Sur les dix dernières années, affirme cette agence chiffres à l’appui, leur nombre a doublé. Qu’on en juge: de 174.405 en 1994, il est passé à 305.869 en 2004. L’année dernière, annonce-t-elle, les citoyens ont fait mieux. Les dons ont encore augmenté pour atteindre le chiffre de 322.191, soit une évolution de 5,3% par rapport à l’année 2004. Ce qui représente 9,79 dons pour 1.000 habitants.
C’est dire qu’on n’est pas loin de la moyenne mondiale. En ce sens, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) relève que des pays comme le nôtre enregistrent en moyenne des dons de l’ordre de 10 pour 1.000 habitants par an. Sauf qu’il faut relever cette particularité dans notre pays: de sources proches du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, 60% des donneurs de sang le font au profit de leurs proches et en cas d’urgence.
Il est vrai que des études ont montré que le don de sang volontaire dans les pays riches représente 95% contre 25% dans les pays en développement et l’Algérie est loin d’échapper à cette règle.
Ce qui relativise paradoxalement la gravité de la situation dans notre pays en cette période. Car la solidarité bien de chez nous a souvent battu en brèche la froideur des statistiques.
D’autant mieux qu’il n’est pas nécessairement vrai que la désaffection conjoncturelle de donneurs réguliers qui font le gros des statistiques ne soit pas rattrapée par la solidarité agissante de la population qui a toujours répondu présent aux moments les plus critiques. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas nécessaire de développer une stratégie à même de mettre notre pays à l’abri des mésaventures.
Et à ce propos, on se doit de mentionner les actions prévues dans le cadre du programme national du sang pour la période s’étendant à l’horizon 2009, «afin d’arriver à satisfaire les besoins thérapeutiques en sang et en produits sanguins tout en assurant une sécurité transfusionnelle optimale». Ces actions concernent tant la réglementation que l’organisation territoriale et l’activité transfusionnelle, selon la Fédération nationale des donneurs des sangs (FNDS).
Pour ce qui est de l’activité transfusionnelle, le programme ambitionne de promouvoir le don de sang pour augmenter à 80% la proportion de dons provenant de donneurs occasionnels et réguliers à l’horizon 2009. Ce programme aspire également à développer la collecte de sang afin de permettre, d’une part, une évolution des dons de 10% par an et, d’autre part, la réalisation de 60% des dons en collecte hors établissements, ainsi qu’une mise en place d’un programme national d’assurance-qualité.
Par Mohamed Salah Boureni et Fayçal L. - Quotidien Oran
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